QU'EST-CE QUE LE MONOPHYSISME ?

2 Tm 1,6-14 + 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
St Léon le Grand - (10 novembre 1993)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

'activité du pape saint Léon le Grand a touché à peu près tous les domaines de la vie reli­gieuse. Avant d'être élu pape, il a été archi­diacre de la ville de Rome et il a appris son élection alors qu'il était en voyage. Il connaissait les réalités des pays voisins. Dès son élection, en 440, il ne va pas cesser d'être, au milieu de ses frères, celui qui va affermir leur foi. Il a d'abord eu à lutter, à Rome, contre les traditions païennes qui subsistaient et no­tamment contre les jeux du cirque. Il a conduit avec fermeté son Église locale en même temps qu'il conduisait toute l'Église. Il a lutté contre l'hérésie d'Eutychès, moine d'Orient, qui proclamait que Jésus n'avait en fait qu'une seule nature. Léon écrira une lettre célèbre, "Le Tome à Flavien" Il a aussi défendu sa ville d'abord contre Attila puis contre les Vandales dont il n'a pas pu éviter le pillage. Il a cependant ré­ussi à préserver la population de Rome.

Léon a été vraiment un homme de son temps qu'il a marqué profondément par ses sermons, ses lettres, ses écrits sur la foi en Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme qui vient sauver chacun de ceux qui sont renés de l'eau et de l'Esprit. Je m'arrêterai sur la lettre à Flavien évêque de Constantinople pour essayer de comprendre que Léon a été une sorte de charnière dans la mise en place de la primauté pontificale et de la communion entre les différentes Églises.

Les premiers siècles de l'Église ont été une sorte d'investigation du mystère de Dieu et notam­ment une connaissance de plus en plus profonde de la personne de Jésus-Christ Les différents conciles œcuméniques ont essayé de définir peu à peu qui était réellement Jésus-Christ. La grande difficulté, à l'épo­que de Léon, était de proclamer à la fois que Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Léon le fait de manière ful­gurante en luttant contre le monophysisme, hérésie qui consiste à proclamer qu'il n'y a qu'une seule na­ture en Jésus, que la nature divine a absorbé la nature humaine. Cette hérésie continue avec plus ou moins d'erreurs dans certaines Églises, notamment l'Église arménienne et l'Église jacobite. En écrivant le tome à Flavien, Léon remet les choses en place parce qu'on a fait appel à lui à la suite d'un pseudo concile organisé par Eutychès et appelé le brigandage d'Ephèse en 449. Les légats pontificaux envoyés par Léon avaient été éconduits. Quelques années plus tard, en 451, le concile de Chalcédoine proclame la foi en Jésus vrai Dieu et vrai homme. Léon écrit alors ce qui deviendra par la suite le centre même de la connaissance que l'on peut avoir sur ces deux natures. Jésus assume toute sa divinité et toute son humanité dans sa seule personne.

"La petitesse de l'humanité du Christ a été as­sumée par la majesté, la faiblesse par la force, l'as­servissement à la mort par l'immortalité, Et pour payer la dette de notre condition humaine la nature inaltérable s'est unie à la nature exposé à la souf­france C'est ainsi que, pour mieux nous guérir, le seul médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Jésus-Christ devait d'un côté pouvoir mourir et de l'autre ne pas pouvoir mourir. C'est donc dans la nature inté­grale et complète d'un vrai homme que le vrai Dieu est né tout entier dans ce qui lui appartient, tout en­tier dans ce qui nous appartient. Par là, nous enten­dons ce que le Créateur nous a donné au commence­ment et qu'Il a assumé pour le rénover."

Poursuivant son investigation sur ces deux natures, Léon conclura en disant : "De même que Dieu n'est pas altéré par sa miséricorde, de même l'homme n'est pas anéanti par sa dignité. Chacune des deux natures agit en communion avec l'autre, mais selon ce qui lui est propre. Le Verbe opère ce qui appartient au Verbe et la chair exécute ce qui appartient à la chair. L'un brille par ses miracles, l'autre succombe aux outrages. Et de même que le Verbe ne perd pas son égalité avec la gloire du Père, de même la chair ne déserte pas la nature de notre race humaine. C'est un seul et même être, il faut le dire souvent, vraiment Fils de Dieu et vraiment fils de l'homme, Dieu par le fait que, au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu, homme par le fait que le Verbe s'est fait chair et a établi sa demeure parmi nous."

Jusqu'au cinquième siècle, rien n'avait été dé­fini aussi clairement. Cela a été pour l'Église un grand pas car pour pouvoir approfondir et connaître sa foi, on ne peut rester dans le flou. Léon a préféré cette sorte de précision qui peut paraître au premier abord scolaire mais qui pourtant a éclairé nombre de gens dans la foi. Cette clairvoyance de Léon a permis à l'Église de découvrir le vrai visage du Christ et donc d'approfondir pour elle-même sa vocation et sa sain­teté. Tout le mystère chrétien est à comprendre dans cette découverte du dépôt de la foi reçue des apôtres que nous n'épuiserons jamais en ce qui concerne Jésus vrai Dieu et vrai homme, qui a assumé notre humanité pour que nous soyons divinisés. Rien de Dieu et rien de l'homme n'est laissé pour compte, mais tout est récapitulé en Jésus-Christ en qui nous devons mettre notre foi pour reconnaître l'unique Père dont Il est engendré et l'Esprit qui continue à nous éclairer et à nous faire vivre de cette vie de Dieu.

 

 

AMEN