LE TEMPOREL ET LE SPIRITUEL
1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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uand on pense Rome, généralement, on voit tout de suite la place saint Pierre qui nous accueille avec ses deux grands bras, on pense à cette basilique magnifique, la basilique saint Pierre, tellement immense et en même temps si harmonieusement proportionnée, qu'on n'a même pas l'impression de grandeur quand on y est. Tout y est beau et calme, on vient célébrer l'eucharistie au petit matin, les servants de messe glissent dans cet espace silencieux et lumineux, des prêtres s'activent autour des autels. C'est ainsi que très facilement, on s'imagine que le lieu de l'évêque de Rome, du pape, de Jean-Paul II, son lieu de référence est ce lieu de la basilique saint Pierre de Rome. D'autant plus qu'il est successeur de Pierre et que c'est en ce lieu que Pierre a été martyrisé. On y trouve donc une unité harmonieuse, à la fois dans ses origines qui plongent dans la mort d'un homme qui a préféré mourir plutôt que de renier sa foi, et cette harmonie du sang des martyrs, de l'annonce de l'évangile, de l'annonce du salut de Dieu qui se prolonge dans cette même unité, cette même beauté, à travers l'art.
Pourtant, même si esthétiquement j'aime beaucoup saint Pierre de Rome, il y a peut-être mon côté chrétien et aussi, il faut le dire, mon côté pécheur, qui me fait préférer d'une certaine manière, l'histoire du Latran. Pourquoi ? C'est vrai que la basilique du Latran n'a pas cette chance d'être fondée sur le martyre d'un homme. Elle n'a pas à s'enorgueillir de plonger ses racines dans l'histoire d'un homme qui a donné sa vie pour le Christ. L'histoire des origines du Latran est beaucoup plus prosaïque, plus floue, dans le péché, c'est un homme, un empereur qui s'appelle Constantin, qui n'a rien trouvé de mieux que de se battre contre une autre famille romaine et qui pour la punir, lui a volé son territoire, sa maison, son terrain. Constantin décide alors de donner ce terrain à l'évêque de Rome, au pape qui à l'époque n'était pas grand-chose. Apparaît ici déjà le lien dans la lutte entre le temporel et le spirituel, dans le fait que nous voulons absolument tout régenter, l'empereur veut régenter le monde et le spirituel, et nous aussi très souvent dans notre vie spirituelle, nous voulons régenter selon nos propres désirs et volontés, ce que Dieu devrait nous dire, c'est-à-dire avoir sous notre coupe, Dieu, le Christ et ses saints comme Constantin voulait avoir sous sa coupe l'Église de Rome. Ce qui est très beau, c'est que même si ses racines sont plutôt pécheresses, sont même un peu sales, et nous font un peu mal, quand on reçoit cela dans la figure, je crois que ce qui est beau, c'est que l'église de Rome, la cathédrale de Rome, le lieu où le pape est évêque de Rome plonge ses racines dans cette histoire. L'homme qui est chargé de faire l'unité des chrétiens, de les mener vers le salut auquel ils sont tous appelés, ce pape exerce dans un lieu qui a cette histoire particulière. C'est un peu cet appel qui nous est lancé à travers ce refrain du psaume que nous chantions tout à l'heure : "Dieu nous appelle du fond de nos ténèbres à son admirable lumière". Il ne s'agit pas de penser que tout est beau, que tout est esthétique du début à la fin, de nous lamenter en disant que nous aimerions que notre vie spirituelle soit plantée dans des origines aussi nobles que saint Pierre donnant sa vie à Dieu. Seigneur, nous aimerions tellement donner notre vie pour toi, et nous inventer un scénario dans lequel nous serions les héros. Il s'agit plutôt tout simplement de constater quelle est l'origine de notre foi, de notre vie spirituelle, de l'accepter, et de nous décrisper, de ne pas faire comme Constantin en pensant que nous avons les moyens de contrôler la situation, et accepter au fur et à mesure que ce soit Dieu qui, par sa grâce, nous donne cette unité entre ce que nous sommes et entre ce qu'Il veut que nous devenions pour Lui.
AMEN