LA FIERTÉ DE LA FOI

2 Co 4, 6-14 ; Mt 10, 24-33
St Mitre - (13 novembre 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

omme nous ne savons pas grand-chose de la vie et de la personnalité de saint Mitre, je vais me contenter de commenter l'oraison de la messe. Je vous en rappelle le texte : "Tu nous donnes la joie de célébrer en ce jour l'anniversaire de saint Mitre. Que son intercession auprès de toi, Seigneur, nous aide à vivre fiers de notre foi dans la liberté que Tu réserves à tes enfants !"

"Fiers de notre foi", comme le fut saint Mitre, puisqu'il ne craignait pas de se déclarer chrétien malgré les moqueries et les mauvais traitements que cela lui valait. "Dans la liberté que Tu réserves à tes enfants", cette liberté intérieure qui est infiniment plus importante que la liberté physique puisque saint Mitre était un esclave et ne jouissait pas d'une entière liberté sociale. Cependant il était libre dans son cœur parce qu'il était l'enfant de Dieu et que c'est cela la liberté véritable.

Alors sommes-nous véritablement libres ? Bien sûr, nous ne sommes pas des esclaves, nous pouvons aller où nous voulons, faire ce que nous voulons et il n'y a pas de contraintes majeures qui s'imposent à nous sinon celles de la vie quotidienne et de la société. Mais est-ce que cette liberté du cœur, nous l'avons pleinement ? Est-ce que nous sommes aussi libres que l'esclave saint Mitre ? Est-ce que nous savons être enfants de Dieu malgré les pressions sociales qui s'exercent sur nous ? Est-ce que savons affirmer notre foi quoi que cela nous coûte comme moqueries ou comme discussions de la part des autres ?

Il me semble que souvent nous manquons de cette liberté intérieure parce que nous ne savons pas, nous n'osons pas, nous n'avons pas le courage de dire ce qui est dans notre cœur. D'ailleurs, est-ce que cela existe suffisamment dans notre cœur ? Est-ce que notre appartenance filiale à Dieu remplit suffisam­ment notre cœur pour que nous ayons tout naturelle­ment ce courage de dire que nous sommes des enfants de Dieu ? Si bien souvent nous ne savons pas être fiers de notre foi, si nous ne savons pas être fiers du nom chrétien, être fiers de notre appartenance à l'Église qui est la famille de Dieu, c'est peut-être parce que nous ne sommes pas assez intérieurement, pro­fondément convaincus de cette appartenance à l'égard de Dieu.

Peut-être que nous laissons cette filiation di­vine être parasitée ou gangrenée par bien d'autres appartenances, bien d'autres liens qui nous attachent à ce monde, à notre sensibilité, à toutes sortes de va­leurs qui ne sont pas remises à leur vraie place en fonction de cette filiation divine. Etre enfant de Dieu c'est quelque chose qui donne un sens nouveau à toute notre vie, à tous les aspects de notre vie. Ce n'est pas simplement ce qui se réalise quand nous sommes à l'église, quand nous sommes en prière ou quand nous avons à prendre des décisions essentielles où la vo­lonté de Dieu a une part évidente La filiation divine c'est quelque chose qui change tout dans notre vie, même nos actions les plus humbles, les plus quoti­diennes, les plus apparemment indépendantes de la foi. Rien n'est en dehors de ce regard de foi et tout doit être pour nous occasion d'être fiers de cette foi, d'être fiers de l'affirmer.

Nous ne faisons peut-être pas assez descendre notre foi dans les moindres détails de notre existence et c'est pour cela que nous sommes un peu pris au dépourvu devant les autres quand il faudrait pouvoir, d'une manière précise, se dire chrétien. A ce moment-là, nous restons dans le vague, nous biaisons un peu, nous ne disons pas de façon ferme ce que nous som­mes et nous trouvons toutes sortes de mauvaises ex­cuses. Nous ne voulons pas avoir l'air de nous faire valoir, nous mettre en avant, gêner les autres, comme si se dire chrétien était une manière d'imposer son point de vue aux autres. Cela peut être dit avec beau­coup d'humilité, avec beaucoup de simplicité. Quand saint Mitre se disait chrétien, il ne se prétendait pas supérieur aux autres. Au contraire il était bafoué, re­jeté et méprisé. C'est bien plutôt cela que nous crai­gnons. Dans le monde actuel, nous n'avons pas telle­ment à craindre que nous affirmer chrétien soit une prérogative ou une supériorité. Le monde qui nous entoure n'accorde pas une importance considérable à la foi chrétienne et notre situation ressemble un petit peu à celle de saint Mitre. Nous sommes dans un monde qui a ses propres valeurs et qui souvent mé­prise la foi chrétienne. Par conséquent, nous dire chrétien ce n'est pas nous faire valoir, c'est au contraire risquer d'être dévalorisé aux yeux des autres. Est-ce que notre appartenance à Dieu nous tient à cœur assez profondément pour nous permettre d'être fiers malgré l'incompréhension, d'être libres malgré les pressions qui peuvent peser sur nous ?

Que notre vie chrétienne s'enracine dans ces choses humbles et quotidiennes qui lui permettront d'être vraie.

 

 

AMEN