AIMER AVEC TENDRESSE

Mi 6, 6-8 ; Mt 25, 31-46
St Martin de Tours - (11 novembre 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

et évangile s'applique d'une façon propre à saint Martin. Vous vous rappelez ce fameux épisode que l'on représente souvent où le saint coupe son manteau en deux pour revêtir un pau­vre qui le supplie à la porte de la ville d'Amiens. Il ne donne que la moitié de son manteau car l'autre moitié ne lui appartient pas. Il fait en tout cas œuvre de jus­tice. C'est justement à la justice que ce texte nous renvoie, c'est-à-dire à l'accomplissement de la volonté de Dieu en ce monde.

Le premier texte du prophète Michée parle aussi de justice et il est à mettre en parallèle avec l'évangile. Michée évoque tout ce qu'un homme pour­rait faire et apporter devant Dieu pour recevoir de Lui la justice, apporter quelques œuvres plus ou moins difficiles, par exemple offrir son premier-né, pour ainsi s'accommoder la divinité. Hélas, ou peut-être tant mieux, la justice de Dieu dépasse celle des hom­mes. Le texte de Michée ne demande que trois cho­ses : "accomplir la justice, aimer avec tendresse et marcher humblement avec Dieu."

Il s'agit finalement non pas de se prévaloir de ses œuvres, non pas d'arriver avec tout ce que nous aurions pu faire dans notre apostolat, même si cela est très bien, non pas claironner comme des dames de bonnes œuvres avec toutes nos actions envers les plus pauvres ou les plus petits, car Dieu ne demande qu'une chose : l'œuvre de justice, aimer avec tendresse et marcher humblement. Cela signifie pour nous, à l'image de saint Martin, s'inscrire dans les pas du Seigneur, dans les pas de son humanité, marcher humblement avec Lui à la rencontre des hommes, être attentif au plus pauvre qui n'est pas forcément le plus démuni mais qui est celui qui est sans Dieu, celui qui n'a plus la richesse de sa bonté et de son amour. C'est pourquoi saint Martin lui-même, d'une façon très simple, a combattu en Gaule toutes les religions païennes et les divers cultes de divinités qui existaient à l'époque pour remplir la vie des hommes de la véri­table vie, de l'amour sans fin de Dieu pour nous, Lui qui a pris notre humanité et qui a su aller jusqu'au bout de cette humanité en nous aimant avec tendresse.

C'est pourquoi, au soir de notre vie, "nous se­rons jugés sur l'amour" c'est-à-dire sur cette capacité de tendresse par rapport aux autres, sur cette capacité non pas de nous prévaloir de nos actions mais d'avoir marché avec le Christ, à côté de Lui, sur ses traces, pour rencontrer celui qui est tout proche de nous, ce­lui qui est à côté, pas celui que nos œuvres nous indi­queraient comme étant celui qu'il faut aller habiller ou visiter parce qu'ainsi ce serait le Christ qui serait glo­rifié et nous-mêmes en retour, mais tout simplement laisser suivre en nous le dessein de Dieu, laisser se tracer en notre humanité la route du Seigneur qui nous mène vers la plénitude de son amour.

Demandons à saint Martin qui en sortant de la ville d'Amiens ne se doutait pas que le pauvre qui le sollicitait serait le Christ, d'être aussi attentifs que lui sur notre route aux pauvres et de savoir leur donner ce qu'il y a de plus précieux, la tendresse amoureuse de Dieu, pour accomplir ainsi l'œuvre de justice qui n'est autre, dans ce cas-là que la volonté du Seigneur d'aimer les hommes jusqu'au bout.

 

 

AMEN