JÉSUS-CHRIST VRAI DIEU ET VRAI HOMME

2 Tm 1,6-14 + 2 Tm 2, 1-3 ; Lc 22, 24-32
St Léon le Grand - (10 novembre 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

 

rères et sœurs, pendant le quatrième et le cinquième siècle, les chrétiens ont fait un effort considérable pour essayer de préciser notre foi en la Trinité et en l'Incarnation du Christ. Ce sont les fondements de toute notre vie chrétienne et c'est pourquoi il est extrêmement important que nous sachions nous tourner vers les grands personnages de ces deux siècles pour nous enraciner dans la réflexion de l'histoire de l'Église.

La difficulté d'abord a été de reconnaître dans le Christ et l'Esprit Saint, des personnes pleinement divines, et parfaitement égales au Père. La tentation a été grande de faire du Christ une personne de second rang, et à plus forte raison de l'Esprit Saint, une personne du troisième rang. C'est l'hérésie d'Arius et tout le quatrième siècle a été consacré à mettre au point l'affirmation que le Père, le Fils et l'Esprit sont parfaitement consubstantiels.

Mais alors est apparue une nouvelle difficulté. Si le Christ était pleinement Dieu dans sa personne divine, n'était-il pas aussi pleinement homme dans sa personne humaine ? Une tentation était de dire que le Verbe dans son éternité, vit dans la plénitude de Dieu le Père, mais quand il s'incarne, il vient habiter dans une personne humaine. Jésus serait alors une personne humaine habitée par la présence de Dieu. C'est en réalité réduire Jésus à ce que nous sommes, nous aussi nous sommes des êtres habités par la présence de Dieu. Cette hérésie qui a été avancée par un patriarche de Constantinople, Nestorius, a été combattue par saint Cyrille d'Alexandrie. Sous l'autorité de l'empereur, il a réuni un Concile à Éphèse qui a défini que le Christ dans son incarnation est une unique personne, à la fois divine et humaine.

Une nouvelle difficulté s'est présentée : si le Christ même dans son incarnation est pleinement Dieu et pleinement homme, n'est-ce pas que sa nature humaine est en quelque sorte absorbée dans sa nature divine ? On oscillait d'un excès à un autre, et si l'on avait manifesté la plénitude divine du Christ incarné, on risquait d'éclipser sa nature humaine. C'est pourquoi il a fallu une dernière pierre pour construire cet édifice de notre foi, et c'est le Concile de Chalcédoine en 451, qui a défini que le Christ avait bien une unique personne, celle du Verbe, du Fils, mais deux natures complètes : il était parfaitement Dieu mais aussi parfaitement homme. C'est précisément ce que le pape saint Léon a proclamé dans un document qu'il a envoyé au patriarche de Constantinople qui présidait le Concile, Flavien, et c'est pourquoi de ce texte de saint Léon s'appelle "Le tome à Flavien". C'est un des très grands textes sur notre foi qui veut manifester que la plénitude divine du Christ n'est pas du tout diminuée par sa perfection humaine, et que la perfection de la nature humaine du Christ n'est pas engloutie dans sa divinité. Le Christ est d'autant plus Dieu qu'il est pleinement homme. Il est né comme nous, il a été conçu comme nous dans le sein de la vierge Marie, il a appris comme nous, il a grandi comme nous, il a aimé comme nous, il a souffert comme nous, et il est mort comme nous afin que nous puissions ressusciter comme lui.

Telle est notre foi, telle est la foi dans le Christ Jésus qui est Dieu présent dans le monde, mais Dieu présent sous une forme humaine avec toutes les caractéristiques de cette humanité. Il est pleinement homme comme nous, il nous est entièrement semblable et nous pouvons nous reconnaître dans toutes les dimensions de la vie du Christ, qui, par ce biais, nous communique la participation à sa vie divine, nous devenons ainsi fils de Dieu, parce que Jésus a voulu être Fils de l'homme.

 

 

AMEN