QUELQUES FLEURS DE SAINT LÉON LE GRAND

2 Tm 1,6-14 + 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
St Léon le Grand - (10 novembre 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

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ous faisons mémoire aujourd'hui de saint Léon le Grand pape et docteur de l'Église, et connu à travers deux événements très beaux mais qui ont comme tort de le fixer dans notre mémoire. Il est connu à travers un premier événement, c'est d'avoir arrêté par deux fois les barbares aux portes de Rome, d'une part Attila en 452, et Genséric en 455. Cela a d'ailleurs été représenté plusieurs fois dans des œuvres d'art où on le voit sur son cheval en train d'arrêter le gros méchant Attila avec au fond du tableau la ville de Rome ainsi sauvée du massacre des barbares.

Le deuxième événement peut être considéré aussi comme un coup d'éclat. C'est le coup d'arrêt d'une hérésie avec Eutychès et qui a abouti à la formule qui maintenant fait partie du patrimoine commun chrétien, comment après de longues années, de longs siècles de méditation et même de crêpages de chignons et même de meurtres sur l'identité de Jésus-Christ, homme et Dieu, saint Léon à travers ce qu'on appelle le "Tome à Flavien" fixe d'une manière définitive la formule : une personne et deux natures.

Mais saint Léon ne se résume pas à travers des activités diplomatiques, politiques ou même uniquement dogmatiques, il nous est connu à travers une œuvre éditée que sont ses sermons, et je voudrais d'une manière très simple, avec vous ce matin, lire quelques passages de l'introduction de Dom Jean Leclercq qui met véritablement en lumière le caractère charitable et fraternel de cet homme.

Saint Léon, comme je le disais un petit peu tout à l'heure est celui qui sait réunir la réflexion théologique avec la morale chrétienne. Je crois que c'est très important de découvrir comment morale et théologie ne sont pas deux choses qui doivent être vécues de manière séparée dans le cœur du chrétien, ni surtout de manière opposée, de manière trop caricaturale. Saint Léon part d'une base christologique pour réfléchir sur la charité, sur l'aumône. Il dit : "Parce que Dieu est homme, le Christ aime les hommes". Cela nous paraît extrêmement basique, mais à un moment donné où l'humanité du Christ est remise en question, saint Léon prend cette formule très belle il parle du "socialis animus", je traduis de l'esprit social, à ne pas confondre avec le socialisme athée. Mais il dit, à partir du moment où Dieu prend pleinement chair, il ne peut aimer l'homme que dans tout ce qu'il est. C'est quelque chose de magnifique. Dieu veut vivre en tant qu'homme ce que l'homme vit et d'aimer l'homme en tant qu'homme. Et puis, parce qu'Il est Dieu, le Christ à qui l'on donne dans la personne des pauvres est capable de multiplier les ressources à la mesure de ce qu'Il reçoit.

Là, comme le disent les anciens, j'utilise le mot des fleurs, j'aurais voulu vous offrir quelques fleurs, c'est-à-dire quelques mots, quelques phrases, quelques idées phares qui ressortent des sermons de saint Léon.

D'abord quelques définitions de cet amour: "L'amour de la communion sociale" pourquoi ? parce que déjà si nous ne sommes pas chrétiens, ou même si d'autres ne sont pas chrétiens, nous vivons la même nature, et nous le savons très bien, il n'y a pas besoin d'être chrétien pour aimer, parce que nous faisons tous, chrétiens, pas chrétiens, pécheurs, pas pécheurs, nous faisons tous partie de la même communauté et de la même nature des hommes. Nous, chrétiens, nous n'avons pas à aimer uniquement les chrétiens, mais nous avons à aimer tous nos frères et toutes nos sœurs, parce qu'ils font partie d'une même communauté de nature. C'est ce que le Christ déjà veut dire à travers cette même nature humaine qu'Il partage avec nous. Et puis bien sûr, les chrétiens ont à vivre cette communion sociale à travers une autre réalité que les non chrétiens ne vivent pas : le Corps du Christ qui est l'Église.

