HEUREUSES LARMES

2 Tm 1,6-14 + 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
St Léon le Grand - (10 novembre 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ans un sermon sur les Béatitudes saint Léon le Grand écrivait : "Après avoir proclamé le grand bonheur de la pauvreté, le Seigneur ajoute : "Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés !" Ces pleurs, mes bien-aimés, n'ont rien de commun avec l'amour de ce monde. Ces lamentations que répand la plainte de tout le genre humain ne ren­dent personne heureux. Les saints gémissements ont un autre motif, les saintes larmes ont une autre cause. La tristesse religieuse pleure ou bien le péché d'autrui ou bien son propre péché."

Il y a, dans ces quelques mots, un peu le ré­sumé de ce qui a conduit toute la vie pastorale et per­sonnelle de saint Léon, l'optimisme foncier dont il faisait part, au milieu des vicissitudes et des tribula­tions dont il était à la fois le spectateur et la victime. saint Léon a toujours affirmé que le chrétien devait se glorifier d'une joie indicible de porter le nom de chré­tien, à cause même du Christ, et que rien, rien, même par les hérésies et encore moins les persécutions, ne pouvait atteindre cette joie. Il disait surtout qu'il ne fallait pas pleurer sur les malheurs de ce monde, mais bien plutôt sur ses péchés, car il savait la véritable efficacité des larmes de ceux qui pleurent sur leurs péchés et non pas sur le monde.

"Telle est la seule tristesse qui ait une valeur religieuse et qui soit légitime, car les maux temporels sont pour Dieu un moyen d'exercer sa justice et sa miséricorde, pour les fidèles une occasion de prati­quer la patience." Et il ajoutait cette chose ferme et difficile et pourtant si belle : "Le péché est donc le seul mal, et le malheur est un bien", affirmant ainsi que le chrétien est engagé dans une lutte sans merci contre son propre péché, et que la seule tristesse qu'il puisse éprouver, c'est à cause du péché et non à cause des malheurs de ce monde.

Nous voilà, à notre tour, placés dans une po­sition véritable de chrétiens qui est de savoir, de s'as­surer, d'être confortés par le salut, de savoir qu'aucun désespoir ne peut atteindre notre confiance en ce sa­lut. Seul notre péché peut nous abîmer. Aucun mal­heur, aucun gémissement, aucune lamentation sur ce monde n'est vraiment chrétienne. Elle va même contre le salut.

Optimisme de saint Léon le Grand qui avait pourtant des raisons de se lamenter vu ce qu'il vivait. Mais il est de ces hommes qui ont toujours affirmé, à cause de la fermeté de la foi qui enracinait leur cœur dans la tradition de l'Église et dans l'Esprit, que rien ne pouvait les ébranler. Une fermeté comme un roc, fruit de leur vie spirituelle, qui les amenait à être, dans ce monde, d'autres rocs et des témoins "de roc" pour ceux qui faiblissaient à cause des tribulations de ce monde.

Exemple pour nous qui, trop souvent, com­mençons nos gémissements par ceux des malheurs du monde et finissons peut-être par les nôtres. Apprenons à renverser, s'il est besoin, nos propres pleurs, en commençant par notre péché. Alors nous atteindrons, peut-être une foi plus solide et plus ferme, en deman­dant la miséricorde de Dieu et nous saurons dans ce monde, être des témoins de la joie et du salut efficace et total.

 

AMEN