SI PEU CONNU !

2 Co 4, 6-14 ; Mt 10, 24-33
St Mitre - (13 novembre 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

T

out ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu". Frères et sœurs, cela n'en a pas l'air aujourd'hui parce que nous le célébrons très simplement, mais c'est une solennité, c'est la fête du saint patron de la ville d'Aix. C'est la fête locale de celui qui a été invoqué pendant des siècles comme le protecteur et le bienfaiteur de cette ville. Or je crois que ce cher saint Mitre a été habitué à l'humilité parce qu'effectivement si l'on faisait un sondage auprès des Aixois même les plus pratiquants, et qu'on leur demande qui est le patron de la ville d'Aix, je ne crois pas que la plupart trouveraient la bonne réponse.

En effet, c'est un peu un paradoxe que celui qui est la saint patron de la ville d'Aix a comme plus grande vertu l'humilité. Aix n'est pas une ville spécialement humble, elle veut être brillante, elle ne veut pas être une ville portuaire comme Marseille, elle ne veut pas être une ville comme Arles, elle veut être "Aix" et elle tient beaucoup à sa spécificité. Or, je ne sais pas si c'est la ville qui l'a choisi, elle a un saint pour l'existence duquel correspond de la façon la plus littérale et la plus absolue qui soit, la Parole du Seigneur : "Ce qui est caché sera dévoilé" cela veut dire essentiellement ceci. Mitre était un esclave, un ouvrier agricole. Il n'a exercé aucune fonction dans l'Église, il n'a eu aucun ministère, il n'était ni prêtre, ni diacre, et à fortiori, évêque, il vivait très simplement et il était un pauvre qui témoignait de sa foi au milieu du contexte de la ville d'Aix dans la Basse Antiquité, dans laquelle tout le monde n'était pas chrétien.

Il a enduré comme ouvrier agricole, les moqueries et les sarcasmes des autres collaborateurs avec qui il allait cultiver les champs, et aussi les moqueries et les humiliations de ses patrons. C'est un homme qui a vécu une vie non seulement modeste mais dans laquelle on ne retrouve aucune des catégories qui corresponde aujourd'hui à notre manière de parler de la vie comme épanouissement. On ne peut pas dire saint Mitre se soit beaucoup épanoui durant sa vie parce que la seule chose qu'il a véritablement vécue, c'était une foi à la limite de la persécution, de la dérision et de l'humiliation. C'est d'ailleurs une des choses les plus étonnantes, normalement, il aurait dû tomber dans l'oubli. La communauté chrétienne l'aurait enterré, il aurait eu sa tombe quelque part, inconnue. Mais en réalité, et c'était un peu comme ça à l'époque, la reconnaissance de la vie et de la qualité de sainteté des gens ne faisait pas l'objet d'un procès à Rome, il n'y avait pas de procès de canonisation, mais il se trouve que sur sa tombe, des miracles ont eu lieu. C'est généralement de cette manière que la plupart des saints de cette époque au quatrième et cinquième siècle, et même encore jusqu'au douzième siècle, que les saints ont été proclamés. C'était la voix du peuple, la "vox populi", qui reconnaissait le saint, un homme dont la vie avait peut-être été absolument ignorée et banalisée, mais que le peuple reconnaissait comme saint. Dans un certain nombre de cas, lorsqu'il s'agissait d'un évêque, ou un grand prédicateur, quand c'était quelqu'un qui avait fait beaucoup de bien, un prince, il avait déjà les prédispositions pour être canonisé par la voix du peuple, mais dans le cas de saint Mitre, il n'y avait rien de tout cela.

C'est donc cet homme tout simple, modeste, qui parce qu'il a sans doute été à l'origine de plusieurs miracles, a vu sa tombe vénérée, et c'est ce qui a donné la chapelle saint Mitre qui est en train d'être restaurée actuellement sur la route de Berre, et ce lieu était devenu un lieu de rassemblement, de prière et de dévotion. Les Aixois l'ont alors reconnu comme leur véritable patron. Toute sa renommée s'est beaucoup répandue, et c'est saint Grégoire de Tours, au septième siècle qui donne une courte biographie de saint Mitre dont on ne sait pas grand-chose. Il dit que c'est la gloire de cette ville et à travers le rayonnement et le bienfait qu'il exerce sur les hommes, il a droit à tous les égards et la reconnaissance de la sainteté. Du coup, son prestige a encore augmenté et a eu lieu au milieu du quatorzième siècle le transfert de ses reliques. On a reconnu qu'il était véritablement le protecteur de cette ville, on a déplacé son corps de l'emplacement de la chapelle saint Mitre vers la cathédrale, mais il est tellement discret qu'on ne sait pas où il est.

Je crois que cela nous apprend beaucoup de choses, et notamment nous ouvrir les yeux sur la manière dont on peut vivre la foi chrétienne à Aix. On peut la vivre de façon extrêmement simple, incognito, sans faire beaucoup de bruit, simplement dans l'humilité, la modestie, et cependant, être une source de grâce et de vie pour ses frères. C'est ce que saint Mitre a réalisé, et ce n'est peut-être pas tout à fait par hasard que ce soit proposé ici dans cette ville comme notre référence et notre modèle de sainteté, comme celui qui a dans la simplicité et presque l'anonymat de sa foi et de son amour pour Dieu, valut à cette ville tant de bienfaits et sa protection permanente.

 

AMEN