UNE SAINTETÉ HUMBLE
2 Co 4, 6-14 ; Mt 10, 24-33
St Mitre - (13 novembre 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Humilité
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rères et sœurs, je ne veux pas vous raconter la vie de saint Mitre parce que pratiquement, on ne sait rien de lui. Mais ce sur quoi je voudrais attirer votre attention, c'est précisément sur ce fait paradoxal qui est d'ailleurs évoqué dans l'évangile, et qui dit qu'au fond, ce qui se passe dans le secret de la vie d'un croyant, d'un disciple de Jésus, peut apparaître au grand jour.
Effectivement, Mitre était simplement un ouvrier agricole, sur un des grands domaines qu'il y avait autour d'Aix, et il était si méconnu qu'en général, parce qu'il était chrétien, à cette époque où le christianisme était encore un peu en pleine expansion, il était l'objet de la risée de ses compagnons de travail et des maîtres de maison. On devait le tenir pour une sorte de demeuré, quelqu'un dont on pouvait se moquer à loisir. Mitre n'a même pas eu la gloire d'être martyr, parce que c'était déjà une époque où l'on n'était plus persécuté pour sa qualité de chrétien.
Mais c'est un peu un mystère. La vie de cet homme et le culte qui en a suivi, ont permis que ce personnage si humble, si modeste, qui n'a jamais eu d'influence réelle sur l'évolution de la ville d'Aix, l'organisation de l'évêché, que cependant, il ait fait l'objet d'une véritable vénération, qu'on soit venu prier sur son tombeau, et que petit à petit un culte se soit si bien établi autour de son tombeau, que le grand Grégoire de Tours (pas Grégoire le pape), qui est pratiquement le grand historien de la Gaule entre le quatrième et le sixième siècle, ce Grégoire de Tours en a entendu parler et a écrit ce qu'on appelle une légende, l'évocation en quelques traits de la vie de saint Mitre.
Cela nous pose une question. C'est vraiment le mystère de la croissance et du développement du Royaume de Dieu à l'intérieur de ce monde. Il faut nous y faire, même si l'on y pense pas assez, nous côtoyons des saints. Nous côtoyons des gens qui, dans une société de masse, avec beaucoup de gens anonymes, qui pour nous n'évoquent rien, et le mystère du christianisme c'est que dans le cœur de certaines de ces personnes, qu'on ne remarquera jamais, qui seront d'une humilité, d'un effacement absolu, il a quelque chose du Royaume de Dieu qui commence à germer et à se manifester dans des actes apparemment sans grande valeur d'exploit ou d'héroïsme. Ce sont des gens comme nous tous qui vivent très simplement et qui accomplissent les gestes les plus simples de la vie quotidienne.
C'est la loi du Royaume. Comme le grain de blé pousse dans la terre, la terre c'est le monde, et le grain de blé pousse dans la terre, c'est-à-dire qu'on ne le voit pas, la germination est un phénomène caché, en réalité, c'est quand même le Royaume qui commence. C'est pour cela que si on peut demander quelque chose à saint Mitre, c'est une certaine grâce de discernement. Cela demande aujourd'hui dans une période où l'on a l'impression que nous assistons à un phénomène de déchristianisation très lent mais très sûr, cela exige de nous de regarder les choses d'un autre œil. Il faut voir dans l'Église que nous formons, pas simplement ce qui saute aux yeux, mais souvent des choses extrêmement humbles, simples, et qui sont cependant les germes les plus profonds et les plus réels de la sainteté.
C'est sans doute difficile, parce que la plupart du temps, par définition, on n'y voit pas grand-chose, mais cela fait partie de notre regard de foi de croire que l'Église, même si elle a toujours cette dimension visible, l'organisation hiérarchique, ministérielle, l'organisation de la visibilité des sacrements, de la liturgie, évidemment, il faut le soigner. C'est d'autant plus à soigner qu'actuellement, cela ne court pas toujours les rues, mais il faut savoir aussi que dans ce mystère de l'Église, il y a une autre face totalement cachée, totalement invisible, et qui est une face de la sainteté qui est comme enfouie dans la terre, comme saint Mitre qui n'a pas dû apparaître aux yeux de ses contemporains comme un saint. Et pourtant, mystérieusement, c'était un véritable visage de la sainteté pour la ville d'Aix, et pour ceux qui vivaient avec lui.
Que Dieu nous aide à avoir ce discernement, à avoir cette attention, cette délicatesse, cette finesse du regard, pour effectivement savoir qu'aujourd'hui encore, il y a sans doute beaucoup de "Mitre" dans la ville et qui peut-être, à certains moments, nous frappent par des gestes tout simples, très humbles, qui sont déjà des signes prémonitoires de leur sainteté et de la venue du Royaume.
AMEN