LA PRÉSENTATION DE MARIE
Si 24, 9-17 ; Lc 10, 38-42
Présentation de la Vierge Marie - (21 novembre 1987)
Homélies du Frère Jean-Philippe REVEL
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ar-delà la légende pas très vraisemblable de la Présentation de Marie au Temple, ce que cette fête signifie c'est le caractère contemplatif de la vocation et de la vie de la vierge Marie. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on lit cet évangile qui joue un peu sur les mots puisque, de Marie sœur de Lazare, on passe à Marie la vierge, à cause de cette phrase : "Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas ôtée !"
C'est encore ce que l'on pourrait exprimer par cette parole de la vierge Marie elle-même : "Je suis la servante du Seigneur !" Marie au service du Seigneur, c'est-à-dire Marie dans cette vie de consécration de tout son être à l'attention portée au Seigneur Lui-même dans la prière, dans le silence, dans la contemplation. On pourrait encore aujourd'hui méditer sur cette autre parole de l'évangile au sujet de Marie : "Marie gardait toutes ces choses dans son cœur et elle les méditait en elle-même !"
Toute une atmosphère de contemplation entoure la personne de la vierge Marie. Dans l'évangile Marie est extrêmement silencieuse, ses paroles sont rares et elles ont d'autant plus de poids. Marie c'est d'abord celle qui écoute, c'est d'abord celle qui se tait et contemple. C'est seulement à partir de cette contemplation silencieuse que le mystère de Marie peut se comprendre comme il a pu se développer, se déployer. C'est parce que Marie vivait dans la foi et que cette foi était nourrie par la méditation de la présence de Dieu et la méditation des Ecritures qui nous révèlent cette présence de Dieu, que Marie a pu reconnaître, dans la voix de l'ange, un appel de Dieu, qu'elle a pu comprendre ce qui lui était demandé et se trouver prête à dire immédiatement : "Qu'il me soit fait selon ta parole". Il n'est pas si simple de répondre à Dieu : "Qu'il me soit fait selon ta parole !", moins encore quand cette parole de Dieu nous dit quelque chose d'aussi extraordinaire que ce qui a été dit à Marie, qu'elle serait la mère du Fils de Dieu. Pouvoir ainsi se sentir prête, immédiatement, à répondre à cet appel cela suppose une longue méditation, une longue maturation en soi de cette Parole de Dieu.
De la même façon, pouvoir, au pied de la croix, accompagner son Fils dans ce supplice par elle également incompréhensible, comment le Fils de Dieu, comment le Messie, comment Celui qui porte les promesses d'Israël pouvait-il ainsi mourir seul, sur la croix, abandonné de tous, dans un échec apparent et apparemment total, comment était-il possible qu'il en soit ainsi, et comment pouvait-elle accepter cette parole qui lui proposait Jean comme fils et à travers lui nous tous "Voici ton fils, voici ta mère !" sinon par une longue méditation, une longue rumination des faits et gestes de ce Fils, des faits et gestes et des paroles de ce Jésus, qui maintenant mourait et dont elle savait qu'Il était le Fils de Dieu ?
Pour que Marie puisse être la mère de l'Église, il a fallu qu'elle prie au cénacle, ou plus exactement qu'elle porte dans sa prière les apôtres, encore tout bouleversés par la mort et la résurrection du Christ, par ses apparitions si étonnantes et auxquelles ils avaient eu tant de mal à accorder foi, pour que Marie puisse les rassembler dans cette prière, les soutenir dans cette prière, et mettre au monde l'Église, au jour de la Pentecôte, il fallait qu'elle ait longuement médité et ruminé cette Parole et cette promesse de Dieu.
Tout au long de l'évangile, de la vie de Marie qui est la même chose que la vie de Jésus, car la vie de Marie n'a pas d'autre sens que de mettre au monde le Christ Seigneur et de l'accompagner, tout au long de cette vie Marie n'a cessé de méditer en son cœur toutes ses merveilles qui se déroulaient sous ses yeux. Merveilles qui exigeaient le regard de la foi pour les comprendre car apparemment Jésus était un enfant comme les autres et quand Il s'est mis à prêcher, Marie a été déconcertée comme tous ses auditeurs, par la prédication de Jésus. Elle ne comprenait pas nécessairement tout ce que disait Jésus. Déjà lorsque Jésus âgé de douze ans était resté dans le Temple, elle avait dit : "Vois, ton père et moi, nous sommes bouleversés et nous te cherchions !" Et Jésus avait répondu : "Ne faut-il pas que je sois aux affaires de mon Père," sans cesse Jésus a renvoyé Marie à la foi, à la méditation de la Parole de Dieu. Quand on lui dira : "Heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins qui t'ont allaité !" Jésus reprend : "Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent !" et en disant cela il désignait sa mère, non pas sa mère par sa fonction de génération à son égard, mais sa mère dans la foi, celle qui, avant de le porter dans son sein, avait, dans sa foi, préparé son cœur à cette mission.
La vierge Marie présentée au Temple, la vierge Marie consacrée au Seigneur et au service du Seigneur nous invite en ce jour et nous aide à devenir, nous aussi, des contemplatifs, c'est-à-dire des hommes et des femmes qui regardent le visage de Dieu, qui regardent le mystère de Dieu, qui se nourrissent de ce mystère de Dieu dans le silence de leur cœur et dans la nuit de la foi.
AMEN