TEMPLE DE L'ESPRIT

Si 24, 10-17 ; Lc 1, 46-55
Présentation de la Vierge Marie - (21 novembre 2007)
Homélies du Frère Bernard MAITTE

 

E

st-ce parce qu'il est difficile d'imaginer Marie comme une humble servante (c'est elle qui le dit), comme cette femme sur laquelle Dieu a jeté un regard ? Est-ce difficile de voir en Marie une simple femme, une simple jeune fille d'Israël qu'il a fallu imaginer assez rapidement imaginer que Marie depuis toujours est cette vierge consacrée au Seigneur et qu'à l'aube de sa vie consciente, pour ne pas dire qu'elle a été offerte par ses parents au temple, puisque ce n'est pas possible historiquement, mais qu'au moins, elle se soit offerte elle-même à Dieu, qu'elle se soit consacrée au Seigneur comme si elle avait prononcé les vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance de la carmélite la plus retirée dans la France profonde ?

Hélas, je crois que c'est tout simplement une sorte d'anachronisme. Cela n'enlève rien à Marie d'être à la fois tout à fait femme, et mère de Dieu. C'est nous qui faisons une opposition, et peut-être que c'est nous qui avons du mal à penser que Dieu ait vraiment le désir d'être un homme. C'est peut-être nous qui avons du mal à saisir combien Dieu veut remplir notre existence. Que le Seigneur nous aime personnellement et non pas de manière lointaine, et que cet amour personnel s'inscrit dans toutes les réalités quotidiennes et ordinaires de notre vie. Je crois que si Marie peut nous apprendre quelque chose, et si fêter la présentation de Marie au temple peut évoquer en nous un souvenir, ou nous rappeler une réalité profonde de notre être, c'est justement parce que Dieu veut s'inscrire dans la vie d'une humble servante, comme Dieu veut s'inscrire dans la vie de n'importe quel homme sis simple soit-il et pas dans une partie de son humanité, mais dans tout ce qui le constitue comme homme. Je pense que c'est cela que peut nous rappeler Marie et la fête de cette présentation. J'ai envie de dire que ce n'est pas tant la vierge Marie qui présente sa vie au Seigneur, que Dieu qui présente sa vie à une femme d'Israël, que Dieu qui offre à une simple femme d'Israël ce qu'Il a de plus beau et de plus profond, sa vie qui devient chair, son Verbe qui devient corps, son Fils qui donne vie.

C'est regarder les choses très différemment. Ce n'est pas l'homme ou la femme qui entrent en Dieu et qui se sortent de cette existence pour atteindre un monde divin que l'on place toujours très haut et très loin. C'est l'émergence dans notre existence de la plénitude de vie et de la plénitude de grâce. La grâce de Marie, c'est d'y répondre totalement, c'est de ne pas se fermer à ce que Dieu lui propose, c'est d'accepter justement le Magnificat, l'exaltation pleine et complète, toute la gloire et la vie que Dieu peut donner dans l'existence même des hommes pauvres, des humiliés, et ultimement dans cette humble servante, signe de toutes nos pauvretés et nos misères appelées à être sauvées.

Marie finalement, ne fait que récapituler ce que l'on appelle l'histoire sainte qui est une histoire du salut, à savoir que depuis le début la création est appelée à chanter la vie que Dieu lui a donnée, qu'Abraham était appelé à marcher en présence du Seigneur, que le peuple d'Israël a vu la nuée lumineuse ce signe même d'un peuple de Dieu parce que le Seigneur marche au milieu de ce peuple et qu'il a le courage d'avancer vers la terre promise et la gloire et ainsi de suite jusqu'à Marie qui accepte non pas d'abord d'être une statue sur nos autels qui se consacre et qui deviendrait une sorte d'image pieuse, mais bien Marie pleinement femme dans son existence et sa réalité, qui accepte l'extraordinaire maternité, qui accepte l'extraordinaire vie de Dieu, qui accepte tout ce que Dieu est et peut donner parce qu'elle accepte tout simplement de marcher dans la présence du Seigneur et d'avancer avec tout le peuple des pauvres, aujourd'hui, tout le peuple des croyants, comme aime à le dire Lumen Gentium, vers cette gloire que Dieu nous fait vivre déjà, car ce qui est inscrit en Marie est aussi inscrit dans notre propre baptême. C'est pourquoi tel ou tel apôtre s'est exprimé en parlant de nous en disant que nous sommes les pierres vivantes, que nous construisons ce temple spirituel, que nous sommes corps du Christ, que nous sommes temples de l'Esprit.

 

AMEN