UNE HUMILITÉ FONDAMENTALE

2 Co 4, 6-14 ; Mt 10, 24-33
St Mitre - (13 novembre 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

'est par l'évêque saint Grégoire de Tours que nous savons l'existence et la sainteté de saint Mitre, car Grégoire de Tours est un des pre­miers historiens de l'Église de la Gaule.

Saint Mitre était un homme pauvre, un cam­pagnard qui habitait probablement dans les environs d'Aix, peut-être vers ce lieu où est bâtie aujourd'hui la chapelle Saint Mitre. Il était ouvrier agricole, domes­tique dans une exploitation. Nous savons aussi que beaucoup de miracles ont eu lieu là où est érigée au­jourd'hui cette chapelle et aussi en la cathédrale Saint Sauveur, auprès de son sarcophage où il a été trans­féré le 24 octobre 1383. Ce sarcophage existe toujours et se trouve dans la chapelle saint Mitre de la cathé­drale, au-delà du chœur.

Nous avons donc comme patron un ouvrier agricole. C'est paradoxal pour une ville de culture artistique et intellectuelle. Nous avons pour patron un homme inconnu, pour une ville pas mal connue, nous avons pour patron un esclave, dans une ville et une société qui se veut libre, parfois libertine. C'est sûre­ment un peu l'humour de Dieu. Et de cet humour de Dieu nous pourrions retenir simplement que la sain­teté, ce n'est pas d'abord ce que, humainement, socia­lement, intellectuellement, nous sommes. C'est autre chose. Ceci n'est que ce vase fragile, cette poterie sans valeur, aux yeux de l'essentiel dont parlait l'apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe. Mais peut-être pour nous vase et poterie qui retient trop nos soins, notre attention et nos intérêts.

Celui qui est saint l'est d'abord dans son cœur. Ou plus exactement ce qui est saint en lui c'est moins son cœur que le cœur de son cœur, c'est-à-dire comme le dit aussi l'apôtre, "le visage du Christ". Saint Mitre a vécu simplement, humblement, comme nous, sur les lieux mêmes où nous vivons, il y a quinze siècles, mais qu'est-ce que cela aux yeux de Dieu, puisque "un jour c'est comme mille ans" ? Simplement il y a une différence entre lui et nous. C'est qu'il a, ici même, beaucoup souffert pour sa foi, car ses collègues do­mestiques, esclaves comme lui, le persécutaient, à cause de sa foi et de sa vie chrétienne d'ami de Dieu. Il n'était pas persécuté parce qu'il était esclave, mais parce que, à travers la fragilité de sa poterie humaine, de ce vase d'argile qu'est tout homme, transparaissait un autre visage que le sien qui était celui de Jésus Lui-même. Et en humiliant, en tracassant, en persé­cutant saint Mitre, c'était le Christ Lui-même qui recevait ces outrages, qui, en lui, souffrait, pour ceux-là mêmes qui le blasphémaient.

Ceci nous ramène à cette humilité fonda­mentale qui est celle de tout croyant, qui devrait être celle de tout disciple. L'humilité, c'est ce qui est pro­che de la terre, pour nous les croyants, l'humilité c'est ce qui est proche du ciel, du visage du Christ, de ce Christ bien souvent invisible, toujours caché au cœur des hommes, et cependant si souvent présent, et qui, dans le cœur de ceux qui le reconnaissent, doit non seulement brûler, mais se manifester, mais s'épancher par sa lumière sur le visage des autres.

J'aime beaucoup cette phrase de saint Gré­goire de Nazianze : "La flamme qui dévore le berger devient lumière pour le troupeau !" La flamme qui a dévoré cet humble agriculteur est devenue lumière pour ces Aixois qui, il y a bien longtemps, l'ont choisi comme modèle. Que par sa prière, aujourd'hui, l'Église dont il a fait partie, il y a de nombreux siècles, soit encore illuminée par ce visage intérieur du Christ et que la flamme qui dévore notre cœur devienne lu­mière pour le troupeau de Dieu, ses enfants encore dispersés, ici-même, et qui n'attendent qu'une chose, c'est d'être rassemblés auprès de cette lumière.

François Mauriac disait : "Aussi petit que vous soyez", c'est le cas de saint Mitre et puis de nous aussi, d'ailleurs, "aussi petit que vous soyez, si vous êtes vraiment un ami du Christ, beaucoup viendront se réchauffer et s'éclairer auprès de votre lumière !"

 

AMEN