Saint Léon parle aussi du "saint amour". Qu'est-ce que c'est que le saint amour ? C'est le fait que chacun profite du bien des autres. En définitive, "rien n'est étranger à aucun du progrès de tous, le bien de l'un est inséparable du bien de tous et le soin que nous prenons des autres est la mesure de notre bien". Cela aussi c'est très beau, tout ce qui touche à la charité, ou même à l'aumône, ne regarde pas uniquement Dieu et moi, en disant, voilà Seigneur, tu as vu, j'ai donné la petite pièce donc je suis en train de thésauriser pour avoir ma petite retraite quand je serai auprès de toi. Il n'y a pas uniquement cette relation verticale entre Dieu et moi, et puis le pauvre ou l'autre n'étant que l'annexe de mon propre salut, mais c'est véritablement dire que le peu que je fais vis-à-vis de mes frères touche toute la communauté des frères et des sœurs. C'est très beau quand il parle de ce saint amour. La manière de ce que je fais à l'un profite à tout le monde et inversement et aussi le soin que nous prenons des autres à la mesure de notre bien. Nous ne pouvons pas ne pas penser à cette phrase du Christ : "La mesure avec laquelle vous mesurerez les autres, cette mesure Dieu l'utilisera pour vous".

Saint Léon nous dit aussi que les biens qui nous viennent de Dieu ne nous sont pas livrés comme à des possesseurs égoïstes, mais ils nous sont commis, prêtés, confiés pour être par nous, dispensés et répartis. On peut penser à cette charge que saint Léon a reçue de vicaire du Christ, c'est-à-dire qu'un petit peu comme nous l'entendions dans l'évangile il y a un instant, quand on devient ministre de l'Église on ne s'accapare pas les biens de l'Église pour soi, mais on en est les intendants. Je continue la méditation de saint Léon, nombre de textes de l'évangile nous renvoient à l'intendant, souvent sont mis en scène à la fois l'intendant et le maître, mais nous ne devons pas oublier que nous ne sommes que les intendants et quand Dieu nous donne des biens, quels qu'il soient. Saint Léon ne critique pas ceux qui sont riches, mais il dit : attention, que faites-vous de votre argent ? Donc, que ce soit au niveau de l'argent ou au niveau des qualités que nous avons reçus, est-ce que ces qualités nous les utilisons uniquement pour nous, ou est-ce que nous sommes capables d'en être les intendants et de faire rejaillir sur nos frères et nos sœurs, les biens que le Seigneur nous a donnés ?

Et puis, cette phrase de Dom Leclercq qui résume la pensée de saint Léon : "nous sommes tous des débiteurs insolvables". Oui, c'est Dieu qui nous donne tout, et le seul moyen de nous acquitter est de traiter les hommes comme Dieu nous a traité. Comment ? En donnant et en pardonnant.

Une phrase encore. Le fait de donner est pour tous les hommes le moyen de rétablir entre eux une véritable égalité. Quand Dieu est venu parmi nous pour nous donner, et pour nous rétablir dans l'image de Dieu que nous étions à l'origine et que nous avons gâché par le péché originel, nous aussi, il nous est donné la possibilité de participer au rétablissement de l'image de Dieu qui s'inscrit dans le cœur de nos frères. saint Léon ne fait pas du social au sens hélas du 20ème siècle, du social athée, pour agnostiques? La charité de saint Léon part de Dieu pour retourner vers Dieu en passant par l'homme Dieu qui est le Christ, et nous, rétablis, dans notre image nous sommes aussi en quelque sorte, hommes dieux. Vous voyez comment chez saint Léon l'importance de la théologie dogmatique et l'importance de la véritable identité du Christ a des conséquences pour la charité, pour la vie quotidienne du chrétien, jusqu'à l'aumône.

Frères et sœurs, Léon n'est pas qu'un dogmaticien, il est l'exemple même de celui qui construit sa morale et sa vie de charité sur la théologie, sur la venue de Dieu parmi les hommes.

 

AMEN