MESSAGER DE LA PAROLE

Mi 6, 6-8 ; Mt 25, 31-46
St Martin de Tours - (11 novembre 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, je ne vous parlerai pas de saint Martin comme hongrois, comme soldat parta­geant son manteau avec un pauvre, mais je voudrais vous dire quelques mots de l'œuvre assez exceptionnelle et extraordinaire qu'a fait saint Martin dans ce pays de France qu'il a adopté, et où il est resté comme une des figures les plus populaires à juste titre.

Saint Martin de Tours s'est fait le disciple de saint Hilaire de Poitiers, moins célèbre que lui, mais s'il est possible plus grand encore car, c'est un des Pères de l'Église qui a compris avec le plus de perspi­cacité le mystère de la Trinité, et qui a su en parler de façon très belle. saint Martin s'est donc mis à l'école de saint Hilaire de Poitiers, et avant de devenir évêque de Tours, il a résolu d'embrasser la vie monastique. Vous me direz qu'il n'est pas le seul. Mais ce qui est remarquable, c'est qu'il est, sinon le fondateur de la vie monastique d'Occident, du moins l'un des premiers à l'avoir vécue, et surtout à l'avoir structurée, puisque le monastère de Ligugé qu'il a fondé est le premier monastère de France, un des tout premiers de cette Europe d'Occident.

Cette tradition, née en Égypte et qui commen­çait à se développer en Syrie et en Palestine, que saint Athanase au cours de ses exils en Occident, à Rome ou à Trêves, a répandu et fait connaître à travers la vie de saint Antoine, le père des moines, voici que cette tradition s'implante en Occident grâce à saint Martin qui fonde ce premier monastère de Ligugé. Voilà donc la première gloire de saint Martin : il est celui qui a apporté à l'Occident cette forme de vie à la re­cherche du visage de Dieu dans la communauté mo­nastique du monastère qui rassemble ainsi ces cher­cheurs de Dieu.

Voilà donc déjà une œuvre assez extraordi­naire, mais ce qui est plus extraordinaire encor, au lieu de s'enfermer définitivement dans son cloître, dans son monastère avec les frères qu'il avait rassem­blé autour de lui, saint Martin a tiré de cette contem­plation de Dieu, de cette recherche de Dieu, la consé­quence un peu inattendue au premier abord : il faut évangéliser le peuple de Dieu ou plus exactement, ces hommes qui ne sont pas encore peuple de Dieu, parce qu'ils n'en connaissent pas encore le visage. saint Martin prenant appui sur son monastère a été le pre­mier évangélisateur des campagnes de France, le fon­dateur des paroisses de la campagne, et c'est à ce titre qu'il est si célèbre et que tant de villages s'appellent saint Martin, ou ont saint Martin comme patron de leur paroisse. Les paroisses, du moins en France, sont nées de l'œuvre de saint Martin. Il unit donc de façon tout à fait remarquable cette recherche de Dieu pous­sée jusqu'au bout, dans le silence et la contemplation, et puis, l'annonce de cette Bonne Nouvelle, l'annonce au peuple qui l'entoure, qu'il est aimé de Dieu, qu'il est le peuple des enfants de Dieu, qu'ils sont des frères et que cette recherche du visage de Dieu n'est pas réservée à quelques-uns, mais qu'elle est un appel adressé à tous, et que la paroisse, la communauté pa­roissiale est le lieu par excellence où l'on va ensemble chercher et trouver Dieu.

Que saint Martin nous conduise aujourd'hui encore, sur ce chemin la recherche de Dieu, non pas réservé aux moines, mais une recherche de Dieu qui est adressée à tous, à toute notre communauté parois­siale, et que nous soyons nous aussi comme saint Martin l'a été, les messagers de cette Bonne Nouvelle, auprès de ceux qui sont autour de nous et qui ne la connaissent probablement pas encore.

 

 

AMEN