RÉFLEXION THÉOLOGIQUE DES PREMIERS SIÈCLES
2 Tm 1,6-14 + 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
St Léon le Grand - (10 novembre 2010)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Une personne, deux natures
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rères et sœurs, les premiers siècles de l'Église ont été une époque de profonde réflexion sur la foi qui petit à petit a mis au point un certain nombre de données dont nous vivons encore aujourd'hui dans notre prière et notre foi. Le quatrième siècle a été surtout celui de la réflexion sur la Trinité, le Père, le Fils et l'Esprit. C'est l'objet, entre autre, des Conciles de Nicée et du premier Concile de Constantinople.
Le cinquième siècle lui, tout au moins dans sa première moitié s'est surtout consacré au mystère du Christ, Dieu et homme. Cela a été solennellement proclamé par les Conciles d'Éphèse et de Chalcédoine. Au milieu de ce travail intense de réflexion, de prière, de contemplation, le pape saint Léon a une place tout à fait remarquable. En effet, au moment du Concile de Chalcédoine, le quatrième que je viens de nommer, c'est lui qui a écrit une lettre dogmatique qu'on appelle le "Tome à Flavien" dans laquelle il définit la foi. Il s'agit de Flavien l'évêque de Constantinople qui présidait le Concile à ce moment-là.
De qui s'agit-il ? Aux origines de l'Église comme de nos jours, il y a une tentation de considérer le Christ comme un être humain exceptionnel, mais un être humain. Un plus grand prophète, un homme qui nous a montré une voie de la sainteté particulièrement profonde en mettant l'amour au premier plan de la vie chrétienne. C'est une tentation récurrente, parce que c'est plus simple que d'imaginer des choses aussi compliquées qu'un Dieu fait homme. Pour les hommes du cinquième siècle, il y avait cette tentation de ne voir dans le Christ qu'un homme exceptionnel. C'est cela la tentation d'un patriarche de Constantinople, Nestorius qui a soulevé contre lui les chrétiens remplis de la foi. C'est le Concile d'Éphèse qui a proclamé que Jésus n'était pas un homme habité par la présence de Dieu, mais qu'il était Dieu fait homme. Une seule personne, celle du Verbe, celle du Fils de Dieu, qui était à la fois auprès du Père et à la fois auprès de nous sur la terre. C'est donc ceci la première étape de réflexion : proclamer l'unité du Christ à la fois Dieu homme, c'est le Concile d'Éphèse.
Mais le démon veille toujours et chaque fois qu'un pas est fait dans le sens de la vérité et de la lumière, il nous invite à considérer une nouvelle erreur. Sitôt après le Concile d'Éphèse, qui avait proclamé que Jésus était une unique personne divine devenue humaine, il y a eu une nouvelle tentation, celle de résorber en quelque sorte l'humanité du Christ dans sa divinité. Penser que le Christ était tellement Dieu qu'il ne faisait que semblant d'être homme et que la réalité du Christ était sa divinité, point final. Alors, il a fallu à ce moment-là défendre, de même qu'on avait défendu la divinité du Christ, il fallait défendre aussi la réalité de son humanité.
C'est ce qu'a fait le Concile de Chalcédoine, et c'est très exactement cela qu'a fait d'une façon merveilleuse et admirable, le pape saint Léon le Grand, dans ce Tome à Flavien dont je vous parlais tout à l'heure. En effet, le Concile de Constantinople ayant reçu cette lettre du pape, l'a proclamée comme étant la foi chrétienne de tous les hommes d'Occident comme d'Orient. Le mystère du Christ suppose qu'en lui est la plénitude de la force et de la puissance divine, mais le mystère du Christ suppose aussi que cette plénitude de la divinité se soit en quelque sorte abaissée, cachée à l'intérieur d'une vie humaine en tout semblable à la nôtre. Vous vous souvenez peut-être de l'épître aux Hébreux, qui déjà affirmait ceci : "En lui se trouve cachée la plénitude de la divinité".
Comme le disait saint Paul, la plénitude de la divinité est cachée dans le Christ et "il est en tout semblable à ses frères". Pour qu'il puisse nous sauver, il faut à la fois qu'il ait la puissance de la sainteté de Dieu et en même temps, qu'il soit comme nous, notre frère, qu'il puisse communiquer sa divinité à chacun d'entre nous. C'est cela qu'a proclamé le Concile de Chalcédoine. Il y a une seule personne divine dans le Christ, mais il y a deux natures, la nature divine et la nature humaine qui l'une et l'autre sont réalisées en plénitude. Oui, Jésus est pleinement homme, il a vécu comme nous tous les détails de la vie humaine, toutes les caractéristiques, toutes les épreuves que traversent les hommes dans leur recherche de la vérité et du salut.
Que saint Léon nous aide à avoir une foi complète, totale, en Jésus-Christ qui est à la fois le Fils de Dieu égal au Père et notre frère, égal à nous.
AMEN