TÉMOIGNAGE DE SAINT IRÉNÉE
Ph 3, 17-4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Martrin : Saint Clément
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n célébrant la mémoire de saint Clément de Rome, c'est aux racines même de notre foi, aux racines de l'Église que nous touchons, puisque c'est le troisième successeur de saint Pierre. C'est pourquoi, plutôt que de paraphraser ce que nous savons sur saint Clément ou ce que nous avons comme écrits de lui, je préférerai, aujourd'hui, m'effacer devant ses textes et vous lire d'abord le témoignage de saint Irénée, évêque de Lyon, en l'an 180. Saint Irénée avait connu personnellement saint Polycarpe de Smyrne, lui-même disciple direct de saint Jean l'évangéliste. C'est donc un témoin de première confiance qui nous parle des origines de l'Église de Rome, et plus particulièrement de saint Clément.
Voilà ce que nous dit saint Irénée au début de son ouvrage : "Contre toutes les hérésies" : "La tradition des apôtres, manifestée dans le monde entier, peut être perçue dans toute l'Église par tous ceux qui veulent voir la vérité. Et nous pourrions nommer les évêques qui furent établis pas les apôtres, dans toutes les Églises, et leurs successeurs jusqu'à nous. Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage comme celui-ci, d'énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l'une d'entre elles, l'Église très grande, très ancienne, connue de tous que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome, montrant que la tradition qu'elle tient des apôtres la foi qu'elle annonce aux hommes, sont parvenues jusqu'à nous par des successions d'évêques. Après avoir fondé et édifié l'Église, les bienheureux apôtres Pierre et Paul remirent à Lin la charge de l'épiscopat. C'est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée. Anaclet lui succède. Après lui, en troisième lieu, à partir des apôtres l'épiscopat échoit à Clément. Il avait vu les apôtres eux-mêmes et avait été en relation avec eux." Irénée fait peut-être allusion à ce Clément dont saint Paul nous parlait tout à l'heure dans l'épître aux Philippiens.
"Leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur tradition était encore devant ses yeux. Il n'était d'ailleurs pas le seul car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres. Sous ce Clément, un grave dissentiment se produisit chez les frères de Corinthe. L'Église de Rome adressa alors aux Corinthiens une très importante lettre, pour les réconcilier dans la paix, renouveler leur foi et leur annoncer la Tradition qu'elle avait d'ailleurs reçue des apôtres, à savoir : un seul Dieu tout-puissant créateur du ciel et de la terre, qui a modelé l'homme, fait venir le déluge, appelé Abraham, a fait sortir son peuple de la terre d'Égypte, conversé avec Moïse, donné la Loi, envoyé les prophètes, préparé un feu pour le diable et ses anges. Que ce Dieu là soit annoncé par les Églises comme étant le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, tous ceux qui le veulent peuvent l'apprendre par cet écrit de Clément, tout comme ils peuvent connaître par lui la tradition apostolique de l'Eglise, puisque cette lettre est plus ancienne que tous les fauteurs actuels d'erreur qui imaginent faussement un autre Dieu au-dessus du Créateur et de l'auteur de tout ce qui existe. A ce Clément succéda Evariste". Et Irénée continue la liste des évêques de Rome jusqu'au moment où il écrit.
