DÉDICACE DES BASILIQUES DE SAINT PIERRE ET SAINT PAUL

Ap 14, 1-7 ; Mt 15-28
Dédicace des basiliques St Pierre et St Paul - Année C (18 novembre 1983)
Homélies du Frère Michel MORIN

Cloître de la basilique de Saint Paul hors les murs

D

 

ans le texte de l'Apocalypse que nous avons entendu, il est question de ces cent quarante quatre milliers de rachetés de la terre. C'est là le symbole de la foule immense des "témoins", de "ceux qui ont suivi l'Agneau" et qui en chanteront le Cantique pendant l'éternité, autour de son trône. Mais ils sont aussi les prémices pour Dieu et pour l'Agneau. Et ce terme de "prémices" s'applique, de façon privilégiée, aux premiers de ces élus, aux apôtres, et parmi ces apôtres, à Pierre, le Prince des apôtres, celui sur qui repose la primauté, et à Paul, l'apôtre par excellence, comme il le dit lui-même l'apôtre des nations.

Ils ont vécu ce que l'évangile vient de nous dire :"Ils se sont enfuis", ils ont quitté la Judée et la Palestine, au moment de l'abomination, au moment où les persécutions s'abattaient sur l'Église primitive. "Ils ont quitté la terrasse" de leur maison, sans même prendre leur manteau. Ils ont quitté leur champ, leur travail ou leur lac, "sans regarder en arrière". Ils ont fui, c'est-à-dire ils se sont laissé attirer par cette Parole de Dieu, sans tourner leur regard, sans tourner leur cœur, sans tourner leur espérance vers ces fausses idoles. Et c'est pour cela qu'ils se sont retrouvés, tous les deux d'ailleurs, au centre même du monde païen de l'époque, à Rome. Et c'est parce qu'ils ont refusé de rendre ces cultes aux idoles, c'est parce qu'ils ont refusé de croire que ce qu'on leur disait des royaumes terrestres était la réalité, qu'ils ont été persécutés et qu'ils sont morts à cause de l'Agneau et qu'ils ont "lavé leur robe dans le sang de l'Agneau" et qu'ils chantent maintenant cette gloire des élus.

Célébrer la dédicace des basiliques Saint Pierre et Paul à Rome, c'est nous rappeler que ce que nous attendons dans le retour du Seigneur, eux-mêmes l'ont déjà vécu personnellement, parce qu'ils ont été fidèles à cette parole de l'évangile que Lui-même est venu leur donner et qui les a appelés. Ils ont vu cet éclair "qui se lève au Levant et qui traverse le ciel jusqu'au couchant". Ils l'ont vu, non pas encore dans son accomplissement cosmique, celui-ci n'adviendra qu'à la fin des temps, mais ils l'ont vu dans l'accomplissement personnel de la Pâque du Seigneur, qui, "comme le feu" est descendu dans leur chair et qui, par leur martyre, a célébré pour eux, cette Pâque de mort, cette pâque de Résurrection. Et c'est à cause de ces signes, visibles pour l'Église, que nous célébrons aujourd'hui à travers la dédicace des églises qui leur sont consacrées, c'est parce que nous avons nous ces signes de la foi des apôtres que nous n'écoutons pas ceux qui nous disent : "Le Royaume est ici, le Royaume est là !" et que nous ne courons pas à travers les déserts, à travers les lieux sacrés, à travers les lieux cachés ou toutes sortes d'ésotérisme moderne.

Il y a aussi cette expression de Jésus : "Si ces jours-là n'avaient pas été abrégés nul n'aurait eu la vie sauve !" mais "à cause des élus ces jours sont abrégés." Ces jours ce sont les jours de la souffrance, ce sont les jours où l'Église, dans ce monde, vit son combat de Pâque et de résurrection, à travers chacun des chrétiens comme à travers ces communautés entières lorsque celles-ci sont persécutées "à cause du Royaume qui vient." Et la prière des saints, et le martyre des saints, et le don de la vie des saints, abrègent ces jours de souffrance. Non pas peut-être quant-au calcul, non pas peut-être quant-au nombre, mais peut-être quant-à l'intensité de la souffrance, quant-à l'intensité des ténèbres. La prière des martyrs, la prière des apôtres, la prière de Pierre et de Paul sont peut-être, pour nous, dans la communion des saints, une source de douceur, une source de consolation. Et c'est en ce sens qu'elles peuvent, aujourd'hui encore, abréger nos souffrances, même si ces souffrances nous paraissent encore si fortes, si terribles, si terrifiantes, si douloureuses et si écrasantes. Cette prière des saints et ce témoignage des apôtres abrègent aussi l'obscurité de ce monde, car ils sont une lumière puisque l'éclair de la Pâque du Christ a traversé leur vie dans leur martyre, cette lumière de leur martyre nous éclaire et nous permet de vivre dans ce monde avec un peu plus de lucidité, avec un regard plus aigu sur le sens même de ce monde, sur le sens même des détresses, des souffrances qui accablent ce monde et qui ne cessent de le traverser.

Ainsi en célébrant la dédicace des basiliques de Pierre et de Paul, nous pouvons les prier pour que leur martyre, pour que le témoignage de leur foi, pour que leur prière nous aide à trouver, dans ce qu'ils ont vécu, dans la foi au Christ ressuscité, dans les souffrances et dans le sang de l'Agneau, la douceur, la consolation et l'espérance au cœur même de nos souffrances, pour qu'ils nous permettent de trouver la lumière, la lucidité et la joie intérieure au cœur même des ténèbres, même quand elles semblent, de façon plus sombre et plus terrible, s'abattre sur notre monde ou sur notre cœur.

 

AMEN