A CHACUN SA PLACE
2 Tm 1,6-14 + 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
St Léon le Grand - (10 novembre 2003)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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n fêtant une figure comme saint Léon, nous fêtons en fait à travers l'Église, la cohésion profonde qui unit les membres les uns avec les autres. A travers celui qui est comme une sorte de pierre de faîte, de pierre d'angle sur laquelle s'appuie l'édifice qui sans nous ne serait rien, à travers l'évêque de Rome, et surtout à travers la grande figure de saint Léon, nous fêtons la cohésion profonde de l'édifice, plus que l'édifice de l'organisme vivant qu'est l'Église. Elle n'est pas utopique en ce sens qu'elle n'est pas une société où tous seraient égaux et identiques les uns par rapport aux autres. Elle n'est pas non plus une monarchie au sens où quelqu'un nous représenterait tous, et intercéderait pour nous tous. Nous sommes intégrés les uns les autres à un organisme qui bouge comme d'ailleurs un organisme humain, c'est pour cela que l'Écriture a employé souvent la métaphore du corps pour la décrire. Il est bien clair que lorsque nos parlons de foi, nous parlons de relation, de certitude de relation, mais en même temps nous disons que par le fait de la foi, nous devinons quelle place est la nôtre dans l'organisme qui est l'Église. Nous le devinons pas d'ailleurs immédiatement, mais la foi n'est pas simplement une sorte de mouvement de confiance, nous réfléchissions à cela hier, mais c'est aussi la découverte progressive de la place que je peux occuper dans cet organisme vivant qui est l'Église, sans que je sois confondu avec les autres, mais que je sois une articulation, un moyeu à cause duquel les autres peuvent continuer à être ce qu'ils sont et devenir davantage enfants de Dieu.
Nous voyons bien qu'à travers ce que l'Église nous demande d'être, il n'y a rien pour nous seul. C'est une drôle d'histoire de penser que la vie spirituelle est d'abord une affaire intérieure, c'est vrai, mais elle n'est pas uniquement cela, elle n'est pas une affaire purement personnelle. On pourrait presque dire que c'est une affaire publique au sens de l'Église, mais pas au sens de la société. C'est une affaire de la communauté, ce qui se passe et ce que je vis à l'intérieur n'est pas pour moi seul, ce n'est pas mon affaire à moi, elle est l'affaire des autres. Et le joyau que les saints avaient en leur cœur dans leur vie spirituelle, a brillé comme un effet immédiat pour tous les autres. L'organisme vivant fonctionne si tous sont vivants, si tous sont à leur place. Nous n'avons pas l'envie ni l'occasion de nous retirer. Il est certain que ceux qui se sont retirés du monde sont à des endroits stratégiques, un peu comme les viscères, des endroits de la vitalité même de l'Église, mais ils n'en sont pas moins nécessaires que la brave paroissienne (il y en a ici), qui font les bouquets le dimanche. Vu du Royaume, les choses sont absolument égales, égales au sens de "respectées comme nécessaires aux autres".
C'est à nous, par la foi, de découvrir et d'approfondir, autant que le moine apprenne à mieux prier que la dame qui fait les fleurs apprenne à mieux faire les fleurs, mais en même temps, chacun de nous ici doit trouver à sa manière, ce qu'il peut apporter aux autres, de lui-même pour que l'Église reste un organisme vivant. Nous avons à nous réjouir que malgré le fatras de la grande histoire des hommes, l'Église reste fidèle à ce premier message. Je ne vois pas d'autre exemple dans le monde et dans l'histoire des hommes que l'institution aussi fragile et aussi misérable et aussi pécheresse que l'Église l'est au niveau terrestre, et cependant, elle a réussi à maintenir un dépôt de foi sans se mentir, sans se trahir, Sans se trahir, oui, on s'est beaucoup trahi, mais le dépôt est resté le même. Je suis toujours étonné de la manière dont saint Paul, déjà si peu de temps après la proclamation de l'évangile dénoue, déjoue tous les problèmes que posait cette foi, et au fond, nous sommes toujours à égalité dans la réflexion par rapport à cette foi.
Que la foi de saint Léon qui a eu maille à partir non seulement à l'extérieur de l'Église et dans le monde à travers les invasions barbares qui menaçaient Rome, et aussi au sein de l'Église, que l'exemple de cette fermeté qui était la sienne et qui est à l'image de Jean-Paul II d'ailleurs, nous aide à être heureux de vivre dans ce grand courant de l'Esprit saint qui invente avec nous l'histoire de demain.
AMEN