LE CONCILE D'ÉPHÈSE
2 Tm 1,6-14 + 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
St Léon le Grand - (10 novembre 1995)
Homélie du Frère Yves HABERT
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I |
l est devenu Fils de l'homme pour que nous puissions être fils de Dieu."Frères et sœurs, je voudrais m'arrêter aujourd'hui sur la figure de saint Léon le Grand, Saint Léon Premier, le premier d'une grande lignée qui va jusqu'à treize. Saint Léon le Grand est pape au cinquième siècle, à une époque charnière. Il est pape à Rome de 440 à 461 (fin de l'empire romain sans doute en 473). Un long pontificat donc, un pontificat marqué par de bouleversements politiques, avec l'invasion des Huns, des Vandales. Une époque charnière, un petit peu comme la fin d'un monde. D'ailleurs, l'oraison que nous avons entendue nous le signale : "Dieu, qui ne laisse pas les Puissances du mal Me prévaloir contre Ton Eglise ..." Saint Léon a été comme un roc pour défendre la chrétienté face à ces invasions. Il a aussi été quelqu'un de très vaillant au niveau de la défense de la foi. L'oraison fait encore allusion à cela ainsi que la deuxième épître de Timothée quand elle dit de "garder le dépôt de la foi" ou comme le Christ qui prie pour Simon en disant : "que ta foi ne défaille pas." Saint Léon est donc cet homme aux frontières pour défendre l'empire et pour détendre la foi. En même temps un homme qui a toujours été proche des plus pauvres.
Mais je voudrais revenir sur le saint Léon défenseur de l'orthodoxie, défenseur de la foi. En 431 donc, avant son avènement comme pape, il y avait eu le grand concile d'Ephèse. Ce concile avait pris position contre Nestorius qui avait tendance à diminuer la part divine, à dire en quelque sorte, je vais très vite, mais à dire : "finalement non ! Marie n'est pas vraiment Mère de Dieu". Il avait tendance donc à diminuer la part divine dans le Christ. Le concile d'Ephèse avait tranché en affirmant Marie Theotokos, Marie Mère de Dieu. Mais il y avait eu un retour du balancier et quelqu'un comme Eutychès qui était moine, sans doute quelqu'un de très saint et qui avait beaucoup d'importance, avait lui carrément renversé la vapeur et avait dit : "Finalement, Il n'est peut-être pas si homme que ça. Dans le Christ, il n'y a que la nature divine. La nature divine dans le Christ a pris toute la place et le Christ n'a pas de nature humaine." L'exact balancier donc du premier mouvement.
Toutes ces affaires ne sont pas restées simplement des affaires religieuses, mais l'empereur s'en est mêlé, un évêque aussi. Cela a donc fait beaucoup de bruit et il a fallu réunir un concile à Ephèse, il ne s'est pas très bien passé. Le second concile a eu lieu à Chalcédoine en 461, on y a défini les deux natures du Christ. Le Christ avait vraiment une nature humaine et une nature divine. Et Saint Léon a été là pour redire dans tout son enseignement l'importance de cette nature humaine du Christ, pour dire qu'affirmer la nature humaine du Christ, ce n'était pas minimiser Dieu car Dieu, la grandeur de Dieu, c'est aussi son abaissement, cette kénose, cet abaissement jusqu'à prendre nature humaine.
Dire que le Christ, comme le disait Eutychès, n'avait pas de nature humaine, c'était en tout cas rabaisser l'homme dire que l'homme ne vaut pas la peine. C'était aussi remettre en cause la vérité de notre Salut, remettre en cause ce grand adage de l'Église ancienne selon lequel tout ce qui a été assumé a été sauvé. Si le Christ n'a pas assumé notre nature humaine à ce moment-là notre nature humaine n'a pas été sauvée. S'Il n'a pas vraiment assumé notre naissance, notre naissance n'a pas été sauvée. S'Il n'a pas assumé notre mort pleinement, comme un homme, à ce moment-là notre mort n'a pas été sauvée. Il en va donc de la vérité de Dieu, de la vérité de l'homme, de la dignité de l'homme et de la dignité de Dieu qui va jusqu'à s'abaisser, à devenir comme un homme. Il en va de la dignité de notre création puisque Dieu n'a pas eu peur de prendre notre chair et il en va surtout de la dignité de notre salut, de la Vérité de notre salut. C'est pour cela que saint Léon est monté au créneau, pour défendre le salut, pour défendre la dignité de l'homme, de la création, la grandeur de l'homme, de la création. Ce n'est pas un dogme posé d'une façon un peu abstraite. Cela a des conséquences profondes pour la vérité de ce que nous sommes.
Et je voudrais vous lire une phrase de saint Léon qui est comme le décalque de l'oraison de la messe du jour de Noël car saint Léon, parce qu'il voulait dire l'importance de la nature humaine dans le Christ, a été passionné par deux mystères, la Naissance de Jésus, la vérité de sa Naissance, et le Mystère Pascal, la vérité du don total qu'Il a fait de sa vie. Je vous lis donc cette oraison de Noël : "Dieu qui as fait d'une manière admirable la dignité de la nature humaine (l'important : la dignité de cette création) et qui l'as rétablie d'une manière plus admirable encore (le jour de Noël on pense bien sûr à Dieu qui se fait petit enfant et c'est l'Incarnation), donne-nous de participer à la Divinité de Celui qui as voulu participer à notre humanité, Jésus-Christ, Ton Fils, Notre Seigneur." Voyez comme dans cette phrase de saint Léon, tout y est : vérité de la création, vérité de l'Incarnation et vérité de notre salut. Le point focal, le point charnière, c'est la vérité de la chair du Christ. "Christ manifesté dans la chair" dit saint Paul. Si on perd cela, on perd aussi tout le reste. "Christ manifesté dans la chair".
Notre salut n'est pas une gnose, une connaissance. C'est quelqu'un. Voilà pourquoi saint Léon, comme un pasteur vigilant, est monté au créneau. Si dans un mois et demi nous pouvons fêter Noël avec cet éblouissement de savoir que Dieu s'est fait petit enfant, si nous pouvons le fêter avec cette joie, cette plénitude de joie, c'est parce qu'au cinquième siècle saint Léon n'a pas eu peur d'affirmer avec force ces vérités fondamentales.
AMEN