LE TEMPLE, PRÉSENCE DE DIEU

Si 24, 9-17 ; Lc 1, 46-56
Présentation de la Vierge Marie - (21 novembre 1990)
Homélies du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

a fête de la Présentation de Marie au Temple, quoi qu'il en soit de l'événement ou du non-événement qui la motive, a une signification très profonde puisque les thèmes qui s'entrecroisent dans cette fête sont d'une grande importance pour notre connaissance de Marie. Il y a le thème du Tem­ple c'est-à-dire du lieu de la présence de Dieu, il y a la notion de consécration de Marie à Dieu, et comme cette fête est la seule qui se situe avant l'évènement central qui est la maternité divine de Marie, c'est plus l'aspect de la virginité de Marie qui est au centre des perspectives de cette fête D'ailleurs la virginité de Marie est conçue comme cette consécration d'elle -même à Dieu.

En effet, qu'est-ce que la virginité ? Par-delà la virginité du corps, qui dans bien des civilisations anciennes a fait l'objet d'une vénération quelque peu mythique, il y a surtout la virginité du cœur c'est-à-dire à travers le mot virginité ce que nous verrons en Marie c'est l'intégrité. L'intégrité du cœur c'est-à-dire la totale remise de son être intérieur à Dieu. Et là il ne s'agit plus de légende plus ou moins brodée par les hommes, il s'agit du mystère profond de Marie. Ce qui fait que Marie occupe une place exceptionnelle dans l'humanité, dans l'humanité sauvée qu'est l'Église et donc dans notre vénération et dans notre vie de foi, c'est que, en elle plus qu'en tout autre et en elle d'une certaine façon seulement, se réalise pleinement cette virginité, cette intégrité du cœur, cette totale subordi­nation de son être intérieur à la présence de Dieu. Parce qu'il n'y a pas en Marie de péché, même pas le péché originel puisqu'elle en a été délivrée par une grâce purement gratuite à l'instant même de sa conception, avant que, d'aucune façon sa liberté n'in­tervienne, il y a en elle une transparence parfaite à la présence de Dieu. Il n'y a rien en elle qui fasse obsta­cle, qui se détourne, qui fasse ombre avec la présence de Dieu. Elle lui est totalement consacrée, totalement transparente. Et c'est pourquoi nous pouvons dire, symboliquement, qu'elle a été présentée au Temple, au lieu de la présence de Dieu. Elle a été amenée de­vant cette présence de Dieu pour lui être consacrée totalement, pour que cette présence de Dieu envahisse entièrement son cœur son âme et son être tout entier. Et ce qui était vrai, par grâce, dès l'origine de sa vie, par son Immaculée Conception, devient par l'exercice de sa liberté, car Marie était libre et elle aurait pu se détourner de cette grâce comme Adam et Eve l'ont fait alors qu'ils n'avaient pas eux non plus le péché originel avant de l'avoir commis, Marie s'est tournée vers cette présence de Dieu qui l'envahissait totale­ment et elle l'a assumée pleinement. C'est ce que contient cette idée de consécration.

La consécration que Marie fait d'elle-même c'est l'acceptation joyeuse, plénière, totale de cette présence de Dieu qui la remplit sans ombre, Cela Ma­rie l'a assumé dans la simplicité du oui qu'elle dit à la présence de Dieu et qui porte déjà en lui le oui qu'elle répondra à l'ange quand il viendra lui annoncer que cette présence de Dieu n'est plus seulement spiri­tuelle, n'est plus seulement une présence d'immensité qui la remplit du mystère de Dieu, mais que cette présence se fait chair en elle, qu'elle devient une pré­sence physique, une présence qui prend en elle sa chair pour en faire la chair de Dieu. La maternité de Marie est donc dans le droit fil de cette virginité consacrée en elle. Et ainsi se réalise en Marie ce mystère qui nous échappe parce qu'il n'est plénier qu'en Dieu, c'est que l'intégrité virginale et la fé­condité maternelle se conjuguent en un unique mys­tère. En Dieu aussi il y a parfaite intégrité de son mystère, car Dieu est sans aucun mélange, sans aucun apport extérieur ni aucune venue étrangère. Dieu est pleinement, est totalement Lui-même dans l'absolue lumière de son intégrité. Et c'est cette virginité de Dieu qui se répand en fécondité, sa fécondité pater­nelle à l'égard du Fils, sa fécondité à l'égard de l'Es­prit et, plus tard, cette fécondité démultipliée à l'égard de toute la création qui est comme le débordement du trop plein de cette plénitude divine.

Ce qui est vrai d'une façon incompréhensible et inimaginable en Dieu, que l'intégrité et la fécondité ne font qu'un, voici que, en Marie d'une façon très participée et seulement seconde mais simplement par analogie, cela se réalise aussi d'une manière qu'aucun être humain ne peut porter en lui de la même manière. Il y a dans l'intégrité virginale de Marie, totalement consacrée à Dieu, le germe de cette fécondité inouïe puisque ce n'est pas une fécondité semblable à celle des autres mères, sa maternité est une maternité divine et ce qui s'engendre en elle est le Fils même de Dieu.

Alors que notre vénération pour Marie nous entraîne non pas à lui ressembler mais à marcher avec elle sur un chemin de virginité du cœur, de consécra­tion de notre cœur, de transparence de notre cœur, d'intégrité de notre être profond vis-à-vis de ce mys­tère de Dieu. Que nous ne soyons pas distraits, divisés en mêlant à notre vie intérieure des choses qui lui sont étrangères. Qu'il y ait en nous un lieu secret, profond, dans lequel Dieu seul est présent, dans lequel nous sommes totalement consacrés à Dieu, totalement ou­verts à son mystère pour qu'Il déploie en nous sa fé­condité propre qui dépasse nos possibilités mais qui est remise entre nos mains pour qu'il déborde de notre cœur en fécondité spirituelle.

 

 

AMEN