LE TEMPLE DE L'ENFANCE

Si 24, 10-17 ; Lc 1, 46-55
Présentation de la Vierge Marie - (21 novembre 2003)
Homélies du Frère Christophe LEBLANC

 

A

vec une lecture intégriste et littérale de la Parole de Dieu, on pourrait une fois de plus, et c'est souvent pour les fêtes de la Vierge Marie, se demander pourquoi nous célébrons des fêtes dont rien n'est dit dans les évangiles. On peut se de­mander pourquoi la tradition chrétienne, pourquoi l'Église a tenu à garder absolument ce genre de fête de la Présentation de la Vierge au Temple, dont il n'est question nulle part dans les évangiles. C'est la raison pour laquelle, pour toutes les fêtes de la Vierge géné­ralement, les évangiles sont plutôt restreints, et que le magnificat sert à beaucoup de fêtes de la Vierge. Je crois que ce n'est pas par défaut, je crois que ce n'est pas non plus par une dévotion un peu suspecte ou faible, mais je crois que le mystère que nous célé­brons aujourd'hui est un mystère très important. Pour­quoi ? Parce que dans une phrase très belle un Père de l'Église a dit en substance que Dieu s'était fait homme pour que l'homme soit divinisé, dans cette phrase, la lecture théologique est de dire que c'est par sa mort et sa Résurrection que nous sommes divinisés.

C'est l'acte de salut par lequel nous sommes divinisés. Mais ce qui est beau dans la présentation de la Vierge au temple, c'est que cet épisode de cette jeune fille est comme en miroir à l'éducation et à l'en­fance du Christ. Autant il y a ces trente années de Jésus enfoui dans la pâte humaine d'un petit village, dont on ne sait rien, où Dieu doit apprendre des ges­tes, la vie, ce que c'est que de devenir homme. Autant, en contre-partie, comme dans un miroir, à travers la Vierge Marie, c'est l'humanité, c'est l'Église qui avant même l'acte salutaire est conviée, appelée à venir goûter ce que c'est que la vie de Dieu dans le temple de Dieu à Jérusalem. Une sorte d'approche, d'accou­tumance, où Dieu s'accoutumant à la vie humaine a, Lui aussi, appelé sa mère à venir s'accoutumer à ce que c'est que de vivre la vie auprès de Dieu dans le temple de Jérusalem. Je crois que ce temple de Dieu dans lequel la Vierge Marie est conviée, dans lequel l'humanité est conviée, dans lequel nous sommes tous conviés comme chrétiens, ce temple n'est pas néces­sairement le temple géographique, fait de pierres montées par des mains d'hommes, mais ce temple dont il est question, c'est le temple de l'enfance. En fait, cette fête que nous célébrons aujourd'hui nous dit quelque chose de l'importance dont Dieu se révèle à nous dans notre enfance. Nous sommes tout petit, nous jouons à l'école, nous apprenons à lire, à écrire, à calculer, nous nous chamaillons avec nos frères et sœurs, nous apprenons à jouer au violon et au foot­ball, nous sommes à ce moment-là comme la Vierge Marie dans le temple, nous sommes en train de faire la même découverte qu'elle, c'est-à-dire, la manière dont notre histoire d'agrège à l'histoire sainte de Dieu.

Pour moi, l'expérience de la Vierge Marie dans le Temple, ce n'est pas uniquement une présence physique dans ce temple de Jérusalem, c'est une pré­sence au cœur de la tradition juive. C'est une petite fille qui découvre ses origines, qui découvre la vie et l'histoire de son peuple, et qui découvre tout un voca­bulaire de la vie quotidienne, que nous aussi il nous est donné de découvrir dans notre enfance. Qu'est-ce que le salut ? Qu'est-ce que le péché ? Qu'est-ce que c'est que d'être trahi par les autres ? Qu'est-ce que c'est que d'aimer, de partager ? Qu'est-ce que c'est que d'attendre enfin quelqu'un qui vient nous sauver, papa, maman, le grand frère ? Et d'une certaine manière la Vierge Marie apprend dans ce temple qui est la tradi­tion juive, qui est la tradition de son peuple, la Vierge Marie apprend tout un vocabulaire qu'elle met en place entre l'histoire sainte qui n'est pas son histoire, et sa propre histoire. Cette accoutumance de cette enfant est de découvrir justement l'interaction entre sa propre histoire qui peut paraître médiocre, sans intérêt, et la grande histoire du peuple dont elle est issue.

Je crois, frères et sœurs, quand nous célébrons cette présentation de la Vierge au Temple, le Seigneur nous demande lui aussi peut-être de nous remémorer la manière dont, dans notre enfance, peut-être notre enfance psychologique, mais peut-être aussi notre enfance spirituelle qui parfois s'étale dans la durée, je crois que le Seigneur invite à creuser et à découvrir comment nous aussi, Il nous a amenés à vivre dans son temple, afin qu'un jour, Il puisse naître et se dé­velopper dans notre cœur pour qu'à notre tour, nous puissions nous approprier et annoncions le salut de notre Seigneur dans ce même cri de la Vierge Marie, le Magnificat.

 

 

AMEN