HUMILITÉ ET MODESTIE, SIGNES D'UNE SAINTETÉ AUTHENTIQUE

2 Co 4, 6-14 ; Mt 10, 24-33
St Mitre - (13 novembre 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Humilité, modestie …

F

rères et sœurs, le fait que nous fêtions un saint aussi inconnu à défaut d'être méconnu, invite à réfléchir sur une dimension de la sainteté à laquelle nous ne faisons pas attention. Il est certain qu'à partir d'une certaine époque dans l'Église, troisième, quatrième siècle surtout, la valorisation de la personne des saints est liée à ce que l'on a appelé l'héroïsme et les vertus. On voulait dire par là que si quelqu'un voulait être saint, c'est-à-dire vénéré, prié, qu'il ait une image, une statue, une icône, il fallait qu'il donne des garanties de notoriété qui semblaient indispensables. Evidemment,un certain nombre de ces garanties tournaient autour de la question du miracle, de la protection, et de la supériorité du mode de vie dans le moment même de l'existence humaine du saint. Si l'on regarde le martyrologe, la liste des saints qui sont vénérés, on s'aperçoit que toujours, d'une manière ou d'une autre, s'est rattachée à lui une légende, une guérison miraculeuse, la vénération du tombeau, la découverte du corps qui n'était pas décomposé. Toujours des choses extraordinaires qui pouvaient désespérer ceux qui étaient simplement là au jour le jour en train de trimer et de vivre leur vie chrétienne. Cette conception de la sainteté comme héroïsme, qui servait d'ailleurs beaucoup aux prédicateurs, pour dire aux gens qu'il fallait en faire plus, essayer d'acquérir toutes ces vertus pour se sanctifier, c'était devenu une sorte de thème courant. La plupart du temps, on en rajoutait. C'est cela le grand travail des hagiographes que d'essayer de débroussailler tout ce que l'on a rajouté autour de la personnalité du saint avec les meilleures intentions du monde.

Il y a quelques saints qui vont échapper à cette magnification par l'extraordinaire, le miraculeux, l'imprévisible, etc… Il y a saint Augustin, on a eu la chance d'avoir pour lui, son biographe, Posidius qui le connaissait très bien a écrit une vie de saint Augustin extrêmement sérieuse et fiable. Même les historiens les plus critiques aujourd'hui reconnaissent que ce que dit Posidius c'est d'une certitude historique considérable.

Ce n'est pas le cas de tout le monde. Que l'on rajoute là-dessus encore un peu de crédulité, quand dans une atmosphère pas très scientifique, comme de toucher le caveau du saint pour se sentir guéri, on ne peut pas trop savoir ce qu'il en était. En fait, toute la prédication sur la sainteté et la proposition des saints comme modèles a toujours été du côté de l'exagération et de la valorisation par l'extraordinaire. C'est un trait constant dans toutes les hagiographies. Le sommet de cela c'est sans doute Jacques de Voragine qui écrit au quatorzième siècle et nous sert une collection de miracles dans la Légende dorée. Cette culture de l'extraordinaire est restée dans notre cœur et dans notre tête quand on parle des saints.

Or, c'est très important de fêter quelqu'un comme saint Mitre parce qu'il n'y a rien de tout cela. C'était un pauvre ouvrier agricole que l'on considérait comme un demeuré, et aussi bien son maître qui l'employait que les autres personnes qui travaillaient dans le domaine aux champs se moquaient de lui. C'est un homme qui a vécu une sainteté extrêmement humble, très pauvre, sans signes. Le seul signe, c'est précisément qu'il est resté. Il avait tout pour disparaître dans les oubliettes de l'histoire, et il est resté. C'est la grandeur de la sainteté. La sainteté ce n'est pas de s'assurer ou d'essayer dès ici-bas de se ménager une gloire telle qu'on est obligé de vous reconnaître sur les autels, la sainteté, c'est de faire son travail avec les pires difficultés, avec des ennuis tous les jours, avec des contrariétés, avec des gens qui ne vous apprécient pas, avec des gens qui tirent les ficelles, et cependant, on tient bon. La vraie sainteté, c'est l'humilité, la ténacité et la modestie. Même ceux à qui l'on a beaucoup donné et attribué après leur mort, le cœur de leur sainteté quand ils étaient devant Dieu et qu'ils priaient c'était d'abord cette humilité, cette simplicité devant Dieu qui étaient le secret même de leur vie.

C'est encourageant pour nous parce que personne aujourd'hui n'est capable d'estimer la sainteté de ceux qui sont autour de nous. Parfois nous disons facilement : celui-là, celle-là, c'est un saint, une sainte. Oui, allez-y voir de plus près ! Mais c'est quand même la vérité, la sainteté n'est jamais exactement comme on croit la trouver. Elle est fondamentalement cachée. C'est la parole de Jésus : "Il n'y a rien de caché qui ne sera découvert un jour, il n'y a rien de secret qui ne sera proclamé sur les toits".

C'est un peu la sainteté de saint Mitre, la sainteté de l'humilité, d'être simplement dans sa vie à supporter tout ce qui va mal, à faire face, à continuer jour après jour, et pouvoir arriver un jour devant Dieu en lui disant : je n'ai pas fait grand-chose, mais j'ai essayé de te rester fidèle. Au fond, c'est la seule chose qui compte.

 

AMEN