NOS PETITES MORTS
1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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a ville de Rome a le don de réunir sous son même toit plusieurs facettes très intéressantes d'une même réalité qui est celle du martyre. Vous savez tous très bien que le martyre est un mot qui veut parler du témoignage. Aujourd'hui, nous célébrons un certain martyre de l'Église de Rome. Il est vrai que le martyre le plus connu, le plus visible de la ville de Rome est le martyre de Pierre à travers cette basilique extraordinaire, puissante, énorme, magnifique, qui se trouve au-dessus de son tombeau, avec le domaine du Vatican. Mais il y a un autre témoignage, un autre martyre qui me semble aussi intéressant aujourd'hui et que nous célébrons à travers la dédicace de saint Jean de Latran, c'est le rapport toujours difficile entre le spirituel et le temporel, entre la religion et la société, entre l'Église et l'état.
J'aime à me rappeler quand je vais à saint Jean de Latran que le lieu de construction et de fondation de cette basilique n'est pas le don d'un homme pour son Dieu, mais tout simplement, des histoires politiques entre l'empereur Constantin qui a vaincu Maxence, et qui pour punir d'une certaine manière les soldats qui étaient à la solde de Maxence, et qui avaient leur résidence sur le lieu des Laterani, a détruit en fait ce lieu pour y construire cette basilique. Déjà, l'Église est à peine reconnue par l'état, et elle est déjà récupérée par l'état, elle est déjà utilisée par Constantin pour l'expression de sa puissance et de sa politique. Je trouve qu'il est très intéressant d'avoir ainsi le lieu même de la fondation du diocèse de Rome dans un endroit pareil.
Saint Jean de Latran est là devant nos yeux comme pour nous rappeler justement la tentation de la compromission. C'est vrai, nous pourrions dire que nous ne sommes pas évêques, nous n'avons pas de responsabilités ecclésiales, donc nous n'aurons jamais la tentation d'être au service de pouvoirs politiques et de nous en servir pour notre propre idéologie. Mais il ne s'agit pas uniquement aujourd'hui de réfléchir sur le rapport entre l'Église et l'état, il s'agit aussi de réfléchir sur la manière dont dans notre propre cœur et dans notre vie spirituelle, nous vivons cette compromission à la fois entre cette exigence de l'évangile, qui va jusqu'au don du martyre, jusqu'au témoignage que nous avons à donner dans toute notre vie, à travers la société, dans le monde actuel, et notre vie parsemée de compromissions, où nous essayons souvent d'utiliser la Parole de Dieu pour notre propre satisfaction, un peu en fait ce qu'a fait Constantin pour sa politique.
Frères et sœurs, que saint Jean de Latran soit pour nous une autre facette de ce martyre, non pas un martyre "rapide" qui est la mort dans un cirque, mais au contraire, ces petites morts que nous vivons au jour le jour, cette mort lente que saint Jean de Latran nous rappelle, la manière dont nous avons détourné l'évangile pour notre propre profit.
AMEN