UNE TRADITION QUI N'EST PAS DANS LES ÉVANGILES !

Sg (ou Si ??? ) 24, 9-17 ; Lc 10, 38-42
Présentation de la Vierge Marie - (21 novembre 1984)
Homélies du Frère Michel MORIN

Vertus : Présentation de Marie au Temple

L

a fête de la Présentation de la vierge Marie au Temple n'a pas d'origines certaines, en tout cas pas d'origines connues dans les textes officiels canoniques du Nouveau Testament. Rien n'indique dans ces textes que la vierge Marie fut présentée au Temple par ses parents. La tradition appuie l'origine de cette fête sur un écrit dont le contenu n'est pas objet de foi, un écrit apocryphe du milieu du second siècle, ce qu'on appelle le Protévangile de Jacques. A titre de renseignement, je vous lis le passage qui concerne la fête d'aujourd'hui : "Lorsque la sainte Vierge eut atteint l'âge de deux ans, Joachim son père dit à Anne sa mère : "Conduisons notre fille au Temple et accomplissons ainsi le vœu que nous avons fait." Mais Anne répondit : "C'est encore trop tôt. Attendons que notre enfant ait trois ans pour éviter le danger qu'elle recherche son père et sa mère." - "C'est bien ! répondit Joachim, attendons jusqu'à sa troisième année." Lorsqu'elle eut trois ans, ils la conduisirent au Temple et la confièrent au Grand-prêtre pour qu'ils la gardât et se chargent de son éducation."

Ce qu'il faut retenir peut-être, c'est la dernière phrase, c'est que la vierge Marie, d'une façon ou d'une autre, a grandi, a puisé sa croissance dans la Parole de Dieu et dans sa présence au milieu des hommes. C'est à partir du sixième siècle que cette fête a été célébrée dans l'Église d'Orient et elle est devenue officielle dans cette Église en 1730. Quant-à l'Église d'Occident, ce n'est qu'au quatrième siècle qu'on a commencé à l'inscrire au calendrier liturgique et elle est devenue officielle, par un décret du Pape Benoît XIV au milieu du huitième siècle, et lui-même l'a fixée à cette date du 21 novembre.

Plus sérieuse est cette explication de saint Augustin qui, à travers cette fête de la Présentation de Marie, nous ouvre au mystère que nous devons accueillir et recevoir en célébrant cette liturgie. Dans un de ses écrits, il nous dit : "Ce qui a rendu la virginité de Marie si sainte et si agréable à Dieu, ce n'est point parce que la conception du Christ la lui a conservée, mais parce qu'avant même de concevoir, elle l'avait déjà donnée à Dieu. Elle pouvait bien aussi recevoir du ciel l'ordre de demeurer vierge comme étant celle en qui le Fils de Dieu devait prendre la forme de serviteur. Mais, comme elle devait donner l'exemple à celles qui se consacrent au Seigneur, elle consacra sa virginité à Dieu avant de savoir qu'Il était Celui qu'elle devait engendrer. Elle apprenait ainsi aux autres que l'imitation de la Vie du ciel dans un corps terrestre doit être l'effet d'un vœu, libre et volontaire, mais non celui d'un commandement et que c'est par amour pour Dieu et non par nécessité d'obéir à un précepte que l'on consacre sa vie au service du Seigneur."

Ceci est une disposition fondamentale dans notre vie chrétienne, celle de la liberté que nous faisons de notre propre vie à Dieu. De fait, la vierge Marie a été choisie par Dieu pour être la mère de son Fils, mais elle n'est pas restée passive dans ce choix. Elle ne l'a pas vécu comme une sorte d'obligation, comme une nécessité qu'elle devait absolument subir, sans que sa liberté, sans que sa volonté acquiescent. Le mystère de la Vierge présentée au Temple est, en définitive, celui de l'obéissance. Elle accomplissait ainsi ce qu'elle proclamera plus tard, au moment de l'Annonciation : "Je suis la Servante du Seigneur. Qu'il me soit fait selon sa parole". Il est évident que si la vierge Marie a compris, dans son cœur, la salutation de l'ange et sa destinée exceptionnelle, c'est avec sa liberté, c'est avec sa volonté, c'est avec toute sa responsabilité de femme qu'elle a accepté de recevoir ce don de Dieu. Et cela parce qu'elle avait grandi de façon parfaite dans la fidélité à la présence, à la parole, en définitive, à la grâce que Dieu voulait faire par elle, à l'humanité tout entière, cette grâce de donner son Fils en rédemption pour nos péchés.

