L'HUMILITÉ DE LA SAINTETÉ
2 Co 4, 6-14 ; Mt 10, 24-33
St Mitre - (13 novembre 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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u fond, nous avons de la chance à Aix d'avoir comme patron de notre ville un homme aussi effacé et aussi simple que saint Mitre. Pour conforter ceux qui pourraient avoir des doutes sur l'existence d'un homme aussi modeste qui serait devenu le saint patron de la ville, pourrait évidemment se demander comment on l'a su, c'est précisément cela qui est intéressant, c'est qu'on l'ait su. La plupart du temps, quand on a voulu se trouver des saints patrons protecteurs, on a choisi des soldats qui avaient donné leur vie par le martyre, des grands évêques célèbres. Je ne sais pas si Aix manquait de grands évêques célèbres, mais en attendant, on a choisi un ouvrier agricole. Pour que saint Grégoire de Tours en ait parlé dans la Vie des confesseurs, lui qui avait un tout petit peu tendance à faire monter la pression, pour qu'il ait choisi un homme aussi simple et aussi modeste et qu'il en ait parlé, je crois que c'est une preuve d'authenticité presqu'absolue. Je pense qu'il n'y a pas beaucoup de villes qui peuvent se prévaloir d'avoir comme saint patron un pauvre ouvrier agricole de l'empire romain finissant.
Or, c'est très important pourquoi ? je crois que saint Mitre a illustré de façon extrêmement rigoureuse la parole que nous venons d'entendre dans l'évangile. Jésus parle à ses disciples, et il parle à autant d'hommes dans la même situation que Mitre quand il était ouvrier agricole. Ce sont des pêcheurs, des petits artisans, des petits ouvriers du monde de la Galilée, ce monde méprisé, ignoré. Jésus leur fait cette promesse solennelle : rien de ce qui est caché ne restera caché, ce sera dévoilé. Cela veut dire tout simplement ceci : lorsque Dieu agit dans le cœur d'un être humain, si humble, si effacé, apparemment si ordinaire que soit cet être humain, la grâce un jour ou l'autre finira par être reconnue, proclamée et accomplie.
C'est donc ce mystère de la ténacité de Dieu qui est capable d'agir par le côté le plus démuni de notre vie humaine, le côté de nos souffrances, de nos blessures, de nos fragilités et même à certains moments le côté par lequel nous avons été le plus pécheur, c'est par c ce biais-là que Dieu est capable de faire resplendir le Royaume. Mitre est un saint extrêmement moderne. Je ne sais pas si vous avez de temps en temps cette impression que j'ai, quand on se promène aujourd'hui dans une ville très populeuse, dans des artères où il y a plein de gens. Effectivement, on ne voit pas le Royaume de Dieu, mais on voit plutôt les gens sous l'aspect par lequel ils veulent laisser paraître. Cela a quelque chose de bouleversant et triste de voir que la plupart du temps, on essaie de paraître, simplement par l'originalité vestimentaire, la casquette avec la visière à l'arrière. En réalité, c'est vrai, c'est un peu triste. Et pourtant, je me dis de temps en temps, il n'y a rien de caché qui ne sera un jour dévoilé. Cette foule qu'on côtoie dans la rue, dans ces grandes villes modernes, ces grandes mégapoles, en réalité, un jour, Dieu fera transparaître le travail secret qu'il a opéré dans ces hommes et ces femmes.
C'est ce qui s'est passé pour saint Mitre. C'est un peu exceptionnel que nous ayons recueilli dans l'Antiquité ce témoignage, mais aujourd'hui, c'est vraiment le régime moderne de la sainteté. La plupart des figures les plus saintes ne sont pas nécessairement des figures qui apparaissent au premier coup d'œil, ce n'est pas nécessairement ceux ou celles qui parlent le plus, mais nous avons sans doute toujours la chance, peut-être sans nous en rendre compte, mais c'est une chance, de côtoyer des hommes et des femmes qui vivent ce mystère de la sainteté, qui le vivent dans son aspect caché et humble, et pourtant, c'est déjà le Royaume qui par eux, est près de nous sans doute agissant en nous.
Rendons grâces à Dieu d'avoir donné à cette ville un patron aussi moderne, aussi actuel et essayons nous-mêmes, petit à petit de transformer notre regard, non pas ce regard toujours de plainte, que ça ne va pas, que l'Église ce n'est pas comme avant, qu'il y a de moins en moins de pratiquants. Oui, bien sûr, mais le fond : il n'y a rien de caché qui ne sera un jour dévoilé, découvert. C'est vraiment le mystère du Royaume, c'est vraiment ce que nous sommes appelés à vivre. Vivons-le d'abord pour nous-mêmes, essayons avec un regard de sympathie et parfois de compassion, de le deviner dans le cœur de nos frères.
AMEN