RECONNAÎTRE LE PAS DE DIEU

Si 24, 9-17 ; Lc 10, 38-42
Présentation de la Vierge Marie - (21 novembre 1989)
Homélies du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous avons souvent le sentiment étrange qu'une solitude poignante règne dans notre vie Et lorsque nous en prenons conscience d'une façon plus brûlante, cette solitude nous panique, nous faisant voir que notre avenir, nous l'inventons pas à pas, que notre passé s'efface, que rien ne tient vraiment dans nos mains et que nous sommes un petit pion posé sur l'ensemble du cercle cosmique et que ce que nous vivons, ce que nous faisons, ce que nous voulons est bien peu de chose. Lorsque nous prenons le soin de peser notre propre poids par rapport au poids du monde, des événements de l'actualité ou des événements de Dieu ou de Dieu Lui-même, il y a comme un silence qui tombe sur nos cœurs. Nous préférerions nous taire devant l'effroyable dispropor­tion qu'il y a entre ce qu'est Dieu et ce que nous som­mes.

Cette fête de ce jour, non pas nous rassure mais nous indique que nous sommes précédés, que le chemin qui s'ouvre devant nous n'est pas tout à fait inconnu ni fatalement semé d'embûches, mais que quelqu'un s'y tient. Quelqu'un s'y tient et nous attire à Lui pour que ce chemin en soit pas uniquement l'agencement de libertés, de hasards ou de fatalités qui semblent s'entrechoquer, mais qu'il ait un but. Nous allons quelque part avec ce quelqu'un. Le texte que nous avons entendu et qui fait écho à un passage de la Sagesse nous dit que la Sagesse est comme un enfant qui joue aux pieds de Dieu. D'ailleurs Dieu trouve ses délices à voir cet enfant jouer à ses pieds. Et avant même ma création du monde, Dieu l'avait engendrée, cette Sagesse comme un maître d'œuvre, à qui Il avait donné les instruments de l'ordre, de l'harmonie, de la beauté. Chacun des actes créateurs de Dieu est pré­cédé par cet architecte enfant qui se réjouit d'être l'écho et de précéder le Seigneur dans son acte créa­teur.

Cette même Sagesse avait conçu, dans l'ordre des choses, qu'une femme, qu'une petite fille, en l'occurrence Marie présentée au Temple pour signifier plus concrètement son appartenance au Seigneur, nous précède, nous attire, nous appelle. La Sagesse nous appelle non par comme le monde appelle, non pas selon le poids même du monde, mais selon un autre poids qui est fait pour nous. Cette Sagesse est comme ce plan incliné qui va de nous à Dieu, nous préparant doucement à cette véritable rencontre, la seule qui puisse nous constituer comme des êtres par rapport à Lui et éviter que nous ne soyons que de petites poussières. Car le Seigneur ne veut pas que nous soyons des poussières qui s'envolent au moindre des événements de ce monde, mais que chacun pèse son propre poids, son poids d'amour, de cette volonté de Dieu de créer des êtres qui, en face de Lui, répondent à son amour.

Non pas que Dieu ait créé ce que sera demain ou après-demain, ou les années qui viennent, mais Il les fait précéder de cette saveur particulière qui est sa présence, sa Sagesse, son projet, son dessein. Ainsi si nous pouvions ouvrir les yeux sur ce qui précède cha­cun de nos actes qui est la prévenance de Dieu, nous verrions qu'Il est plein de prévoyance. Le Seigneur "balaie" devant nous les événements pour que, même s'Il ne les transforme pas, Il les oriente non pas vers le noir, vers la ténèbre, vers la nuit mais vers sa lumière.

Alors nous qui sommes en ce Temple nou­veau, nous qui, par le corps et le sang du Christ, al­lons recevoir en nous le don du lien que Dieu fait profondément, nous qui vivons fondamentalement par l'eucharistie cette consécration à Dieu, demandons qu'Il nous ouvre les yeux sur cette Sagesse qui ne nous a jamais lâchés, qui a toujours guidé nos pas. Et lorsque notre cœur est en paix et reconnaît la présence de Dieu, puissions-nous l'entendre reconnaître son pas, son murmure, si subtil et si délicat qui n'a jamais cessé d'être devant, avant de nous attirer à Dieu, vers Dieu. Demandons au Seigneur que nous devenions des gens attirés par la Sagesse de Dieu, qui, se sachant ni solitaires ni abandonnés, se savent accompagnés par cette prévoyance, par cet ordre, par cette Sagesse qui est la façon dont Dieu nous tient et nous attire à Lui.

 

AMEN