LE SENS DE LA VRAIE FOI
2 Tm 1,6-14 + 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
St Léon le Grand - (10 novembre 1992)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e voudrais évoquer la figure de saint Léon à travers une année se son pontificat, l'année 451 qui fut pour lui une année terrible ainsi que pour l'histoire de l'Occident. C'est une de ces grandes dates clés dont on ne fait pas tellement mention, du moins pas autant que 1492, mais qui est aussi importante sinon plus. Que s'est-il passé en 451 ?
D'abord le fait qu'Attila, chef de la tribu des Huns, arrive devant Rome et que la seule autorité capable de lui faire face ce n'est pas l'empereur qui avait sans doute pris la fuite, mais c'est le pape saint Léon. C'est depuis cette époque-là qu'on a parlé du pape ou des évêques de l'Église qui, en certains cas, devaient être défenseurs de la cité "defensor civitatis". On critique beaucoup, c'est de mode aujourd'hui et depuis quelques décennies, le fait que l'Église se mêle des affaires politiques. Il est vrai que ce n'est pas son objectif premier, mais lors du siège de Rome par Attila, si l'Église n'avait pas fait face, (la société de l'époque dans ses autorités et ses chefs d'Etat, ne s'en était pas montrée capable), peut-être que la face du monde en aurait été changée. En tout cas c'est un très grand signe de la grandeur humaine et du courage de saint Léon d'avoir réagi là où aucune autorité civile ni pouvoir militaire n'avait pu le faire, et d'avoir ainsi sauvé Rome du pillage. Mais ce n'était pas là le premier souci de saint Léon.
A l'autre bout de la Méditerranée se tenait le concile de Chalcédoine qui a stabilisé définitivement la confession de foi de l'Église dans le mystère de Jésus Christ vrai Dieu et vrai homme. Lorsque saint Léon était jeune secrétaire du pape à Rome, il avait assisté au précèdent concile d'Ephèse en 431 et il connaissait parfaitement tous les débats théologiques qui avaient lieu en Orient. Il est vrai qu'à l'époque ces débats étaient d'un niveau un peu élevé en Orient qu'en Occident. Saint Léon a donc écrit une sorte de lettre, un tome, au patriarche de Constantinople, Flavien. Ce tome à Flavien contient les éléments fondamentaux de la foi de l'Église telle qu'elle a été proclamée par les Pères du concile de Chalcédoine en 451. On a reconnu que les formulations que donnait saint Léon, notamment la phrase-clé, "une seule personne en deux natures" qui est le cœur même de notre foi au mystère du Christ, vraiment Dieu et vraiment homme et pourtant pas deux personnes, pas deux individus mais un seul, exprimait vraiment ce dogme fondamental. C'est donc à saint Léon que nous devons de confesser aujourd'hui la foi droite sur ce mystère du Christ.
En 451 il s'est donc passé des choses importantes pour la vie de l'Église. A la fois elle a su faire face à tous les dangers et les périls que traversait le monde de cette époque-là, et elle a surtout su, à travers la figure d'un seul homme, défendre la vérité de la foi, de la confession du Christ, mort et ressuscité pour nous, d'une seule personne vraiment Dieu et vraiment homme. Et tout cela grâce au courage, au sens de la foi, à la charité et à la sollicitude pastorale d'un seul. Comme quoi c'est parfois dans le mystère même d'une seule personne que tout un peuple peut, sinon être sauve, car nous ne sommes pas sauvés par saint Léon, en tout cas retrouver la plénitude du salut que Dieu veut accorder à ce monde et à son Église.
Nous prierons donc aujourd'hui, par l'intercession de saint Léon, pour que dans les difficultés que traverse aujourd'hui notre civilisation, qui ne sont pas le fait de l'invasion des barbares d'Attila mais qui sont une sorte d'invasion plus difficile à maîtriser, une sorte de destin de l'humanité qui s'interroge profondément sur elle-même et qui ne sait plus trop bien où elle va, qui vit uniquement en ce monde et face à ce monde, nous prierons pour que soient suscités aujourd'hui suffisamment de témoins qui, comme saint Léon, savent à la fois rappeler au monde sa véritable destinée par le témoignage du courage et sa destinée ultime qui est de confesser la vérité même du Dieu sauveur.
AMEN