DÉFENSEUR DU PEUPLE
2 Tm 1,6-14 + 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
St Léon le Grand - (10 novembre 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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I |
l est des figures dans l'Église qui sont importantes et marquantes. Aujourd'hui, le pape saint Léon le Grand ne nous dit pas grand-chose. Il ne fait partie de ces statues que l'on trouve à l'entrée des églises et devant qui l'on fait brûler des bougies ! Je crois n'avoir jamais vu de statues de saint Léon le Grand dans une église.
Il est important, pas seulement pour les spécialistes. Les chrétiens cultivés, non pas que vous ne le soyez pas, ou les professeurs de séminaires, qu'ils soient patrologues, liturgistes, connaissent un peu saint Léon le Grand, ou encore, cela va de soi, ceux qui enseignent la christologie, les dogmaticiens. Il est vrai que saint Léon a laissé des écrits, et il fait partie de ces Pères de l'Église, ces hommes qui ont façonné, fait naître, grandir cette grande tradition du mystère de Dieu dévoilé aux hommes, expliqué, commenté, transmis. Saint Léon le Grand est une sorte de figure parfaire du pasteur. Certes, il a défendu la foi catholique, l'oraison d'entrée nous le fait assez bien saisir, face aux hérésies, celle d'Eutychès, qui comme beaucoup d'hérésies, avait du mal à saisir que Jésus est Dieu, et qu'il a pourtant accepté d'être homme, qu'il a accepté de s'incarner. Cette humanité n'a rien enlevé à sa divinité. On reconnaît en saint Léon, c'est plutôt pour les liturgistes, dans le sacramentaire qui porte son nom, le sacramentaire léonien, son style précis, très concis, très clair dans certaines oraisons, c'est ce qui fait le génie de la liturgie romaine. Quand on parle du génie de la liturgie romaine, ne veut pas dire qu'elle vaut mieux que les autres liturgies, car à l'époque, elle était une liturgie parmi les autres, et sa caractéristique résidait dans sa brièveté et sa concision. Les oraisons de nos messes doivent pour un certain nombre, à saint Léon le Grand.
C'est aussi un défenseur de son peuple face aux barbares qui commencent à se précipiter dans tout ce que nous appelons le bassin méditerranéen. Saint Léon a eu à faire face aux Huns d'Attila, aux Vandales de Genséric, et il a su arrêter aux portes de la ville de Rome, les barbares. Saint Augustin a eu moins de chance, car il a vu la ville d'Hippone complètement dévastée par les vandales. On a ainsi la figure d'un pasteur qui correspond à ce que l'on appellerait aujourd'hui la mission propre de l'évêque qui est d'enseigner, de gouverner et de sanctifier son peuple. L'enseignement parce que il a défendu cette foi, il l'a expliquée, il l'a transmise, et ses différents écrits nous en donnent le témoignage. Il est celui à qui l'on doit encore de saisir que le fait de croire en Jésus-Christ est d'une richesse infinie et qu'il faut profiter d'un Dieu qui est homme, d'un homme qui est Dieu. C'est un mystère qui peut envahir toute la vie d'un homme appelé à être divinisé. C'est la vocation du chrétien.
C'est un homme qui a su transcrire le mystère au cœur de l'action liturgique, car comme le dit un célèbre adage : Lex orandi, Lex credendi, la loi de la prière est la loi de la foi. Cette loi de la prière, la règle, ce qui donne la structure même à cette célébration liturgique, y compris dans ses formules, c'est de vivre la foi telle qu'on la confesse. Ainsi, dans la célébration des sacrements et de la liturgie, Dieu se dit et nous lui répondons, nos mots, nos gestes sont donc inscrits, sont porteurs de cette foi. Saint Léon est aussi un homme qui prend soin de son peuple, qui le gouverne et va même jusqu'à le défendre, qui prend des risques pour son peuple. C'est le vrai pasteur, il n'a pas peur du loup qui attaque les brebis, il n'a pas peur de retrousser ses manches et de se coletiner à des choses pour lesquelles on a l'impression qu'il n'est pas fait. En soi, l'évêque ne semble pas être celui qui doive défendre son peuple contre des barbares ou des vandales qui viennent l'attaquer.
C'est une figure de grand pasteur. Nous pouvons faire un parallèle avec notre vie d'aujourd'hui non pas que nous soyons attaqués par des vandales ou des barbares, bien qu'on puisse se demander si certains effets de la culture de mondialisation ne sont pas une nouvelle forme de barbarie. Par rapport à notre monde moderne, on a trop souvent tendance à dissocier, et c'est vrai pour les prêtres, les évêques, ceux qui seraient des pasteurs, ceux qui seraient affrontés à la vie pastorale, sacramentelle, le curé de base. Puis il y a ceux qui seraient peut-être un peu plus intelligents comme si les pasteurs ne l'étaient pas et donc qui passeraient leur vie dans les livres à rechercher les différentes origines des mots, de la vie de foi, de la théologie. Dans ces cas-là on peut prendre quasiment, quand on vous dit que c'est un théologien, vous pouvez être sûr en prenant son bouquin que vous n'y comprenez rien ! Etre théologien, c'est employer des mots que même ceux qui sont normalement au courant, n'arrivent pas à comprendre. Ensuite, il y aurait ceux éventuellement qui ne seraient intéressés que par les liturgies, et l'on en fait des gens qui sont des grenouilles de bénitiers, ou qui calculent les centimètres de dentelle au bas des aubes. On a un esprit à l'heure actuelle qui met chacun, chaque événement ou situation dans un petit tiroir, comme si les uns étaient hermétiques aux autres. Ce que nous apprend saint Léon le Grand à travers ce qu'il est, c'est qu'il défend la foi et aujourd'hui certainement de vrais théologiens sont heureux d'avoir le témoignage de ce saint pour comprendre encore ce mystère du Christ qui nous aime.
Certainement que ceux qui aiment célébrer et aiment la liturgie sont aussi héritiers de saint Léon le Grand parce qu'on ne peut pas croire en Dieu et ne pas aimer le chanter, le dire et le célébrer. Tout cela n'aurait aucun sens si ce qu'il y a derrière tout cela n'était pas le bien du peuple de Dieu, de son Église, du troupeau que chacun d'entre nous nous formons en étant cette brebis que le Seigneur conduit à son mystère de vie et de grâce. Quelqu'un qui est pasteur se reçoit aussi de ce témoignage de saint Léon. Pour nous aujourd'hui, il est plus que jamais nécessaire d'associer la triple mission de l'Église s'une part, enseigner, gouverner et sanctifier, ce qui est la vocation propre non pas de l'évêque, non pas du prêtre mais d'abord du baptisé. Pourquoi ? parce que le baptisé est prêtre, il doit célébrer son Seigneur, parce que le baptisé est prophète, c'est celui qui enseigne et qui dit la Parole de Dieu, parce que le baptisé est roi, et le roi, c'est celui qui se met au service de l'autre. C'est cela la pastorale.
Ce que simplement et humblement a vécu saint Léon le Grand, dans le ministère de son ordination, c'était le signe de ce que doit faire et vivre chacun des baptisés : enseigner, gouverner, sanctifier, c'est-à-dire être prophète, être roi, être prêtre.
AMEN