UN SECRET BIEN GARDÉ
2 Tm 1,6-14 + 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
St Léon le Grand - (10 novembre 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'Église a un secret, et ce secret n'est pas comme celui que nous font croire bon nombre de romans très récents dont on a parlé hier après midi sur France Culture, il y a des romans qui prétendent que Jésus avait des relations avec Marie-Madeleine, d'autres qui le nient, et vous avez toujours l'idée que l'Église a un secret et qu'elle l'a gardé pour elle, qu'elle nous a trompé, et que les Écritures sont un lieu de déchiffrement de cette énigme.
Ce n'est pas cela le secret de l'Église Ce secret ressemblerait à un lieu, une place, un grand banquet où nous serions tous des convives d'égale importance, et tour à tour, nous interviendrions dans ce banquet pour participer à cette chaleur un repas, de la convivialité. Ce banquet ne tient compte ni de nos naissances ni de nos races. Nous sommes tous les uns pour les autres des convives heureux, les uns sachant mieux chanter, d'autres racontant mieux les histoires qui font rire les convives, d'autres racontant de belles histoires sentimentales, tour à tour, nous nous réjouissons des uns des autres, de ce que nous sommes. Et à cette table, il n'y a là ni juifs, ni grecs, ni païens, ni hommes bien nés, ni hommes mal nés, mais il y a les enfants de Dieu, qui, parce qu'animés par cette présence de Dieu, transmettent cette réjouissance les uns aux autres. Ainsi, il y a notre histoire humaine, là où nous sommes nés, notre corps, les limites de notre histoire, avec souvent les fragilités qui les ont limitées dans notre vie. Puis, il y a une autre histoire, celle de la place que nous tenons dans ce banquet. Cela, nous ne le savons pas à l'avance. C'est vrai que nous partons dans cette vie humaine avec beaucoup d'inégalités et d'injustice, et que nous ne partons pas sur la même ligne, nous ne partons pas avec les mêmes chances, et nous ne savons pas toujours à l'avance quelles vont être nos fragilités, quelles vont être nos blessures, nos limites. Certains d'entre nous, parfois, souffrent d'énormes limites, et cela c'est du point de vue humain, mais je n'en sais rien du point de vue de Dieu.
Le rôle que nous jouons dans cette histoire secrète, dans cette histoire du Royaume de Dieu, nous savons que nous jouons un rôle, comme Jésus a choisi autour de Lui un certain nombre d'apôtres, et d'ailleurs, souvent, c'est le paradoxe de leurs qualités qui ont guidé le choix de Jésus : Pierre se croit courageux, en fait, il est lâche, et sur cette lâcheté qui devient courage en Dieu, Jésus va fonder l'Église. C'est donc souvent sur des blessures dont nous pourrions croire que c'étaient des vertus qui deviennent des forces en Dieu, et Pierre occupe la première place du courageux de Dieu, alors qu'il a prouvé le contraire dans sa lâcheté. Il y a une sorte non pas d'inversion systématique, mais nous ne pouvons pas savoir quel rôle nous jouons, quelle est la partie de nous-même qui va enchanter le Royaume et les anges, et Dieu lui-même.
Il y a notre histoire humaine, la distribution des rôles, les inégalités, les chances différentes. Il y en a qui se marient, d'autres qui ne marient pas, il y en a qui ne peuvent pas, il y en a qui rament comme on dit aujourd'hui, il y en a qui galérent socialement, psychiquement. Mais c'est la distribution humaine, c'est la nôtre, celle qu'on voit, celle qui fait la une des journaux, celle pour laquelle beaucoup d'hommes luttent, surenchérissant en envie de pouvoir.
Et puis, il y a l'autre scène, celle que l'eucharistie préfigure, annonce, signifie comme à l'avance. Au fait, le vrai rôle que nous avons à jouer dans nos vies et dans la vie des autres, concrètement, on entend souvent des gens qui disent en parlant d'enfants blessés combien cet enfant a apporté. Cet enfant handicapé ou blessé, ce laissé pour compte, a été largement oublié de la société, de nos vies humaines. Puis, il s'avère que cet enfant-là avec son étrangeté, avec son infirmité, a été d'un rayonnement intense dans un milieu particulier. C'est le secret de Dieu, le secret de l'Église, et en même temps, il faut que ce soit un secret. Nous ne savons pas et nous ne devons pas savoir quel est notre rôle, sinon nous tomberions dans le piège, nous serions trop contents de savoir. C'est ce que nous donnons à notre insu qui nous octroie la place que Dieu veut nous donner dans son Royaume. L'Église dit : il y a une première apparence de l'histoire humaine qui fait beaucoup de bruit. Et puis, il y a une autre réalité qui est celle de l'intérieur, de l'intime, au fond qui est celle de la vraie qualité humaine, de tous ces dons que les vivants se font entre eux à travers le don de Dieu et qui sont la réalité. Et là, nous retrouvons ce que saint Paul disait: ni juifs, ni grecs, ni païens, ni noirs, ni jaunes, tous égaux, et tous avec cette égale chance puisque également choisis pour être fils de Dieu.
Je tire cette réflexion pour terminer, de saint Léon le Grand que je n'ai pas cité, mais qui exhortait ses contemporains à se reconnaître comme pierres vivantes de l'Église. Ces pierres vivantes de l'Église que nous avons à devenir, nous avons à nous exhorter à l'être les uns pour les autres, non seulement dans notre histoire humaine, mais surtout pour l'histoire qui est cachée derrière et qui est la véritable histoire du cœur des hommes et du cœur de Dieu.
AMEN