LE VISAGE DU CHRIST DANS LES PAUVRES
Mi 6, 6-8 ; Mt 25, 31-46
St Martin de Tours - (11 novembre 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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es saints ont au moins deux vies. La première date de leur temps terrestre et la seconde vient juste après, c'est celle qui vient de leur renommée. Il y a au moins 4000 paroisses en France qui portent le nom de saint Martin. Je crois qu'il partage avec saint Christophe la plus grande place dans les patrons des paroisses françaises, et pour cause. De fait saint Martin est, avec Monsieur Vincent et sainte Jeanne d'Arc, un de ces saints dont nous savons au moins un épisode que tout le monde raconte et qui s'inscrit même dans notre histoire de France. Ceci dit, saint Martin n'est pas français, même si nous le fêtons comme un saint français.
Cet épisode vous le connaissez. Saint Martin encore tout jeune catéchumène préparant son baptême, coupe son manteau en deux afin d'en donner la moitié à un pauvre. Le fait nous est raconté par un de ses amis Sulpice Sévère, homme lettré qui a consacré une grande chronique à saint Martin. Mais nous oublions souvent ce qui suit et qui nous explique comment un saint a une seconde vie. Après ce geste d'avoir partagé son manteau avec un pauvre aux portes d'Amiens, le futur saint Martin voit dans la nuit le Christ lui apparaître revêtu de ce même manteau qu'il avait donné au pauvre. Je crois que nous touchons là un des points fondamentaux de la sainteté et en l'occurrence Saint Martin peut nous y conduire. C'est que ces hommes et ces femmes, ces saints et ces saintes, "voient" le Christ, non pas qu'ils ont des visions extraordinaires qui les distingue de nos pauvres vies, mais tout au contraire, ils voient dans la vie de tous les jours, un visage du Christ, un visage qu'ils reconnaissent comme celui de leur Seigneur et de leur Dieu qui, seul, peut apporter le salut aux hommes.
Je crois qu'avec saint Martin nous touchons ce que peut signifier une rencontre, une rencontre de chacun de nous avec ce "morceau" du visage du Christ que nous donne chaque événement et chaque élément de notre vie. En l'occurrence, pour saint Martin, c'est la pauvreté, c'est celui qui est rejeté, celui qui est malheureux qui s'est révélé à lui comme ce visage du Christ implorant. C'est pour cela que nous avons lu cet évangile, le Christ se révélant et disant : "C'est à Moi que tu as fait cela en le faisant au plus petit d'entre les hommes."
Par saint Martin, par la renommée même qu'il a eue en France, nous sommes appelés à nous interroger nous-mêmes sur ce que signifient nos rencontres, ce qu'elles peuvent peser du Christ Lui-même, ce en quoi le Christ Lui-même est présent en chacune de ces rencontres. Avec saint Martin, nous pouvons découvrir que chaque rencontre est promesse d'un visage du Christ, que c'est à chaque fois pour nous un nouveau rendez-vous non seulement avec une découverte du mystère de ce visage mais même une découverte de ce qu'est la vie du Christ dans l'Église et en nous.
Je termine par ce petit texte d'un commentateur de l'histoire de saint Martin : "C'est bien cela qui fait l'actualité de saint Martin : l'épisode du pauvre d'Amiens illustre par excellence chez Martin une très évangélique spiritualité de la rencontre. Pour l'affrontement ou pour l'accueil et l'échange, toute rencontre humaine est pour Martin une chance offerte à l'exercice d'une charité vraie. Sans convention et même parfois sans politesse, en un monde extrêmement hiérarchisé et cloisonné, Martin est constamment resté l'homme vrai, vraiment présent à son prochain, quel qu'il soit, l'homme de l'attente de Dieu par l'attention à autrui."
Que nous soyons conduits par saint Martin à découvrir dans chacune de nos rencontres ce en quoi le Christ est présent et à découvrir davantage ce visage, et qu'il soit pour nous comme un exercice de plus en plus beau, de plus en plus rempli de cette charité que le Christ nous donne.
AMEN