MARIE MIROIR DE L'ÉGLISE
Si 24, 9-17 ; Lc 10, 38-42
Présentation de la Vierge Marie - (21 novembre 1985)
Homélies du Frère Daniel BOURGEOIS
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ous avons vu le prix de Ton amour au milieu de Ton Temple". Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'Église a déployé dans la célébration liturgique un certain nombre de fêtes sur le mystère de Marie, fêtes dont nous n'avons pratiquement pas de confirmation dans les Écritures. Le mystère de la Nativité de Marie, le mystère de sa Présentation, tout cela n'est pas raconté dans l'Écriture. Le fait que nous célébrions ces fêtes relève d'une simple déduction. Si Marie existe, c'est qu'elle est née et que par conséquent on peut fêter sa naissance. D'autre part, si elle née dans une famille juive, elle a été présentée au Temple dans certaines circonstances précises prévues par la Loi.
Cependant je ne pense pas que pour ces fêtes-là précisément le problème soit d'abord de célébrer un anniversaire. Le problème est d'essayer de comprendre pourquoi, dans l'Église, on a tenu à les fêter. Or pour la Présentation de Marie, il me semble que tous les témoignages de la tradition vont dans un sens convergent qu'il est extrêmement important de saisir, et peut-être que nous sommes mieux placés aujourd'hui en notre vingtième siècle pour le bien comprendre. En effet, c'est seulement à notre époque contemporaine qu'a été manifestée dans toute son exigence la nécessité de célébrer le mystère même de Marie comme la mère des croyants, comme la figure de l'Église, celle qui a le mieux réalisé par toute sa vie le mystère de la Création, c'est-à-dire ce qui accueille la venue du Messie, la venue du Sauveur. Et d'une certaine manière, parce qu'aujourd'hui dans notre temps l'Église s'interroge pour savoir qui elle est, ce qu'elle ne faisait pas dans les époques passées, elle existait simplement presque sans se poser de question, tandis que depuis un siècle à peu près, l'Église non seulement existe, mais elle se demande qui elle est, c'est cela qui est nouveau. Et en se demandant qui elle est, elle ne peut pas répondre simplement à partir de sa propre expérience, ce serait trop limité et trop dangereux, car, à tout moment de son histoire, l'Église ne reflète qu'une partie de son propre mystère. L'Église d'aujourd'hui est la plénitude du mystère de l'Église aimée de Dieu, mais elle incapable par elle-même, dans la manière dont elle vit, dont elle se réalise aujourd'hui dans notre monde, elle est incapable d'épuiser tout ce qu'elle est, de se dire totalement ce qu'elle est. C'est pourquoi nous nous tournons vers la vierge Marie, parce que en elle, nous le croyons, il y a quelque chose qui joue le rôle d'un miroir.
Contempler Marie, c'est contempler dans une personne concrète, la Mère de Dieu tout le mystère de l'Église. Or lorsque nous fêtons la Présentation, nous célébrons la manière même dont l'Église vit le mystère de sa propre liberté. Qu'est-ce à dire ? Présenter un enfant au Temple supposait deux choses. La première c'était une reconnaissance que cet enfant avait été donné, qu'il était don de Dieu, et que par conséquent, toute création est don. Tout ce qui existe vient du mystère de la générosité infinie de Dieu. Et ensuite, parce que cette chose existe comme un don, on la présentait à Dieu pour que cela même qui était donné reconnaisse Celui à qui il ou elle appartenait. Ainsi était inscrite dans ce geste de la présentation des premiers-nés ou des enfants, dans la tradition d'Israël, toute la situation d'une liberté humaine face à Dieu. Cette liberté était un don de Dieu, et cette liberté n'avait pas d'autre manière de réaliser sa propre existence que de vivre en se donnant à Dieu. Don de Dieu et don de soi-même à Dieu. Dans ces deux dimensions était inscrite totalement la destinée de tout enfant d'Israël. S'il existait, c'est parce qu'il avait reçu sa vie et sa liberté des mains mêmes de Dieu, c'était la foi en la création. Le sens même de cette existence, c'était de vivre pour Dieu, de faire que cette liberté soit totalement au Seigneur d'Israël.
Ce qu'Israël vivait dans chacun de ses membres, de façon extrêmement imparfaite, si imparfaite et si limitée qu'il fallait la Loi pour indiquer à chaque Israélite comment vivre ce don de Dieu et comment répondre par toute sa liberté, il s'est trouvé une créature, une seule, qui a pu totalement le vivre en totale liberté, dans la pleine acceptation de sa vie des mains de Dieu et dans le total don de sa propre vie a la disposition du plan et du dessein de Dieu. Et c'est précisément Marie. C'est cela le mystère de la Présentation, c'est le fait que, ce jour-là, Marie, dans un cœur d'enfant, c'est-à-dire un cœur dans lequel la liberté n'était peut-être pas tout à fait épanouie, Marie a vécu, a reconnu cette emprise de Dieu sur elle, à la fois comme source de tout don et comme but ultime et absolu de sa propre existence. Et dans ce don-là, tout a été joué, dans le don d'un cœur d'enfant qui se recevait de Dieu et qui se donnait à Dieu. C'est là qu'a commencé le mystère de "l'humble servante", c'est là qu'a commencé à mûrir dans son cœur le Magnificat qui couronnera le mystère de sa maternité C'est pourquoi en ce jour nous devons nous réjouir de l'humilité de la servante de Dieu car elle nous montre l'humilité et la grandeur de notre liberté. D'où vient que nous soyons précieux ? C'est que nous avons vu le don précieux de l'amour de Dieu au cœur du Temple. Cela vient de ce que la liberté est un don de Dieu, mais surtout le véritable prix, c'est que, par cette fille d'Israël qui deviendrait mère un jour, et par son Fils Jésus-Christ, nous trouvons aujourd'hui par la grâce, la plénitude de notre liberté.
Demandons au Seigneur que par l'intercession, par la prière et la tendresse vigilante de Marie, nous découvrions toujours davantage ce que signifie, aujourd'hui, vivre ne plénitude notre liberté d'enfant de Dieu.
AMEN