DE L'ARMÉE À L'ÉPISCOPAT
Mi 6, 6-8 ; Mt 25, 31-46
St Martin de Tours - (11 novembre 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Le partage du manteau (Beaulieu)
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rères et sœurs, vous savez que l'on parle souvent de l'alliance du sabre et du goupillon et encore aujourd'hui pour beaucoup d'entre nous, l'alliance entre l'armée et le clergé semble aller de soi, pas simplement à cause de l'allure et des habits. Or, il n'en a pas toujours été ainsi.
Dès les premiers siècles, s'est posée une question essentielle de la possibilité pour un païen converti de rester ou non dans l'armée. Les choses ont évolué entre le deuxième et le quatrième siècle et l'on peut dire que le quatrième siècle, ce siècle qui nous intéresse aujourd'hui parce que c'est le siècle de saint Martin, lui qui est mort en 397, ce siècle est celui des militaires, pas simplement parce qu'ils gouvernent l'empire romain, mais parce que l'armée va se révéler être un puissant vecteur de christianisation. C'est intéressant de le souligner, parce qu'en arrière plan, même si liturgiquement aujourd'hui nous célébrons saint Martin, nous ne pouvons nous empêcher de penser à l'anniversaire que nous célébrons aussi au niveau militaire, la fin de la première guerre mondiale, de cette horreur absolue qui a jeté dans les tranchées des milliers d'hommes, en a tué des millions et brisé la vie d'autres millions de survivants qui n'en sont pas sortis indemnes.
L'armée peut-elle être un vecteur d'évangélisation ? avec la première guerre mondiale en arrière plan, on pourrait dire que non, par le fait même que dans les dix commandements, il nous est intimé l'ordre de ne pas tuer notre prochain et de ce que la guerre est la chose la plus terrible que l'homme peut faire, et que c'est profondément anti-évangélique. L'expérience de saint Martin est originale car les grandes valeurs de l'évêque saint Martin viennent de ce qu'on peut appeler une sorte de noviciat préchrétien et évangélique alors qu'il était encore païen, noviciat vécu au cœur même de l'armée, à travers la disponibilité du soldat, de sa pauvreté et de la vertu de l'obéissance.
Il y a déjà une sorte de continuité entre l'expérimentation de ces trois vertus de la part de saint Martin, et de ce qui a été au premier plan de son épiscopat. Contrairement à d'autres évêques, dont saint Hilaire, on ne peut pas dire que saint Martin se serait converti en lisant l'évangile ou des ouvrages de théologie. Il s'est converti à travers les choses les plus simples et les plus essentielles de la communion avec ses frères et ses sœurs, et bien sûr à travers ce geste que nous avons toujours en tête de ce manteau partagé avec un pauvre.
Le quatrième siècle est donc ce siècle qui était marqué par les militaires, à tel point que certains chercheurs aujourd'hui affirment que sur les sarcophages comme à Arles, souvent on croit que la personne qui est représentée sur le sarcophage ce serait Pierre, en fait, Charles Piétri pense que ce personnage est en fait un militaire qui fait serment auprès du Christ. En fait, il dit qu'il y a concomitance entre le serment du militaire et le serment du chrétien au moment du baptême. Saint Martin nous fait découvrir à cette occasion, à la fois les vertus militaires qu'on trouvait aussi sous un autre aspect chez saint Paul, qui sont les vertus du sport. Comme si ceux qui pourraient se préparer le mieux à la vie spirituelle sont les sportifs et les militaires.
Il n'y a pas très longtemps, je pense que c'est dans le journal La Croix de ce lundi ou mardi, j'ai lu un petit article qui expliquait que l'armée est très appréciée par les jeunes français aujourd'hui. On n'aurait pas dit cela il y a une quinzaine d'années, peut-être à cause du service militaire où l'on s'ennuyait profondément. Or, cet article montre en laissant la parole à ces jeunes qui s'enrôlent aujourd'hui, que l'enrôlement dans l'armée française aujourd'hui n'est pas simplement motivé par le fait d'avoir à manger et d'avoir la sécurité de l'emploi dans ce monde si terrible de 2011, mais c'est aussi rechercher des valeurs dont ils sentent confusément qu'elles sont essentielles à leur structure humaine et personnelle. En lisant cet article, je retrouvais le noviciat que saint Martin a vécu en quelque sorte avant de rentrer dans la milice des sacristies, qui sont ces valeurs de générosité et d'obéissance.
Frères et sœurs, je ne sais pas si la grâce de Dieu va toucher tous ces jeunes qui actuellement s'enrôlent dans l'armée pour qu'à leur sortie ils rentrent dans les séminaires et les couvents, mais en tout cas, il ne faut jamais oublier que cette évangélisation que nous désirons tellement ne se fait jamais sur rien du tout. Il faut un sol, il faut un lieu dans lequel l'évangile pourra être planté et entendu. Que saint Martin nous donne de redécouvrir ces valeurs qui ont été porteuses pour lui, puisque cela l'a mené jusqu'à la conversion et l'épiscopat, et que nous soyons attentifs dans le cœur des jeunes mais aussi des moins jeunes, de susciter à travers ces valeurs, une ouverture et une lumière vers l'évangile.
AMEN