LE COMBAT DE L'ÉGLISE

Ap 19, 1-9 ; Lc 21, 20-36
Dédicace des basiliques St Pierre et St Paul - (18 novembre 1993)
Homélies du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e texte de la première lecture est le texte célèbre qui nous parle de cette vision d'une femme qui apparaît au moment où elle doit enfanter alors qu'un dragon avec sept têtes et dix cornes s'apprête à dévorer son enfant aussitôt né. Une des utilisations majeures de ce texte concerne les fêtes de la Vierge Marie, et notamment pour l'Assomption à cause de la description de la Femme. Mais ce texte de l'Apocalypse s'applique peut-être avec encore plus de vérité à la fête de la dédicace.

        En effet, la Femme dont il est question c'est non seulement Marie mais c'est aussi l'Église. Précisément c'est l'Église au moment où elle "s'installe", où elle prend racine dans l'empire romain et au cœur même de cet empire c'est-à-dire là où il y a le dragon à sept têtes et à dix cornes, soit sept collines et dix empereurs jusqu'à Néron, la ville de Rome. Dans ce texte, nous voyons le combat de la Femme, l'Église et du dragon, Rome. Le dragon cherche à dévorer l'Enfant de la Femme. C'est l'Église qui met au monde le Christ à travers les conversions, à travers le baptême, à travers la vie sacramentelle de l'Église. Donc, à travers ce texte, c'est véritablement la fête d'aujourd'hui qui est évoquée, ce mystère par lequel les deux apôtres Pierre et Paul, par leur martyre, apparemment dévorés par le dragon, sont en réalité les grands vainqueurs car ils ont mis au monde, au cœur même de Babylone, de la grande cité, comme deux témoins, ils ont mis au monde l'Église de Dieu.

       C'est sans doute un des aspects les plus déroutants de l'histoire de l'Église. Ce n'est pas nécessairement dans les moments où elle est la plus victorieuse, où la vitrine est la mieux achalandée, que l'Église vit ses meilleurs moments. Il arrive que l'Église, dans les moments de la plus grande souffrance et de la plus grande persécution, soit aussi extrêmement féconde. Et c'est précisément ce qui s'est passé en ce combat du dragon et de la Femme, c'est précisément ce qui s'est passé dans le témoignage de Pierre et de Paul. Et aujourd'hui encore, quand nous allons sur les lieux de pèlerinage des deux grandes basiliques de Pierre et de Paul, nous allons sur le lieu d'un combat. Et d'une certaine manière, le combat que Pierre a livré en étant exhibé dans les jeux du cirque contre ceux qui l'ont mis à mort, ce combat contre la mort, ce combat de la fidélité au Christ, est en réalité le combat évoqué à travers l'Apocalypse. Et le combat qu'ont livré tous les premiers martyrs de Rome c'est le même combat de l'Église, de cette femme en travail qui n'a cessé de nous enfanter, nous encore aujourd'hui, pour que nous soyons désormais, nous aussi, les témoins de cet amour de Dieu qui est victorieux de toutes les forces qui veulent s'opposer à Lui.

       Qu'en célébrant cette mémoire de Pierre et de Paul à travers les monuments qui ont été construits pour que le peuple s'y rassemble, nous comprenions véritablement la signification, l'importance de ce qu'est un lieu de culte. Un lieu de culte n'est pas seulement un lieu de rassemblement, mais de même que dans tous les autels des églises on met des reliques de martyrs, cela veut dire que le monument nous rappelle que notre existence chrétienne est le lieu d'un combat et que l'Église n'enfante qu'à travers ce combat contre les forces du mal, contre tout ce qui, d'une manière ou d'une autre, peut s'opposer à l'extension du mystère et de la présence du Royaume de Dieu.

       AMEN