LE TEMPLE DE SON CORPS

1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

D

ans ce passage d'évangile la phrase décisive est celle-ci : "Jésus parlait du temple de son corps." En effet, le corps de Jésus est pré­sence de Dieu dans le monde et comme tel il prend la place du temple de Jérusalem qui était censé être le lieu de la présence de Dieu au milieu des hommes. Ce qui n'était qu'une image, parlant du temple de Jérusa­lem, devient réalité dans le corps du Christ car c'est bien Dieu en personne qui s'est fait homme et qui, par conséquent, désormais est le lieu de rencontre entre l'homme et Dieu, entre les hommes et Dieu.

Mais pourquoi lire ce texte au jour de la dédi­cace de l'église Saint Jean de Latran à Rome où nous méditons le mystère de l'Eglise ? L'Église, comme nous le dit saint Paul, est le corps du Christ. Si le corps du Christ est le temple nouveau, le lieu de la présence de Dieu parmi les hommes, l'Église c'est-à-dire non pas un bâtiment fût-ce la cathédrale de Rome, mais l'Église c'est-à-dire l'ensemble des chré­tiens est le corps du Christ et donc le lieu de rencontre entre Dieu et les hommes. En effet, non seulement saint Paul affirme à plusieurs reprises "nous sommes le corps du Christ" que l'Église est le corps du Christ mais il en donne la raison. L'Église est l'Epouse du Christ. Le Christ a épousé l'humanité. L'humanité épousée par Dieu, c'est l'Église. C'est la définition même de l'Église. C'est l'humanité en tant qu'elle est épousée par Dieu et donc sanctifiée par l'amour de Dieu. Or, comme le dit saint Paul dans l'épître aux Ephésiens, "aimer son épouse c'est s'aimer soi-même. Le mari doit aimer son épouse comme son propre corps. personne ne hait sa propre haïr, on la nourrit au contraire et l'on en prend soin. C'est précisément ce que le Christ fait pour l'Église. Ne sommes-nous pas les membres de son corps ?"

C'est donc parce que l'Église, c'est-à-dire nous-mêmes, est la bien-aimée du Christ c'est-à-dire parce que nous sommes épousés dans la profondeur de notre être par le Christ c'est-à-dire par Dieu venu à notre rencontre dans notre humanité, parce que nous sommes aimés d'amour par Dieu, nous devenons le corps de Dieu, comme l'épouse est le corps de son époux. Nous sommes le corps de Dieu, c'est-à-dire que cette présence de Dieu dans la chair du Christ rayonne dans notre propre chair. Il y a une continuité de notre chair avec la chair du Christ et cette présence divine que le Christ a instaurée sur la terre en se fai­sant homme, se continue à travers nous.

Nous sommes présence de Dieu. Nous som­mes nourris de la chair du Christ. Nous allons tout à l'heure encore nous nourrir de la chair du Christ et se nourrir c'est assimiler l'aliment. En nous nourrissant de la chair du Christ, nous assimilons la chair du Christ pour qu'elle devienne notre chair ou plus préci­sément pour que notre chair, ensemencée par la chair du Christ, devienne participation à la chair du Christ. C'est ce qui est d'ailleurs en nous la semence de la Résurrection à venir. Participant à la Résurrection du Christ notre chair ressuscitera parce que, dès mainte­nant, elle est ensemencée par la chair du Christ res­suscité.

Mais le mystère sur lequel je veux attirer vo­tre attention c'est que notre chair, parce que nourrie de la chair du Christ, parce que devenant chair du Christ, est chargée de rayonner dans la monde la présence du Christ c'est-à-dire la présence de Dieu. Cela veut dire que le monde, tout ce qui nous entoure, les hommes qui nous entourent ont le droit de trouver en nous la présence de Dieu. Ils sont en droit de nous demander la présence de Dieu. C'est notre mission comme Église et vous et moi, dans la communion qui nous unit, chacun nous sommes l'Église. L'Église n'est pas ailleurs, elle est là, en nous. Elle est répandue dans le monde entier à travers tous les chrétiens qui en sont les membres. C'est donc en nous rencontrant que les hommes, que le monde pourra rencontrer Dieu. C'est là notre mission, quelque chose d'extraordinaire et en même temps d'infiniment exigeant. En nous ren­contrant on ne rencontre pas seulement Pierre, Jac­ques, Jean ou Paul, mais on rencontre un disciple du Christ qui est tellement aimé par le Christ que le Christ fait corps avec lui et que qui voit ce disciple voit le Christ, qui rencontre ce disciple rencontre Dieu. Oui, nous pouvons être présence de Dieu. Nous ne pouvons pas faire n'importe quoi, donner n'importe quelle image de nous-mêmes, car nous sommes, nous devons être l'image de Dieu. C'est la grandeur du chrétien, c'est sa responsabilité, c'est ce qui, devant Dieu, nous condamne si souvent parce que nous sommes très loin de cette mission. Bien souvent, en nous rencontrant, on rencontre un visage très dé­formé, très défiguré, très pauvre, très misérable. Cer­tes ce ne sont pas nos vertus, ce ne sont pas nos capa­cités, mais c'est notre ouverture, notre transparence à la grâce de Dieu qui doit faire qu'on puisse, humble­ment, à travers nous, voir le visage de Dieu. Il faut que nous soyons assez humbles et dépouillé de nous-mêmes, assez pauvre pour que le visage de Dieu puisse transparaître à travers nous, que nous ne soyons pas opaques à cette présence.

Que cette fête nous remette en face de la mis­sion qui nous est donnée pour que nous laissions l'Es­prit de Dieu façonner en nous cette ressemblance qui nous permettra de le laisser transparaître.

 

 

AMEN