LE JEU DE LA CONFIANCE
Ap 11, 1-12 ; Lc 19, 11-27
St Mitre - (13 novembre 1993)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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travers les deux textes que nous venons d'entendre nous est d'une certaine manière esquissée la sainteté de celui qui est le patron de la ville d'Aix. Mitre, un ouvrier agricole, patron d'une ville avec le quartier Mazarin avec le Cours Mirabeau, cela paraît un peu paradoxal. Le patron de la capitale de la Provence a passé sa vie à travailler dans les champs, aux alentours d'Aix. Et voilà qu'aujourd'hui il est celui qui, d'une manière plus spéciale, veille sur notre ville et intercède pour notre cité. C'est vrai que la sainteté est un peu comme ce qui nous est dit dans l'Apocalypse. Les témoins sont méconnus. Dieu suscite les deux oliviers, les deux flambeaux pour être des lumières au milieu de la cité et pourtant ils vivent comme des gens que l'on rebute, des gens dont on ne veut pas, des gens que l'on considère comme des gêneurs. Et un des rares traits que nous ayons de la vie de saint Mitre c'est que, quand il travaillait aux champs et témoignait de son amour pour le Christ, ses compagnons de travail riaient de lui. Et pourtant, au cœur même de cette épreuve, au cœur même de cette dérision, Dieu ressuscité les deux témoins en plein cœur de Jérusalem et fait que désormais leur flambeau illumine la cité, que désormais leur sainteté rayonne là où les yeux de leurs contemporains n'avaient pas su la voir. C'est pourquoi, aujourd'hui encore, nous célébrons la mémoire de saint Mitre et que nous pouvons véritablement le prier d'intercéder auprès du Seigneur pour obtenir cette grâce de la sainteté que nous savons si mal accueillir.
Le deuxième texte est la parabole des Sicav, la parabole par laquelle il faut faire des placements. Et la plupart du temps nous croyons que c'est une histoire terrifiante dans laquelle finalement on a peur du retour du maître. Chez Luc d'ailleurs, ce climat de méfiance, d'inquiétude est encore souligné par le fait que cet homme va recevoir la royauté dans un autre pays, peut-être allusion à l'un des Hérode qui avait reçu sa royauté de Rome, mais toujours est-il que nous la lisons un peu de travers, car cette parabole ne nous dit pas qu'il faut vivre dans la peur ou dans la crainte du maître mais que, s'Il nous a fait confiance en nous confiant des dons, des mines, des talents, des Sicav, il faut que nous manifestions que nous étions dignes de sa confiance en jouant nous-mêmes le jeu de la confiance, c'est-à-dire de risquer.
Car, il n'y a pas de liberté sans risque, il n'y a pas de sainteté sans risque. Et c'est précisément peut-être aussi cela que nous apprend saint Mitre. Malgré son humilité, malgré sa pauvreté, malgré sa modeste condition sociale, il n'a pas douté de l'amour du Seigneur pour lui, mais au contraire il en a témoigné en risquant tout pour Lui. Et c'est peut-être cela aussi qu'il nous apprend. La sainteté comporte toujours ces deux aspects, celui d'une humilité de savoir accepter tout pour le nom du Christ, mais en même temps celui de la confiance, dé l'audace et du risque de chacune de nos libertés pour l'amour du Christ afin de vivre pour son Royaume.
AMEN