L'OFFRANDE TOTALE
Si 24, 10-17 ; Lc 1, 46-55
Présentation de la Vierge Marie - (21 novembre 2006)
Homélies du Frère Bernard MAITTE
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e ne sais pas si vous y avez été attentifs, je veux parler de la "collecte", la prière d'ouverture de la mémoire de la Présentation de la vierge Marie. Pour certaines fêtes, il y a des oraisons propres, la collecte, la prière sur les offrandes et la prière après la communion, concernant la vierge Marie, il faudrait rechercher dans le commun, mais il y a quand même une prière propre au début. Il n'est pas allusion à la Présentation, puisque nous célébrons la mémoire de la très sainte vierge Marie : "Accorde-nous Seigneur, par son intercession, le bonheur de vivre dès maintenant en ta présence, et d'avoir part un jour à la plénitude de la grâce". Les liturgistes sauront que dans ces cas-là on peut prendre cette oraison et la placer à peu près dans n'importe quelle fête de la vierge Marie, puisqu'elle n'est pas typée.
Pour quelle raison ? tout simplement parce que la présentation de cette mémoire dit : par-delà les anciens récits qui rapportent la Présentation de la vierge Marie au temple, cela veut dire que ce sont des récits qui n'ont pas d'appui évangélique. Ils ne sont pas dans l'Écriture, donc, au-delà de la légende, les Église d'Orient et d'Occident font aujourd'hui mémoire de l'offrande que la vierge immaculée dit d'elle-même au Seigneur à l'aube de sa vie consciente. On ne parle pas de Présentation de la vierge Marie au temple, d'une part, parce qu'on n'en sait rien, d'autre part, parce que cela ne correspond pas du tout à des pratiques habituelles en Israël. Cela correspondrait d'autant moins pour la vierge Marie que si elle avait été présentée au temple de manière à être consacrée, nous imaginons souvent que c'est comme si elle était carmélite ou bénédictine, avec sa virginité consacrée dès le départ, la Vierge se serait contredite elle-même puisqu'elle avait accepté les fiançailles avec Joseph, sachant qu'un engagement de fiançailles dans la tradition juive, c'est déjà la première partie du mariage. On ne revient jamais sur les fiançailles. Cela peut être difficile à saisir pour nous, mais cela fait partie déjà du mariage. Donc, Marie, ne pouvait avoir promis une virginité consacrée au Seigneur en ensuite se dédire en acceptant d'être fiancée à Joseph.
Cela pose bien sûr une question : pourquoi maintenir cette fête ou cette mémoire ? L'idée qu'il y a derrière c'est l'idée de l'offrande. Le fait de correspondre au salut de Dieu, le fait d'avoir le cœur disposé à accueillir la Parole du Seigneur, le fait de tout mettre en œuvre dans sa vie quotidienne pour être à l'écoute du Dieu qui se révèle et qui parle a été non seulement le cas de la vierge Marie, mais en soi, c'est inscrit dans chacune de nos existences. Dans chacune de nos existences est inscrite cette offrande à faire. C'est pourquoi saint Paul dira dans une de ses épîtres à propos du baptisé, qu'il faut s'offrir en hostie au Seigneur. Ce n'est pas d'abord de se sortir du monde et de réserver l'intime de notre vie souvent exprimée par la sexualité, pour la consacrer au Seigneur qui fait le rapport d'offrande à Dieu. Ce qui fait le rapport d'offrande à Dieu, c'est au contraire la totalité de l'existence de l'histoire et de ses modalités, que l'on présente, que l'on donne, que l'on offre au Seigneur. Il est vrai que le système d'offrande dans le temple à l'époque de Jérusalem, consiste à retirer une bête sans tache, pour la donner au Seigneur en pensant qu'Il sera content et qu'en retour, Il exaucera, protègera et donnera ses bienfaits. En régime chrétien, il ne s'agit pas de sortir un "quelque chose" pour l'offrir à Dieu et penser qu'alors on est consacré. La consécration est offrande totale de l'existence, et pas une part réservée, mais l'ensemble et la totalité.
C'est d'ailleurs ce que va marquer le Christ lui-même qui va achever complètement, accomplir tout le régime sacrificiel des offrandes de l'Ancienne Alliance, parce qu'Il va offrir tout ce qu'Il est, sa vie divine, sa vie humaine. Et du coup, c'est cette offrande-là qui consacre toute la réalité humaine. Pourquoi est-elle entièrement consacrée ? parce qu'elle est au moins signifiée par une chose, c'est que le Christ meurt en-dehors des murs de Jérusalem. Il n'est plus dans le temple, entre quatre murs, ou le parvis du temple où l'on offrait l'agneau, donc avec toutes ces mises à part successives, mais au contraire, Jésus réinvestit la plénitude de l'univers, du cosmos, en étant justement dans ce qui était considéré comme profane. Du coup, Jésus-Christ, par son offrande rend tout sacré. Il marque aussi que c'est toute l'existence et toute la terre qui est désormais consacrée au Seigneur. C'est compréhensible, puisque dès le départ, non seulement dans les psaumes, mais dans le livre de la Genèse, lorsqu'on dit : "Et Dieu vit que cela était bon", à propos de la création, cela signifie que toute la création est appelée à dire la louange de Dieu. Vous le savez, dans l'Apocalypse aussi, on le verra, la plus belle chose que l'on puisse offrir à Dieu, c'est le sacrifice de louange, c'est-à-dire l'offrande même de notre chant, la poésie même de l'existence.
Je crois que finalement à travers Marie, nous avons le signe d'une simple femme qui dans son existence quotidienne, de bébé, d'enfant et de femme, de juive, finalement se rend compte que toute sa vie est prise par Dieu et qu'à travers sa vie, Jésus le Fils de Dieu va pouvoir prendre corps. Un peu comme lorsqu'on prend le pain et le vin, et que le prêtre dit : "tu es béni Dieu de l'univers, toi qui nous donne ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes", de toute cette réalité quotidienne, "il deviendra pour nous le pain de la vie éternelle". Et pareil pour le vin qui devient le sang.
Avec Marie, on peut alors reprendre son cantique d'action de grâces, cette offrande véritable de toute la réalité humaine : "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. Il s'est penché sur son humble servante et désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom. Son amour s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes, il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa race à jamais".
AMEN