ESCLAVE MAIS LIBRE !

2 Co 4, 6-14 ; Mt 10, 24-33
St Mitre - (13 novembre 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Moisson

D

 

e saint Mitre patron de notre ville d'Aix on sait peu de choses. On sait qu'il était un esclave et je trouve assez touchant de la part du Seigneur que cette ville d'Aix qui a toujours été assez aristocratique, qui est la capitale d'une province prestigieuse, ait pour patron un esclave, et un esclave qui semble-t-il était ouvrier agricole. Certains récits pensent qu'il fut martyr mais cela n'est pas strictement prouvé. Ce qui est certain c'est qu'il était maltraité par son maître et par ses compagnons parce qu'il était chrétien On se moquait de lui, on le brocardait et même on le battait, on le mettait à l'écart et il subissait toutes sortes de sévices. Cela est-il allé, comme le dit la légende, jusqu'au martyre, nous n'en sommes pas sûrs. De toute façon, il a eu le courage, quoiqu'en position de faiblesse comme esclave, quoique de ce fait sans garantie, sans assurance, sans rien qui lui permettait de se défendre, il a eu le courage de se prononcer pour le Christ. Il a affirmé qu'il était chrétien, et cela à ses risques et périls, et il a souffert pour le Christ.

Et le Christ lui a fait cette promesse que nous venons d'entendre dans l'évangile : "Celui qui se prononcera pour Moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux Cieux." C'est cela la sainteté humble, simple, très quotidienne de saint Mitre. A cette parole du Seigneur, il y a un envers : "Celui qui me reniera devant les hommes, Moi aussi je le renierai devant mon`Père qui est aux cieux." Nous ne sommes pas esclaves, nous ne sommes pas soumis aux difficultés que rencontrait saint Mitre, mais nous sommes dans un monde qui n'est pas beaucoup plus chrétien que celui dans lequel il vivait, et à défaut de recevoir des coups ou d'être maltraités au sens propre, notre titre de chrétien peut parfois prêter à sourire, peut être l'occasion de plaisanteries, de quelques haussements d'épaules, ce qui est finalement peu de choses, mais cela peut-être suffit souvent, le respect humain aidant, à ce que nous hésitions à nous prononcer pour le Christ. Est-ce que dans notre vie de chaque jour, nous sommes réellement, visiblement, concrètement, courageusement chrétiens ?

Notre foi chrétienne n'est pas sans incidence sur notre vie quotidienne. C'est sans cesse que notre foi se mêle à nos actions les plus simples. Il y a une manière d'être en relation avec les autres, d'être attentif à ceux que nous croisons chaque jour, connus ou inconnus, il y a une manière de vivre professionnellement, une manière de mener les affaires qui est compatible avec la foi et une autre qui ne l'est pas. Il y a une manière de vivre en famille, il y a une manière de se comporter avec ses parents ou avec ses enfants qui est compatible avec la foi et une autre qui ne l'est pas. Est-ce que nous sommes véritablement les témoins de ce Dieu de vérité, de ce Dieu d'exigence, de ce Dieu de lumière, de ce Dieu dont la lumière est plus brûlante que celle du soleil, de ce Dieu dont la vérité pénètre jusqu'à la racine de notre être ? Est-ce que nous sommes les témoins de ce Dieu qui ne laisse rien dans l'ombre et Il nous le dit : "Tout ce qui est voilé sera découvert, tout ce qui est caché sera connu." C'est un Dieu qui met à nu ce qu'il y a de plus secret, de plus obscur en nous et dans le monde, et nous devons être les témoins de ce Dieu de lumière, de ce Dieu de vérité, Nous n'avons pas à cacher ce que nous sommes, ni à cacher le message de Dieu, ni à cacher ce que dit ce message sur ce qui se vit en nous ou autour de nous. Est-ce que nous sommes les témoins de ce Dieu de miséricorde, de tendresse, de ce Dieu attentif au moindre détail puisqu'il n'y a pas un seul moineau qui soit indifférent à notre Père du Ciel, pas un cheveu de notre tête qui tombe sans que le Père le sache, qui ne soit compté auprès de Lui, pas un des cheveux de nos frères qui ne soit précieux aux yeux de Dieu ? Est-ce que nous sommes les témoins de ce Dieu si précis si attentif dans sa tendresse, si délicat, nous qui souvent passons sans regarder les autres, mais en continuant notre chemin tout remplis de nos pensées, que ces pensées soient de merveilleuses cogitations ou le mécontentement à l'égard de nous-mêmes, peu importe nos yeux sont souvent fermés sur nos frères. Nous ne sommes pas beaucoup les témoins de ce Dieu de courage, de lumière et de bonté.

Peut-être devrions-nous essayer de devenir des disciples du Seigneur, des serviteurs comme l'a été saint Mitre, car si nous ne sommes pas esclaves ou ouvriers agricoles, nous sommes les serviteurs du Seigneur, nous sommes les esclaves de Dieu. Nous avons à réaliser chaque jour, concrètement, l'œuvre de Dieu, ce pour quoi Il nous a mis ici sur terre. Parfois des gens se plaignent d'être inutiles, de ne servir à rien. Ils ont envie que leur vie se termine parce qu'ils ont l'impression qu'elle est inutile et chaque circonstance à réaliser l'œuvre de Dieu ? Il n'y a pas besoin pour cela d'avoir des dons exceptionnels, des fonctions extraordinaires à remplir dans la cité. Tout est important, tout est utile, le moindre geste, le moindre regard, le moindre sourire peut apporter la vie, ou son absence peut-être cause de ce que quelqu'un souffre et reste seul, et n'est pas aidé. Cette œuvre de Dieu est à la portée de chacun d'entre nous, dans chacun de nos gestes. Comment pouvons-nous dire que nous sommes inutiles ? Nous sommes les serviteurs de Dieu. Nous avons à remplir l'œuvre de Dieu, à accomplir son message et son témoignage.

Le serviteur n'est pas au-dessus de son maître. Le Seigneur Jésus, Lui qui est Dieu, est venu et Il a été rejeté. Si nous sommes ses serviteurs, il est possible, il est probable que d'une manière ou d'une autre, nous serons rejetés, nous serons méconnus. Il faut nous y préparer et l'accepter sans que cela soit quelque chose d'extraordinaire, mais de façon toute simple et quotidienne, en étant ainsi les témoins d'un Seigneur venu pour les hommes, que les hommes n'ont pas reçu, mais qui cependant a tout donné pour eux.

 

AMEN