SPIRITUALITÉ DE LA DÉDICACE
Ap 20, 11-15 ; Mt 24, 1-14
Dédicace des basiliques St Pierre et St Paul - (18 novembre 2011)
Homélies du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Paul Hors les Murs
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rères et sœurs, il peut paraître un peu paradoxal que le jour où nous fêtons la basilique de saint Pierre et saint Paul dans leur consécration, qu'on tombe précisément sur cet évangile de la férie qui raconte que le Temple sera détruit et qu'il ne restera pas pierre sur pierre.
Cela donne un peu à réfléchir parce que l'Église a parfois péché par le culte des pierres. Bien sûr, nous sommes très fiers de tous ces monuments, de toutes ces églises qui ont été bâties, et de ce point de vue-là, nous sommes plus juifs que les juifs, parce qu'au moins, ils avaient une excuse, ils ne devaient construire qu'un seul Temple, tandis que nous, on ne s'est pas privé pour en construire partout. Nous avons donc quelques motifs de réflexion sur le fait que les pierres sont des pierres et que ce n'est pas tout à fait aussi simple.
Il est un peu trop facile de dire que les juifs avaient un culte matériel du Temple et que c'était uniquement la réalité du monument qui les intéressaient. En fait, déjà à l'époque de Jésus, le Temple de pierres était très critiqué par une bonne partie des juifs. Quand Jésus dit : "Détruisez ce Temple", évidemment que les auditeurs immédiats qui se trouvaient dans le parvis du Temple autour de Jésus pour écouter ses paroles de condamnation du Temple répétées dans l'évangile que nous venons d'entendre, puisque c'est une sorte de malédiction que Jésus propose, il est bien évident que beaucoup de juifs (peut-être pas des cercles intimes des Sadducéens) pensaient que le culte juif avait à s'émanciper du culte au Temple. C'est tout à fait vrai et c'est pour cette raison que le judaïsme a survécu, il a pu vivre hors de la perspective du culte au Temple, avec toute une partie de la religion qui était mutilée, réduite. De ce point de vue-là, ils ont subi dans le problème du culte dans les temples de pierres une conversion et une radicalisation beaucoup plus forte que nous, qui lorsque nous avons pu sortir de terre lors de l'empire romain et être considérés comme "religio licita", nous nous sommes empressés de demander le mécénat des empereurs pour construire les basiliques et ensuite les cathédrales.
Les choses sont souvent plus subtiles et difficiles à juger qu'on ne pense. C'est un peu rapide de dire que la religion juive est une religion matérielle centrée sur le Temple. Ce n'est pas vrai, et nous-mêmes nous avons aussi de temps en temps à faire notre propre autocritique sur ce sujet parce que notre conception du Temple est parfois à réviser. La raison profonde qui sauve la mise, c'est que les chrétiens ont construit les temples un peu comme les juifs avaient construit les synagogues. Nous avons un corps, nous avons une condition inscrite dans l'espace, et on a voulu inscrire dans l'espace le rassemblement de l'Église. Mais quand on fête la Dédicace de saint Pierre et de Paul, on fête une fois de plus l'Église de Rome. On fait un peu un doublet, on fête saint Pierre et Paul le 29 juin, c'est la véritable fête de l'Église de Rome puisqu'elle est fondée dans le sang des deux apôtres. Aujourd'hui, on y revient pour la Dédicace des basiliques, mais en réalité, c'est la même fête sous deux aspects. La première est l'Église sous l'aspect de sa fondation, l'enracinement à Rome du témoignage de Pierre et de Paul qui a commencé par l'annonce de l'évangile et qui s'est continué par le don de leur vie pour le nom du Christ. Ensuite, les chrétiens ont dit : nous sommes la continuation de Pierre et de Paul, donc à travers les monuments que nous avons édifié, ce que nous voulons dire, ce n'est pas que nous voudrions uniquement construire des édifices de temps, comme si Dieu ne pouvait pas habiter dans le cœur de chaque homme, mais on veut manifester qu'il y a un lieu dans lequel au cœur de la cité, la communauté chrétienne romaine est manifestée comme la communauté enracinée dans la foi de Pierre et de Paul.
On comprend alors que la Dédicace de l'église, la consécration des pierres dans une célébration dure plusieurs heures dans des déploiements matériels, architecturaux et spatiotemporels inépuisables. Mais ce qu'on veut dire c'est que l'Église fondée dans le martyre et le témoignage de Pierre et de Paul ensuite, vit à travers son rassemblement dans les églises qu'elle s'est construite, l'attente de pouvoir un jour rencontrer Pierre et Paul. C'est pour cela que le lieu le plus important des basiliques romaines, il ne faut pas croire que ce sont les voûtes, mais c'est ce qu'on appelle la "confession". C'est le lieu supposé du martyre, ou en tout cas l'enterrement des martyrs parce que les reliques qui sont sous la confession, à Saint Pierre c'est sous ce baldaquin construit par Le Bernin, à Saint Paul, c'est un peu équivalent mais moins organisé architecturalement. Ce sont les reliques de Pierre et les reliques de Paul qui sont "la" basilique, c'est-à-dire le lieu de rencontre de l'Église vivante aujourd'hui, au quatrième siècle quand on la construisait et au XXIème siècle quand on y célèbre, avec les ossements qui signifient l'espérance de la résurrection.
La Dédicace est une fête qui combine l'enracinement dans le témoignage apostolique, la présence de l'Église en son temps, et à travers la présence des reliques et du corps des martyrs, l'attente de la résurrection. C'est cela la véritable architecture chrétienne. Ce n'est pas d'abord les déploiements de l'architecture baroque ou gothique et le fait de monter les voûtes le plus haut possible, mais c'est une architecture spirituelle par laquelle nous comprenons l'Église dans sa dimension temporelle, enracinée dans le témoignage apostolique, vivant dans le présent comme une communauté au cœur de la cité et attendant la venue du Seigneur à travers l'espérance de la résurrection.
Que cette fête nous aide à la fois à détruire certaines visions un peu idolâtriques de l'Église et à reconstruire en nous cette vision plus spirituelle et théologique de cette attente de la résurrection.
AMEN

Saint Pierre : autel de la Confession