Effectivement, nous possédons cette lettre de l'Église de Rome écrite sous le pontificat de Clément, et probablement par Clément lui-même, aux Corinthiens pour ramener la paix dans cette Église de Corinthe. Et les quelques lignes d'Irénée sont un résumé de cette catéchèse de Clément aux Corinthiens. Par cette lettre où, reprenant tout l'Ancien Testament, il montre cette volonté de paix, cette volonté de salut continue à travers toutes les Écritures. Je voudrais seulement vous lire la conclusion de cette épître de Clément, ce texte si proche encore de Pierre et de Paul, si proche du Christ, ce texte qui est une immense action de grâces pour l'Église et pour le salut. Le voici : "S'il en est qui rejettent les paroles que nous prononçons de la part du Christ, qu'ils sachent qu'ils tombent dans une faute et un péril très grand. Nous serons, nous, innocents de ce péché et nous prierons et supplierons sans relâche que l'artisan de l'univers garde intact le nombre de ses élus dans le monde, par son Enfant bien-aimé, Jésus-Christ notre Seigneur. Par Lui, Il nous a appelés des ténèbres à la lumière, de l'ignorance à la splendeur de la connaissance de son Nom. Tu nous donnes d'espérer en ton Nom, principe de toute création. Ouvre les yeux de notre cœur afin que nous Te connaissions, Toi le seul Très Haut dans les hauteurs des cieux, Toi le Saint qui repose au milieu des saints. Tu abaisses la démesure des orgueilleux. Tu déjoues les calculs des nations. Tu élèves les humbles. Tu terrasses les superbes. C'est Toi qui enrichis et qui appauvris. C'est Toi qui ôtes et qui donnes la vie. Tu es l'unique bienfaiteur des esprits et le Dieu de toute chair. Tu sondes les abîmes. Tu regardes les travaux des hommes. Tu portes secours dans les périls. Tu sauves les désespérés.
C'est Toi qui crées tout esprit et qui veilles sur lui. C'est Toi qui multiplies les peuples sur la terre et parmi eux, Tu as choisi ceux qui T'aiment, par Jésus-Christ Ton enfant bien-aimé. Par Lui, Tu nous as enseignés, sanctifiés, honorés. Nous T'en prions, ô Maître sois notre secours et notre défense. Sauve-nous parmi les opprimés. Relève ceux qui trébuchent. Montre toi à ceux qui sont dans le dénuement. Guéris les malades. Ramène les égarés de Ton peuple. Rassasie ceux qui ont faim. Délivre nos captifs. Redresse ceux qui sont malades. Console les anxieux. Et que tous les peuples reconnaissent que Tu es le seul Dieu, que Jésus-Christ est Ton Enfant et nous Ton peuple et les brebis de ton pâturage. Car Tu as manifesté par tes œuvres l'éternelle ordonnance du monde Toi, Seigneur, Tu as créé la terre. Tu demeures fidèle d'âge en âge jusque dans Tes jugements, admirable dans Ta force et Ta splendeur, sage quand Tu crées, habile quand Tu affermis Ton ouvrage, généreux dans toutes les choses visibles, loyal envers ceux dont Tu as la confiance, enclin à la pitié et à la clémence. Remets-nous nos fautes et nos injustices, nos erreurs et nos négligences. Ne dénombre pas toutes les fautes de tes serviteurs et de tes servantes, mais purifie-nous par Ta vérité toute pure. Dirige nos pas, fais-nous marcher dans la sainteté du cœur. Aide-nous à accomplir ce qui est bel et bon devant Ta face et devant nos chefs. Oui, Maître, fais luire sur nous Ton visage, pour qu'en paix, nous savourions ton bonheur. Et pour nous protéger par Ta main forte, fais-nous délivrer de tout péché par Ton bras souverain et nous sauver de ceux qui nous poursuivent d'une haine injuste. Donne la concorde et la paix à nous et à tous les habitants de la terre, comme Tu les as données à nos Pères qui T'invoquaient saintement dans la foi et la vérité. Rends-nous dociles à Ton nom tout-puissant et très saint, car c'est Toi, Maître, qui, par ta puissance magnifique et ineffable a voulu que nous connaissions la gloire et l'honneur que nous nous soumettions aux chefs qui nous gouvernent, sans nous révolter contre Ta volonté. C'est Toi, Maître céleste, roi des siècles, qui octroies aux fils des hommes l'honneur, la gloire et la puissance sur les choses de la terre, mais, seul, Tu as la faculté de dispenser Ta faveur et des faveurs plus grandes encore. Et de tout cela, nous Te rendons grâces, par le grand prêtre et le protecteur de nos vies, Jésus-Christ. Par Lui soit à Toi la gloire et la splendeur, aujourd'hui, de génération en génération et pour les siècles des siècles."
AMEN