MAISON ROYALE

Si 24, 10-17 ; Lc 1, 46-55
Présentation de la Vierge Marie - (21 novembre 1992)
Homélies du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Q

uoi qu'il en soit de l'événement auquel cette fête fait allusion, ce qui est signifié ici c'est que la vierge Marie est entrée en relation avec la Maison de Dieu, le Temple de Jérusalem qui est la Maison où Dieu habite. Et ceci ne peut pas ne pas évoquer immédiatement dans notre esprit la prophétie de Nathan à David quand celui-ci voulait construire une maison à Dieu, cette maison précisément que son fils Salomon a construite. Et dans un premier temps Dieu avait dit à David : "Ce n'est pas toi qui me construiras une maison, mais c'est Moi qui te cons­truirai une maison", une maison royale c'est-à-dire un lignage, une descendance. Et c'est en Marie précisé­ment que cette prophétie de Nathan à David se réali­sera. C'est elle, c'est son propre sein qui va devenir "la maison" dans laquelle le Fils de Dieu prend place, dans laquelle Il vient habiter, Lui qui est de la lignée de David, Celui en qui se réalise la "maison royale " de David. Nous sommes donc confrontés au mystère de Marie qui, pour devenir "la maison de Dieu", la maison du Fils de Dieu dans son propre sein, com­mence par entrer en relation avec la "maison de Dieu parmi les hommes", le temple de Jérusalem.

Je voudrais faire allusion à une autre dimen­sion de la Révélation. Dans notre langage courant, nous disons d'une maison qu'elle est une "demeure". La maison est en effet l'endroit où l'on reste de façon habituelle, où l'on demeure d'une façon permanente. La maison de Dieu c'est le lieu où Dieu demeure. Non pas simplement où Il établit sa demeure au sens géné­ral du terme, mais où Il reste de façon durable. Une maison est un endroit où l'on fait sa demeure, au sens où l'on y est "chez soi", d'une façon permanente, comme dans un prolongement de soi-même. Et en entrant au Temple de Jérusalem, dans la demeure de Dieu, Marie est venue dans le lieu où Dieu demeure d'une façon permanente, habituelle. Elle est entrée en contact avec cette permanence de la présence de Dieu afin de devenir, à son tour, la Demeure de Dieu, l'en­droit où Dieu va, de façon permanente, demeurer, à la fois dans son sein, et pour l'éternité, dans sa vie et son cœur.

Ce mystère de Marie est aussi notre mystère. Quand nous venons dans cette église qui est la "mai­son de Dieu", nous venons dans le lieu où Dieu de­meure afin de pouvoir entrer en contact avec cette présence permanente de Dieu qui n'est dans cette "maison" que pour venir habiter et demeurer en nous, que pour que notre cœur devienne la demeure vérita­ble de Dieu. Peu importe que nous construisions des cathédrales ou des églises modestes, ce qui est déter­minant, ce qui est décisif, c'est que nous fassions de notre cœur une cathédrale, une église, un sanctuaire, un temple où Dieu puisse venir demeurer. Et à l'image du cœur de Marie, notre cœur doit être le lieu où Dieu aime demeurer, c'est-à-dire où Il se sent "chez Lui", où si j'ose dire Il établit son quartier général où Il établit ses pénates, où Il vient se reposer, où Il vient s'établir, où Il peut rester, où Il peut trouver son bon­heur et sa joie à être présent. Dieu préfère infiniment être présent dans la demeure de notre cœur plutôt que dans ces demeures de pierre que sont les églises ou qu'était le Temple de Jérusalem et qui ne sont que des images, qui ne sont que des moyens pour arriver à cette demeure véritable, à cette demeure de chair, cette demeure vivante, cette demeure capable d'amour qu'est notre cœur. Dieu demeure avec infiniment plus de joie dans un cœur qui s'ouvre, dans un cœur qui l'accueille, dans un cœur qui l'aime, dans un cœur qui répond par l'amour à son amour, qu'Il ne prend pas du plaisir à se trouver dans un local. Et ce local, si beau soit-il, si grand et orné soit-il, n'est qu'un moyen pour éveiller notre cœur à une beauté plus spirituelle, plus profonde, plus intense, plus décisive, la beauté d'un cœur qui aime et qui s'ouvre à la venue d'amour de Dieu en lui.

Si donc Marie s'est habituée à la demeure de Dieu dans son Temple c'est pour, un jour, devenir elle -même la "Demeure de Dieu" dans son corps, dans sa chair d'abord c'est cela son privilège, mais aussi sa demeure dans son cœur, privilège qu'elle partage avec nous. Nous pouvons, nous aussi, non pas être la "mère de Dieu", mais ouvrir notre cœur à la venue de Dieu pour qu'Il y fasse sa demeure, pour qu'Il s'y établisse de façon permanente et durable, pour qu'Il y trouve sa joie et son repos. Alors cette fête doit être pour nous un appel à l'intériorisation de notre foi, un appel à ce que la vénération que nous avons pour Marie nous tourne comme elle s'est tournée elle -même vers l'uni­que nécessaire qui est Dieu, afin que comme elle, en suivant ses traces, en écoutant ses leçons, en nous laissant guider par ses mystères, nous devenions non pas simplement des habitants de l'église, des "pas­sants" dans une église, mais la vraie maison de Dieu, le lieu où Dieu habite avec joie.

Ainsi nous serons préparés à entrer dans la joie de Notre Seigneur le jour où, dans le paradis qui est le temple véritable, nous serons vraiment associés à la vie de Dieu et nous demeurerons en Lui comme Lui demeurera en nous, ce qui s'inaugure dès mainte­nant et trouvera à ce moment-là son plein achèvement dans cette communion, dans cette inter-communion entre Dieu et nous. "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en Moi et Moi en lui nous dit le Christ. L'eucharistie que nous allons célébrer est déjà l'inauguration, le commencement de cette vie éternelle qui est notre commune demeure entre Dieu, l'un dans l'autre, Lui en nous et nous en Lui.

 

 

AMEN