SAINT MITRE, L'HUMBLE ÉVÊQUE D'AIX

2 Co 4, 6-14 ; Mt 10, 24-33
St Mitre - (13 novembre 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

D

ieu qui a dit : Que du sein des ténèbres brille la lumière, voici qu'Il a fait briller sa lumière en nos cœurs !" Il est bon que nous fêtions saint Mitre, patron de la ville d'Aix-en-Provence, sous le signe de cette phrase de l'apôtre Paul. En effet, la lumière à laquelle il est fait allusion le "Dieu qui a fait briller la lumière au sein des ténèbres", c'est la lumière de la création, cette lumière qui resplendit sur le monde et dans laquelle apparaissent toutes choses. La lumière, c'est à la fois ce qui donne définitivement leur forme ou leur figure et leur couleur à toutes les réalités de ce monde créé, et en même temps la lumière, c'est ce qui crée ce lien de communion entre tous les êtres. Elle est ce milieu dans lequel nous baignons et qui nous permet d'entrer en relation avec tout ce qui s'offre à notre regard. C'est pourquoi surtout dans la civilisation méditerranéenne, le mystère de la lumière a toujours été quelque chose de central dans la méditation, dans la réflexion des hommes, et surtout dans leur émerveillement.Si Dieu a créé toute chose dans la lumière c'est-à-dire s'il avait fait sortir toute chose de l'indistinction dans laquelle elles sont lorsqu'elles sont simplement disposées dans les ténèbres et dans la nuit, mais qu'à un moment donné, elles apparaissent dans toute leur splendeur avec la lumière du soleil, alors c'est une sorte de grande fête cosmique, une sorte de grande fête de l'univers qui embrase tous les cœurs et tous les êtres.

       Or saint Paul ajoute : "Voici que cette lumière a brillé dans nos cœurs ". C'est précisément le mystère du salut. Lorsque la lumière, le premier moyen de la communion que Dieu avait donné à cette création, voici que par la présence même du Christ cette lumière envahit l'intérieur des cœurs, l'intérieur des êtres, l'intérieur des hommes. Ce mystère-là, c'est le mystère de la grâce. La grâce c'est une lumière intérieure. Elle ne se discerne plus avec les yeux de notre corps, elle se discerne simplement parce qu'elle saisit l'être tout entier et qu'elle lui donne un autre aspect, une autre existence, une autre manière d'être.

       Et c'est sans doute ce qui a dû arriver à cet homme, à cet ouvrier agricole que nous fêtons aujourd'hui. Par son baptême, par le sacrement de l'illumination, la lumière s'est emparée de son cœur et de son être, mais pour ainsi dire, de l'intérieur, sans qu'il n'y ait rien de brillant ni de splendide à l'extérieur, mais simplement parce qu'à l'intérieur même de lui, Dieu avait pris place et possession. Et de même que la lumière du jour fait la communion de tous les êtres, de même mystérieusement, par la vie de cet homme, par son témoignage et par sa foi intrépide, car parfois il était persécuté ou moqué à cause de sa foi, à cause aussi de sa prière, à cause des humbles gestes de sa vie, voici que la lumière de son cœur a créé une autre communion. Et c'est comme cela qu'est née l'Église à Aix. C'est dans la lumière de ce cœur-là, qui était l'un des premiers messagers de la réalité et du mystère de l'évangile, dans cette grâce très simple et très pure de cet homme qui vivait totalement pour le Christ que, aujourd'hui encore, la propre lumière de notre cœur grandit, s'affermit et s'épanouit.

       L'Église se construit dans cette lumière que Dieu fait resplendir en nos cœurs. L'Église c'est ce réseau, à la fois enfoui dans les ténèbres de ce monde qui ne sait pas toujours voir, mais qui en même temps tisse et créé ces liens invisibles qui nous attachent et qui nous lient les uns aux autres, par le Christ et dans le Christ.

       AMEN