L'ÉGLIS EST UNE ŒUVRE VIVANTE

1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

orsqu'on décide de dédicacer un livre qu'on vient d'écrire, on veut signifier que ce livre a été écrit à cause d'une personne et que, fina­lement, ce livre lui revient en première main. Mettre sur la première page blanche d'un livre le nom d'un ami ou d'un parent, c'est reconnaître qu'il est à la fois à l'origine et à la fin de ce livre. C'est pourquoi nos églises, à un degré évidemment bien plus fort, sont dédicacées, sont donc consacrées à Dieu. L'Église vient de Dieu et elle retourne à Dieu. C'est pourquoi toute église est consacrée. Toute consécration d'église rejoint la dédicace, la consécration de la première église que nous fêtons en ce jour, l'église de Rome. En quelque sorte la consécration d'une église n'a de sens que par rapport à cette première consécration, c'est-à-dire cette relation avec Dieu qui est à la fois l'origine et la fin de toute chose, donc de toute église.

Mais s'ajoute une autre réalité, en quelque sorte une double dédicace. Non seulement c'est sous la dépendance, à cause de Dieu, à cause du salut que nous édifions ces basiliques, ces églises de pierre, pour chanter et vénérer le Seigneur, mais aussi pour figurer notre propre édification personnelle. Ainsi s'il nous fallait écrire une dédicace d'église, il faudrait l'écrire non seulement à Dieu mais aussi à nous qui sommes les édificateurs de ces églises d'aujourd'hui.

En effet, vous avez entendu dans l'épître de saint Paul, ce long passage qui nous décrit comme des constructeurs, plus encore comme des cofondateurs. Et il nous demandait de faire attention à ne pas mêle r le foin, la paille, le bois, l'or et l'argent puisque ces pierres vivantes vont passer par le feu et que seuls l'or et l'argent se purifieront au contact de ce feu alors que tout le reste brûlera et disparaîtra. Nous, les secondes personnes auxquelles sont dédicacées ces églises, nous sommes donc invités à une construction, à une édification. Nous sommes actuellement dans le temps de l'Église, dans le temps de son édification, nous ne sommes plus exactement au temps de la fondation, dans le temps de l'euphorie des premières pierres qui étaient les apôtres serrés et scellés autour du Christ, pierre de fait rejetées et pourtant pierres fon­damentales de l'Église, Nous sommes à travers les voûtes ou dans les volutes ou les chapiteaux, diffé­rentes pierres et nous participons à l'édification. Et il est possible que le temps nous paraisse long. Evi­demment lorsqu'on construisait des cathédrales, après l'euphorie des premiers plans de l'architecte qui ras­semblait ses équipes, il fallait plusieurs années d'usure et de patience pour que ces édifices voient le jour. Nous sommes dans ce temps-là.

Mais, ce que nous apportons décidera de notre éternité c'est-à-dire que ce en quoi nous sommes des pierres vivantes c'est ce en quoi nous participons à l'Église comme œuvre vivante. C'est notre œuvre, c'est notre façon d'entrer dans l'Église qui décidera de ce que nous sommes. Lorsque tout passera au feu, seul l'or ou l'argent restera. Alors, en fêtant l'anniver­saire d'une dédicace, nous rappelons donc non seule­ment que Dieu nous surplombe de sa majesté et que toute chose part de Lui et revient à Lui, mais nous fêtons d'abord notre propre vocation, notre propre destinée. Nous avons donc à nous remettre au travail, à l'œuvre, pour que de nos mains sorte plus sûr, plus mûr, plus purifié le Royaume qui passe par nous. Car si Dieu a voulu que les églises dans lesquelles nous célébrons l'Église que nous formons lui soient dédiées mais aussi nous soient dédiées c'est pour qu'avec Lui nous formions un seul corps et qu'il n'y ait pas parmi nous des êtres étrangers, mais que tous ensemble nous formions cette même famille que le Christ est venu rassembler autour de Lui pour la ramener vers le Père.

 

 

AMEN