LA FAIBLESSE DU SERVITEUR
2 Co 4, 6-14 ; Mt 10, 24-33
St Mitre - (13 novembre 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Humilité
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ien n'est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu. Ce que Je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour, et ce que vous entendez dans le creux de l'oreille, proclamez-le sur les toits."
Si nous lisons ce petit texte en la fête de saint Mitre, le patron de la ville d'Aix, c'est sans doute parce qu'il exprime de façon saisissante le mystère de l'Église qui est un mystère de sacrement. D'ailleurs mystère et sacrement veulent dire la même chose. Cela veut dire une action de Dieu qui, dans sa racine, est invisible, qui échappe aux conditions même de ce monde, et qui cependant se déroule dans ce monde, et se rend visible en ce monde. Toute l'Église n'est que le grand geste par lequel Dieu le Père, de toute éternité a étendu ses deux mains qui sont le Fils et l'Esprit, pour rassembler contre son cœur l'humanité tout entière. Et ce geste, c'est un geste invisible, c'est un geste de l'amour trinitaire qui s'étend sur l'humanité tout entière pour la mettre à l'intérieur de Lui-même. Mais en même temps, ce geste a une dimension profondément visible : c'est le fait que, petit à petit, en différents endroits de la terre, se constituent, se lèvent ces petites assemblées, ces petits groupes de convocation qui s'appellent les Églises et qui sont ainsi, progressivement rassemblées dans le cœur même de Dieu.
Le mystère de la sainteté de saint Mitre est du même ordre. Dans son cœur a jailli une source profonde, celle de l'amour de Dieu pour lui. Et parce que cet amour est infiniment plus grand que la pauvre réponse qu'il a pu lui donner, il a été pour ainsi dire dépassé par la grâce de Dieu. De saint Mitre, nous savons simplement que c'était un ouvrier agricole de la région d'Aix, qu'il a vécu dans la fidélité et dans l'amour du Seigneur. Mais à travers lui, à travers sa présence, l'irruption de la grâce de Dieu a fait que cet homme, dans sa pauvreté et dans la simplicité de sa vie, a été le point de jaillissement, le point de rayonnement de cette action de Dieu qui est l'Église et qui rassemble dans son propre cœur tout l'univers entier. Aujourd'hui, si nous sommes l'Église, c'est à cause bien sûr de saint Mitre, mais c'est aussi à cause de milliers et de millions de gens de cette ville d'Aix qui, très humblement, ont vécu cette disproportion radicale entre l'œuvre de Dieu dans la richesse de son amour infini et d'autre part, la pauvreté même de leur réponse, de leur amour pour Lui. Parce qu'ils étaient pauvres, parce qu'ils étaient démunis devant Dieu, parce qu'ils avaient conscience de l'infini du mystère de Dieu qui se manifestait à travers eux, cette grâce les a pour ainsi dire traversés et nous a rejoints, nous aujourd'hui. Ainsi, ce que nous fêtons, c'est la surabondance même de l'amour de Dieu à travers la pauvreté de ses témoins. Notre ville est fondée, dans sa foi, sur l'action, sur l'amour, sur la contemplation de ces humbles témoins. La vie de Dieu, l'amour infini de Dieu a rejailli, à travers leur cœur, jusqu'à nous. C'est cela le mystère de l'Église et c'est pourquoi il nous faut le vivre à notre tour. Si nous voulons être de l'Église, si nous voulons vraiment faire partie de ce peuple convoqué, il importe que d'emblée, nous ayons la certitude de la foi, c'est-à-dire de cette disproportion radicale qui existe entre le geste de Dieu qui nous invite, qui nous rassemble, qui nous presse contre son cœur, et d'autre part, la pauvreté, le caractère faible et même un peu minable de la réponse que nous pouvons apporter. Mais ceci n'est pas une raison de désespérer, ceci est au contraire une manière de nous extasier davantage devant le prodige de l'Église qui, à travers des points d'appui visibles aussi faibles et aussi dérisoires, arrive cependant à travers les siècles, à travers notre histoire, à constituer le peuple même de Dieu, la plénitude de son Royaume.
AMEN