LA MAIN DU SEIGNEUR NOUS CONDUIT
Ap 14, 1-5 ; Lc 20, 27-40
Dédicace des basiliques St Pierre et St Paul - Année C (18 novembre 1980)
Homélies du Frère Jean-Philippe REVEL

Cathédrale d'Anvers
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eux textes, deux Apôtres, Pierre et Paul, deux moments décisifs dans la vie de chacun d'eux. Le moment de la fragilité, de la faiblesse, de la découverte de la foi, et le moment du témoignage du témoignage de cette même foi. Car c'est bien le même mystère qu'a vécu Pierre, sur la mer de Tibériade et ensuite, comme Paul à Rome, Paul dont les Actes nous racontaient l'arrivée à Rome pour y subir le martyre.
C'est bien le même mystère de la foi, car être martyr, ce n'est pas, humainement parlant, remporter une victoire, c'est, au contraire, toutes les apparences de l'échec. Le martyre, c'est le déchaînement des forces qui l'emportent sur nous, le martyre c'est la mort, donc apparemment l'anéantissement non seulement de l'individu qui meurt, mais aussi de l'espérance qu'il portait en lui. C'est le même tableau que celui de cette mer soulevée par la tempête, sur laquelle la barque de Pierre et des apôtres était ballottée en tous sens. Et la foi avec laquelle le martyre accepte de donner sa vie est la même que celle avec laquelle Pierre a dit à Jésus : "Si c'est Toi, dis-moi de venir sur la mer." Et hardiment, Pierre a sauté de la barque pour marcher sur l'eau parce que le Seigneur le lui avait dit.
Certainement la terreur, la crainte du martyr devant les bêtes ou devant le supplice, quel qu'il soit, est semblable à celle qui s'est emparée du cœur de Pierre devant les flots démontés qui risquaient de le submerger. Cependant Pierre, comme Paul sont allés jusqu'au bout de ce don de la vie, parce que Jésus les a pris par la main, parce que Jésus est venu en aide à la faiblesse, à la pauvreté de leur foi, parce que Jésus a opère, en quelque sorte, une transfusion de sa propre certitude divine dans leur cœur humain fragile et pauvre.
Nous ne devons pas croire que les martyrs étaient des surhommes, que Pierre et Paul étaient des êtres d'exception et qu'ils sont allés au-devant de la mort avec allégresse et avec une force inentamée. Justement, l'évangile, à plusieurs reprises, et la page que nous venons de lire en est une, nous montre à quel point Pierre était un homme faible, un homme fragile, indécis, inconstant, combien il avait peur du danger. Et certainement, devant la mort, Pierre a eu peur. Jésus, Lui-même, n'a-t-il pas eu peur de la mort, n'a-t-il pas eu une sueur de sang, au moment de son agonie ? N'a-t-il pas supplié son Père d'éloigner ce calice loin de lui ? Mais le Père a pris Jésus, son enfant bien-aimé par la main, et, dans la douceur et la force de son amour, Il l'a conduit à travers la croix, à travers le tombeau et l'anéantissement jusqu'à la gloire de l'amour vainqueur dans la Résurrection.
Ainsi Jésus a pris Pierre, a pris Paul par la main. Il les a conduits à travers la mer déchaînée, il les a conduits jusqu'à Rome, jusqu'au centre de la puissance des ténèbres de l'époque, pour que, eux aussi, traversent La croix, la mort, jusqu'au triomphe dans leur propre coeur, et à partir de leur propre coeur dans le coeur de tous les chrétiens, jusqu'au triomphe de l'amour qui est plus fort que la mort.
Nous aussi, nous sommes faibles et fragiles, et si c'étaient nos seules forces jamais elles ne nous permettraient de marcher sur la mer, ni de traverser les difficultés de la vie et du monde, ni d'accepter ce dépouillement de nous-mêmes qui, un jour, nous conduira jusqu'à la mort et qui, dès maintenant, nous appelle à ce renoncement profond à tout ce que nous sommes et à tout ce à quoi nous tenons, à ce décapage de notre propre être, devant lequel nous nous révoltons, toutes les fois que nous sommes confrontés avec l'échec, avec la douleur, soit notre propre douleur ou celle de ceux qui nous sont chers, de ceux qui nous entourent.
Oui, nous aussi, nous avons la tentation de reculer ou de perdre pied. Nous aussi, nous sommes fragiles, nous sommes pauvres. Une seule chose peut nous permettre d'aller de l'avant, non pas un renforcement de notre propre être, non pas une vigueur nouvelle que nous trouverions en serrant les dents, en forçant notre tempérament. Une seule chose peut nous permettre de traverser l'épreuve, la souffrance, le désespoir, la révolte et la mort, c'est cette main du Christ qui nous prend, qui nous tient, à laquelle nous nous accrochons de tout notre coeur, de toute notre vigueur, de toute notre confiance C'est cela la foi. Non pas être des êtres exceptionnels, mais mettre toute notre vie dans la main du Christ qui nous conduit, avec Lui, avec infiniment de douceur et de force, par là où Il est passé, pour nous frayer le chemin et pour être avec nous, à tout instant, afin que nous soyons capables, grâce à Lui, de réaliser en nous-mêmes, cette victoire de l'amour sur la force du monde.
AMEN