MYSTÈRE DE FÉCONDITÉ

1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 1998)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


I

l est bon que par les fêtes nous revenions parfois à ces éléments fondamentaux qui constituent notre foi, et qui nous permettent de mieux réali­ser ce que signifient pour nous vivre en chrétiens. La Basilique de saint Jean de Latran qui est vraiment la cathédrale de Rome, qu'est-ce que c'est ? c'est d'abord un baptistère. Car toute église, toute église particulière que ce soit celle de Rome ou que ce soit celle d'un autre endroit, d'une autre ville, c'est d'abord un baptistère.

Aujourd'hui, nous avons relégué le baptistère dans un coin de l'église, quand il n'est pas mobile, mais en réalité, dans toute la tradition ancienne, jus­qu'au Moyen Age, on rencontre ces magnifiques bâ­timents qui sont des baptistères, parce que c'était là que l'on considérait véritablement le surgissement de l'Église, car la nature profonde de l'Église est d'être baptismale, c'est d'être ce lieu où naît le peuple consa­cré, le peuple de Dieu. Et donc, que ce soit Rome, que ce soit une autre église, ce qui est important, c'est qu'il y ait ce lieu dans lequel la célébration même fait sur­gir à Dieu de nouveaux enfants ? Et par conséquent, la caractéristique fondamentale de l'Église c'est d'être mère, parce qu'elle enfante, qu'elle donne la vie, parce qu'elle transmet les éléments de la vie chrétienne.

En célébrant saint Jean de Latran comme nous fêtons n'importe quelle autre église locale, nous fêtons le mystère de la fécondité, de la maternité de l'Église, cette maternité n'est pas sans difficulté, car comme nous le rappelle l'évangile d'aujourd'hui, il y a des moments où Jésus est obligé de chasser les ven­deurs du temple. Cette Eglise, cette mère vit dans un monde, sur une terre, vit dans une société et à tout moment, on a l'impression que ce lieu dans l'Église, ce lieu du surgissement de la vie divine, est encombré de pas mal de vendeurs de pigeons, de colombes de changeurs de pièces d'argent, c'est la vie des pécheurs que nous sommes, c'est que nous passons plus volon­tiers notre temps à pratiquer la vente des animaux et l'échange des pièces d'argent, plutôt que d'assister à ce surgissement de la vie baptismale.

Pourtant, et c'est ce qui est merveilleux, c'est que même si cette Eglise est un lieu dans lequel sont rassemblés des pécheurs, il n'empêche qu'elle a les promesses de cette sanctification. C'est la raison pour laquelle nous avons entendu tout à l'heure le passage de l'épître de Paul expliquant ce que c'est que le Tem­ple, c'est-à-dire une demeure établie sur un fondement qui est le Christ, cette demeure c'est nous. Nous sommes le Temple de Dieu. Par conséquent, dans cette fête de la Basilique de saint Jean de Latran nous fêtons la consécration de l'église la plus ancienne de l'Occident, pas la plus ancienne puisqu'il y a eu celle de Jérusalem et d'Antioche, etc... bien avant, mais pour nous, celle de Latran, c'est l'Église mère et nous fêtons ce mystère par lequel dans sa fécondité, l'Église de Rome est appelée à être ce prototype de la gestation de toute la vie de tous les chrétiens.

Alors, qu'en célébrant cette fête, nous es­sayons de retrouver ce que le concile Vatican II a pu réveiller au cœur même de l'Église catholique, ce sens de la vie baptismale, ce sens de la consécration, ce sens de notre appartenance à Dieu, même si nous sommes des pécheurs, parce que nous sommes véritablement le Temple de Dieu, et le lieu de la manifestation de sa présence au cœur de ce monde.

 

AMEN