LES MINES
Ap 6, 1-8 ; Lc 19, 11-27
St Albert le Grand - (15 novembre 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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e qui est ennuyeux avec l'évangile, c'est qu'il n'est pas une gentille histoire. Il suffit d'avoir écouté la parabole qui vient d'être lue pour se rendre compte au moins d'une chose, c'est que normalement, le roi qui part dans un pays lointain pour acquérir sa royauté et qui revient, c'est toujours appliqué au Christ. Est-ce que le Christ accomplira exactement cette parabole ? Tous ceux qui n'ont pas voulu de lui comme roi, il les fera venir et les égorgera ! Si cette parabole s'applique au Christ, cela signifie que cela aussi se réalisera. Peut-être pas parce que tel ou tel qui n'aura pas reconnu le Christ sera poussé à l'échafaud, mais c'est tout simplement que le Christ montre que ce roi, si on n'en a pas voulu, c'est parce que c'est un roi intègre, juste, un roi qu'on ne manipule pas, un roi qui donne selon la mesure. C'est ce qui se passe avec cette parabole de la mine, donnée à trois serviteurs différents, l'un en rapporte dix, l'autre cinq, et l'autre l'a cachée. Il y a une autre version avec la parabole dite "des talents".
Ces textes ne sont pas choisis pour la fête de saint Albert le Grand puisque c'est la lecture continue de l'évangile. Mais j'aimerais faire un rapprochement entre cette parabole et saint Albert le Grand. Je ne sais pas si vous avez été inquiétés par ce que j'ai dit au début de l'eucharistie sur sa vie, c'est un dominicain bavarois qui a été évêque de Ratisbonne. Je fais simplement allusion à un épisode récent concernant un autre bavarois, c'est-à-dire le pape Benoît XVI qui a été pris en défaut par un discours fait dans un institut de type universitaire dans la ville de Ratisbonne. Albert le Grand a été chercheur, professeur, il a enseigné, et nous savons maintenant que le pape Benoît XVI aimait à enseigner, comme il aime je pense toujours à le faire, et à chercher ce qui en soi, est une chose remarquable.
Quel rapport avec la parabole des mines ? Il est important aujourd'hui plus que jamais, non pas que notre foi devienne raisonnable, mais que notre raison puisse servir la foi, et donc être au service de l'ensemble des hommes et du dialogue possible selon les qualités, les dons, les talents, les mines que Dieu nous donne. Le discours du pape Benoît XVI n'était pas pour vilipender les musulmans, il faut être assez bête pour ne prendre que des extraits comme le font les journalistes et penser qu'un discours se résume à cela et lui faire dire exactement le contraire. Dans ces cas-là, on prend le texte et on le lit en entier, ce qui est derrière, c'est justement le travail de l'intelligence humaine, de cette raison, de cette recherche mise au service de la foi et de la religion. Pourquoi cela était-il important pour Albert le Grand ? et pourquoi est-ce si important pour le pape Benoît XVI ? Pour éviter justement tout fidéisme, tout sectarisme et tout dogmatisme. En effet, Dieu a créé l'homme intelligent, avec des facultés pour qu'il s'en serve. Si la foi remplace l'intelligence, on a du fidéisme et l'on continuera à produire des athées qui diront, c'est enfantin, c'est pour les imbéciles. Si on ne met pas son intelligence au service de la foi, on fait croire que c'est Dieu qui l'a décidé ainsi et que ce n'est pas autrement, et l'on justifie tout et cela s'appelle du sectarisme. On enferme les gens dans des attitudes et des manières d'être et de faire qui les opposent au monde, les enferment et les réduisent à des infrahumains. Si l'on ne met pas son intelligence au service de la foi on se contente aussi parfois qu'il suffit de dire les articles de la foi pour l'annoncer et l'on tombe dans du dogmatisme qui n'a jamais converti personne. C'est la parabole des mines.
Seigneur, tu m'as donné des dons, tu m'as donné une faculté pour réfléchir, pour penser, pour chercher, pour travailler, elle doit être cette mine, au service de la foi, et vous verrez qu'elle en rapportera dix de plus. C'est le Christ qui le dit. Dans le même évangile, accompagnant les disciples d'Emmaüs sur le chemin de leur incompréhension, ils n'ont plus la foi, ils ont le cœur triste parce que Jésus est mort et qu'ils ne croient pas ce que Marie-Madeleine et les autres disciples ont pu dire. Ils s'en retournent chez eux, c'est de la régression humaine et intellectuelle, de la régression au niveau de la foi. Ils s'en retournent chez eux et le Christ vient et leur demande ce qui se passe ? Ils racontent et Jésus leur dit : "Esprits sans intelligence, lents à croire ce qu'ont dit les prophètes". Et Jésus reprend toutes les Écritures, et Il leur explique, il fait appel à leurs possibilités de compréhension. Alors, ils peuvent poser un acte de foi : "Reste avec nous car déjà le jour baisse". Et là, ils vont le reconnaître à la fraction du pain. Relisons ce que disait Jean-Paul II dans Fides et Ratio, c'est certainement le meilleur guide à ce niveau-là pour comprendre que l'homme est toujours appelé à rendre compte de l'espérance qui est en lui. Pour rendre compte de l'espérance qui est en nous, comme Albert le Grand et comme les pasteurs, en particulier, Benoît XVI aujourd'hui, il s'agit de pouvoir comprendre clairement ce qui nous est annoncé pour pouvoir aussi à notre tour, l'énoncer clairement et rendre justice et vérité à cette lumière qu'est le Christ dans nos vies.
AMEN