DÉDICACE
Ap 6, 1-8 ; Lc 20, 34-40
Dédicace des basiliques St Pierre et St Paul - (18 novembre 1986)
Homélies du Frère Daniel BOURGEOIS
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ieu n'est pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants ! "Cette parole du Seigneur est particulièrement apte à éclairer le sens de la fête que nous célébrons aujourd'hui, la dédicace des basiliques des saints Pierre et Paul à Rome. En effet, qu'est-ce que l'Église ? L'Église c'est la convocation, c'est le rassemblement d'un peuple. Et qui peut appeler, qui peut convoquer sinon le Seigneur Lui-même ? Lorsqu'il est venu parmi nous, lorsqu'Il a donné sa vie, lorsqu'Il a livré son corps et son sang, c'était pour ainsi dire ce cri de rappel qui convoquait l'humanité pécheresse pour qu'elle soit à nouveau réconciliée par la mort et la croix du Christ et qu'elle entre dans la vie nouvelle de la Résurrection.
Seulement, voila, le Christ convoque des hommes de chair et de sang, des hommes qui vivent dans des temps, dans des lieux déterminés. C'est pourquoi l'Église ne reste pas simplement une idée vague de rassemblement de l'humanité. La foi n'est pas réductible à une sorte de langage idéologique. L'Église, elle est convoquée dans un lieu et dans un temps, parce qu'elle est faite de chair et de sang. L'Église a un corps, et donc elle a un lieu de naissance, elle a lieu précis de rassemblement, un lieu de convocation dans l'espace. Et comment choisir ce lieu ?
C'est ce que l'Église primitive a compris en se rassemblant sur la tombe de ses martyrs. Les chrétiens de Rome savaient que la manière concrète dont Dieu les avait convoqués et rassemblés c'était dans le martyre de Pierre et de Paul, que la manière concrète dont ils étaient appelés à vivre ensemble, le cri avait retenti par la mort de ces deux apôtres et des premiers chrétiens de Rome. Et en bâtissant avec Constantin les grandes basiliques de Saint Pierre (qui ensuite a été rebâtie, reconstruite par Michel-ange) et de Saint Paul (qui hélas a brûlé au début du siècle dernier et a été reconstruite au cours du dix-neuvième siècle) en bâtissant ces deux grandes basiliques les chrétiens faisaient œuvre de foi, se rappelant que, à Rome, ce qui les avait convoqués, ce qui les avait construits comme Église c'était précisément le martyre de Pierre et de Paul qui avaient versé leur sang pour le nom du Christ. La parole qui leur avait été adressée c'était précisément la mort de ces deux témoins. C'était la preuve que Dieu n'était pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants, car ils savaient, ces romains qui bâtissaient et dédiaient ces basiliques aux apôtres Pierre et Paul, qu'eux, ils étaient les récepteurs, les continuateurs de la vie que le Christ avait donnée à Pierre et à Paul, et que ces deux apôtres, dans le témoignage de leur mort, avaient montré que la vie qu'ils avaient reçue était plus grande qu'eux et que les puissances de l'enfer ne pouvaient rien contre eux, que cette vie était plus forte que tout et que la vie même de Dieu ne cessera pas de se répandre et de palpiter dans le cœur de cette ville qui, pourtant, était comparée à Babylone.
Aujourd'hui encore, plus modestement dans chaque Église, la pierre sur laquelle est fondée l'Église n'est pas simplement une pierre d'angle dans les murs, mais c'est d'abord la pierre d'autel qui contient les ossements des martyrs. C'est toujours le même mystère. On ne peut pas fondre la vie d'une Église, on ne peut pas fonder le corps d'une Église, on ne peut pas fonder sa convocation ailleurs que dans la manière concrète dont le Christ a poussé le cri du rassemblement, dans la mort de ses amis, ceux qui ont versé leur sang et donné leur vie pour Lui.
Que cela serve à nous affermir dans cette espérance et dans cette foi au Dieu vivant. Ce que Dieu veut, c'est fonder et bâtir son Église sur le don que nous pouvons faire de nous-mêmes, quoi qu'il en coûte. C'est dans cette manière-là, c'est dans cette mesure-là que la vie de Dieu, du Dieu des vivants, peut rester au cœur de ce monde, au cœur de notre histoire, au cœur de notre temps et de notre espace, le signe permanent de la convocation et du rassemblement du peuple dans le cœur de Dieu, de l'Église.
AMEN