La vierge Marie est ainsi cette créature qui a tout reçu de Dieu, qui le savait dans sa pleine conscience et qui, avec toute sa volonté et dans l'allégresse, dans la spontanéité a tout rendu à Dieu, sans rien garder pour elle-même, sans rien conserver pour son propre intérêt, pour sa propre destinée ou pour son propre désir. Et dans ce don qu'elle a fait à Dieu, elle a été comblée de la réalisation de cette grâce de Dieu puisqu'elle est devenue mère de son Fils, ce Fils qui a pris chair en elle, et elle a donné sa chair à Dieu pour qu'Il puisse Lui-même se donner à tous les hommes à travers l'incarnation, puis à travers le sacrement de l'eucharistie. Elle est devenue ainsi cette Mère de tous les hommes que nous chantions tous à l'heure dans le psaume 44 : "Tu es loin de tes Pères, tu es loin de la vie du monde, mais tu auras des fils, tu en feras des princes par toute la terre." C'est nous qui sommes ces princes par toute la terre parce que nous sommes frères du Christ qui est Lui-même fils de la vierge Marie.

Elle s'est offerte comme servante. Servir la Parole de Dieu, servir le dessein de Dieu, et en s'offrant comme servante, elle est devenue reine, elle est devenue souveraine, elle est devenue cette reine dont le Roi s'est épris de la beauté, cette reine qui se prosterne devant Lui, et Lui viendra s'incarner dans sa propre chair. Elle est devenue cette reine qui s'avance dans la grâce et dans le mystère de la rédemption, déjà radieuse de la gloire, de la mort et de la Pâque de son Fils, vêtue de brocart aux couleurs éclatantes, ces couleurs éclatantes de la charité, de l'espérance, de la foi parfaitement accomplies en elle. Dès le début de sa vie, elle a fait le sacrifice du commencement, le sacrifice du matin. Et le Christ, son fils, l'a comblée, déjà à ce moment-là, comme par anticipation, de son propre sacrifice, du sacrifice du soir. Ce sacrifice du soir qu'elle recueillera elle-même lorsque le corps immolé du Christ reposera dans ses bras au jour de sa mort, au jour du Calvaire.

La vierge Marie a ainsi épousé totalement cette fidélité de Dieu à l'humanité tout entière dans son dessein de la sauver. C'est cette obéissance que nous célébrons déjà aujourd'hui alors que, enfant, elle était conduite, elle était donnée au Seigneur, dans sa présence au Temple de Jérusalem. Et faisant l'offrande de sa petitesse de servante, de son humilité de créature, elle a été totalement comblée de la grandeur, de la grâce, de l'éternité de son Créateur qui est en même temps son propre fils. C'est pour cela, comme le dit toujours le psaume 44 que "désormais tous les âges font mémoire de son nom", font mémoire de son obéissance, font mémoire de sa fidélité, parce qu'elle a accueilli dans la totalité de sa liberté, dans la totalité de son cœur et de sa chair, cette grâce que Dieu veut faire à toute l'humanité et qui est désormais célébrée lorsque l'on fait mémoire de l'eucharistie du Seigneur en célébrant la messe. Ainsi tous les peuples peuvent bénir la vierge Marie et puiser en elle la raison, la force, l'espérance que tout ce que nous donnons au Seigneur parce qu'Il nous le demande, Il nous le rend sans cesse en grâces, Il nous le rend sans cesse en éternité. Il nous le rend sans cesse dans la richesse multiforme du don qu'Il veut nous faire. C'est ce que le concile Vatican II soulignait dans un texte de la constitution Lumen Gentium : "Marie, fille d'Adam, consentant à la Parole divine, est devenue Mère de Jésus. Et embrassant de tout cœur et sans être retardée par aucun péché, la volonté divine de salut, elle s'est offerte totalement, comme le servante du Seigneur, à la personne et à l'œuvre de son fils, se mettant sous Lui et avec Lui, par la grâce du Dieu tout-puissant, au service du mystère de la rédemption. C'est donc à bon droit que les saints Pères pensaient que Dieu ne s'est pas servi de Marie d'une façon passive, mais que dans la liberté de la foi et de l'obéissance, elle a coopéré au salut des hommes."

Par son intercession, demandons que toute notre vie, que tout ce que nous sommes, puisque nous le recevons de Dieu, soit notre réponse active à son appel incessant, pour que nous puissions recevoir cette rédemption dans notre propre cœur et, en la vivant, coopérer à la rédemption du monde, en partageant avec le Christ ce qu'Il nous a donné pour tous.

 

AMEN