LE TEMPLE DE L'ESPRIT

Si 24, 10-17 ; Lc 1, 46-55
Présentation de la Vierge Marie - (21 novembre 1991)
Homélies du Frère Bernard MAITTE

 

L

a fête de la Présentation de Marie au Temple nous permet de méditer sur ce que la vierge Marie fut pour Dieu. Elle a offert sa vie au Seigneur, elle a été consacrée à Dieu. Et son offrande nous invite à offrir aussi notre vie.

Cette offrande de Marie relève de la bénédic­tion de Dieu. Plus que ne le laissaient les termes vé­tero-testamentaires, quand on parle de la consécration de la vierge, il s'agit du lien indéfectible qui se dé­ploie entre elle et son Seigneur. Quand on consacrait des objets dans l'Ancien Testament, il s'agissait de les réserver pour le culte. Ils devaient entrer dans la sphère sainte du Temple. Quand on consacrait des personnes, c'était une manière de les retirer de leur sphère habituelle pour les remettre entièrement à Dieu et les faire grandir dans l'espace de la vie de Dieu.

Mais, avec la vierge Marie, ces termes sont dépassés car il s'agit de s'offrir elle-même en même temps que le Seigneur s'offre à elle. Donc, la vie même de Marie n'est pas une mise à part du monde pour entrer dans une sphère cultuelle d'un temple, mais elle est offrande de sa vie à l'intérieur du monde même qu'elle habite. C'est pourquoi la consécration de la vierge Marie va plus loin que les consécrations de l'Ancien Testament, car au lieu de la retirer du monde, il s'agit qu'elle devienne, dans le lieu où elle est, la présence même de Dieu. Ce n'est plus simple­ment sa vie qu'elle offre à Dieu mais c'est Dieu qui s'offre à elle. C'est Dieu qui crée en elle cet espace où la bénédiction divine va pouvoir passer pour tous les hommes.

Cela nous appelle à réfléchir sur notre bap­tême. Notre baptême nous a donné de vivre de la vie même de Dieu c'est-à-dire de lui être consacrés. Cela non pas en étant retirés du monde, mais pour que, par nous, l'œuvre de Dieu puisse agir en ce monde. Et donc que notre personne ne soit pas simplement une conversion, un retournement vers Dieu mais que nos actes aussi deviennent, par l'intervention de Dieu, des actes salvifiques, des actes de sanctification pour nos frères et pour le monde. Dans sa prière au Père, Jésus précisait : "Je ne Te prie pas pour que Tu les retires du monde, mais pour que Tu les consacres dans la vérité !" pour que chaque homme devienne, par le baptême, à l'image de Marie, des lieux de la présence de Dieu. C'est pourquoi le baptême nous fait non seulement devenir enfants de Dieu parce que Dieu devient notre Père à tous, non seulement vivre de la vie même du Christ, être d'autres Christs dont Il est Lui-même premier-né de tous les baptisés que nous sommes, pour être présentés au Père et se réconcilier le monde, mais le baptême, comme se plaît à le dire saint Paul, fait de nous les temples de l'Esprit.

La présence de Dieu n'est donc plus localisée dans un lieu très circonscrit tel que le temple de Jéru­salem, mais Il vient habiter le cœur des hommes, Il vient se révéler dans la profondeur des êtres et mur­murer en nous un chant d'amour au plus profond de notre personne, nous faire sentir que notre existence elle-même ne dépend pas de nous mais qu'elle est entièrement consacrée, c'est-à-dire sanctifiée par sa présence.

Demandons à Marie, au cœur de cette œuvre de sanctification qu'elle a partagée en ce monde, de nous faire comprendre cela. Qu'au cœur de notre vie sociale, politique, humaine et familiale, nous sommes le reflet de l'ouvrage de Dieu, que nos actes, parfois, nous dépassent et peuvent être, pour les autres, reflets de la tendresse et de la miséricorde de Dieu, et que, en nous-mêmes réside cette joie d'être les lieux de la présence de Dieu, temples de l'Esprit qui nous fera un jour nous écrier avec tous les saints et particulière­ment avec Marie : Mon âme exalte le Seigneur, parce que Dieu a vaincu en moi la mort et qu'Il m'appelle à une vie éternelle, vie de sanctification qui, dès au­jourd'hui commence avec nous quand la consécration qui est finalement un lien indéfectible entre deux per­sonnes se réalise tout particulièrement dans le lien que nous avons avec le Christ qui communie à notre per­sonne, à notre corps, à notre être profond quand nous recevons son corps et son sang.

 

 

AMEN