L'ÉGLISE QUI PRÉSIDE À LA CHARITÉ

1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, je lisais récemment une revue de presse consacrée au phénomène récent des JMJ de Rome, et un des points que relevait un grand nombre de participants à leur manière, comme aussi de commentateurs et d'observateurs c'était le phénomène de mondialisation que représentait ces JMJ. Plus de cent soixante nations, je crois étaient représentées, avec deux millions de jeunes à Rome, mais l'important n'est pas d'abord ce nombre, même s'il est tout à fait remarquable, l'important, c'est la rencontre de jeunes de toutes les nations du monde, ainsi rassemblés et d'une certaine manière prenant conscience de ce qu'est l'humanité du monde entier, et plus précisément de ce qu'est l'Église du monde en­tier. Bien sûr, cela pourrait être simplement un phé­nomène de pacification, mais on avait pris soin de ce que les rencontres universelles de Rome soient précé­dées par un séjour de chaque délégation dans l'un ou l'autre diocèse d'Italie, de telle sorte qu'il ne s'agisse pas simplement d'un effet de masse, mais d'une rencontre véritable entre Églises. Ce que les jeunes ont découvert c'est non seulement qu'ils étaient répandus dans le monde entier, mais que les uns avec les autres, dans leur diversité, dans leur complémenta­rité, ils constituaient au niveau de la foi comme au niveau de la charité, une communion, c'est-à-dire, une unité d'éléments différents, qui tout en gardant leurs différences, se rejoignent, se complètent, se ren­contrent, s'enrichissent mutuellement.

Le fédérateur, ou le catalyseur, ce sont les ex­pressions qu'emploient les articles de la presse, c'est évidemment le Pape Jean-Paul II, à cause de son cha­risme personnel, un charisme qui est fait de valeurs qui manifestement prennent une grande importance aux yeux de ces jeunes : la fermeté pour affirmer ce qu'il croit, à temps et à contretemps, que ce soit à la mode ou pas, la fidélité à la personne du Christ et aussi, cet élément est souligné parce qu'il est impor­tant, la confiance qu'il manifeste à l'égard de ces jeu­nes, dont il sait bien qu'ils ne partagent sans doute pas toujours toutes ses convictions, et en tout cas que leur vie ne correspond pas toujours exactement à ses convictions, mais la confiance qu'il leur fait pour être ceux qui vont bâtir le monde et l'Église qui vient. Alors, je crois que ceci souligne ce que signifie notre fête d'aujourd'hui. L'Église de Rome dans ces mani­festations comme ces JMJ n'apparaît pas comme la gardienne pure et dure de la doctrine dogmatique ou morale, bien sûr, il faut qu'elle soit cela aussi, même s'il n'est pas toujours souhaitable que ce soit dur tout en étant pur, mais elle apparaît très exactement ici comme ce que disaient les Pères de l'Église les plus anciens, celle qui préside à la charité, celle qui a le rôle de permettre à toutes les autres Églises de se ren­contrer, de s'unir, de communier les unes avec les autres. Bien sûr, cela ne remplace pas la quotidienneté de la vie de l'Église, cela ne remplace pas la réalité vocale de la communauté chrétienne, et peut-être que beaucoup de ces jeunes qui se rassemblent ainsi à Rome après avoir participé à Paris ou à Chestokowa, un peu partout dans le monde, ces jeunes ont encore pas mal de chemin à parcourir pour comprendre cette quotidienneté et cette localité de la communauté chrétienne, mais il est remarquable que cet universa­lisme dont ils sont les témoins et en même temps les acteurs, cet universalisme ne se présente pas comme l'effacement des particularités, des différences, des complémentarités de cette communion dans la charité.

Je crois que là nous voyons à l'œuvre de façon très concrète et précise, ce qu'est le rôle fondamental de cette Église de Rome par rapport à toutes les Égli­ses du monde, à cette Église Universelle c'est d'être celle qui fédère, permet et organise cette rencontre dans toutes ses dimensions, cette rencontre de com­munion, de connaissance et d'amour entre les diverses Églises. Nous n'avons peut-être pas encore assez conscience de cette universalité et de cette quotidien­neté non seulement des affaires humaines, mais au cœur de ces affaires humaines, de notre foi et de l'Église qui est notre mère et qui nous rassemble. Je crois à ce rôle de l'unité de l'Église autour de Rome et que d'être ainsi le lieu de la découverte et le lieu de l'expérimentation vécue, de ce dépassement des limi­tes, des habitudes, des occupations, des certitudes que nous avons, pour une sorte d'échange nourrissante, profondément enrichissante par lequel se dessine au cœur de chacun d'entre nous, et au cœur de chacune de nos communautés, cette dimension de l'universalité qui n'est pas l'uniformité mais qui est communion.

Qu'en fêtant la cathédrale de l'évêque de Rome, c'est-à-dire la chaire, le lieu où réside celui qui préside à la charité de toutes les Églises, nous célé­brions ainsi cette découverte dans le cœur des jeunes, et dans le nôtre aussi, de la vraie universalité de la communion de l'Église, totale.

 

 

AMEN