LE ZÈLE DE TA MAISON ME DÉVORE

1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 1982)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

es disciples avaient bien raison de se remémorer cette parole de l'Écriture lorsqu'ils voyaient Jésus chasser les vendeurs du Temple, ils ne croyaient pas si bien penser, si bien se souvenir. Car lorsqu'on lit ce verset, on pense à une sorte de passion pour l'Église de la part du Christ, comme un chef d'entreprise est passionné pour l'affaire qu'il a montée. Nous pensons à une sorte d'intérêt très vif qui prend tout son temps, qui prend toute sa vie, qui fait qu'un homme, lorsqu'il est passionné pour collectionner quelque chose, irait jusqu'au bout du monde pour trouver la pièce manquante à sa collection.

En réalité "le zèle de ta maison me dévorera" est encore bien plus fort que cela Car c'est véritablement la mort du Christ qui est prophétisée, au sens qu'Il est littéralement dévoré par le zèle, c'est-à-dire le feu même de l'amour qu'Il a pour les hommes. C'est cela qui fait la grandeur et le prix de l'Église. L'Église n'est pas bâtie simplement par une sorte d'amour extérieur de Dieu, mais sur un amour qui va jusqu'à s'anéantir dans la mort, pour qu'il devienne véritablement le ferment de la vie, le lien de l'édifice nouveau. Ainsi dans cet épisode des vendeurs chassés du Temple, nous trouvons les deux dimensions fondamentales de l'Église.

L'Église est à la fois l'amour du Christ détruit, anéanti pour que l'édifice soit construit et l'amour du Christ transfiguré, ressuscité, qui resplendit dans la gloire et qui, par conséquent, resplendit sur le visage de cette Épouse qu'est l'Église. Vous savez que dans toute la tradition, le parallélisme s'est spontanément imposé à l'esprit des croyants entre l'énigme de la solidité d'une demeure, qui fait qu'une maison tienne debout en équilibre sur ses bases, et le mystère de l'Église qui est construite par le Christ. Et, nous le savons, ce qui fait qu'un édifice tient debout, c'est parce qu'il est équilibré et que le centre de gravité, la gravité même, le poids des pierres s'appuyant les unes sur les autres, lui donne sa solidité et sa cohérence. Mais pour l'édifice spirituel, pour les pierres vivantes que nous sommes, ce qui est très mystérieux c'est que le lien, le ciment qui existe entre les pierres, ce qui fait qu'elles tiennent ensemble n'est pas exactement de la même nature que les pierres.

C'est bien cela le mystère de l'Église. Ce qui fait que nous tenons ensemble, que nous formons ensemble un édifice spirituel, c'est autre chose que nous-mêmes. Si nous voulions simplement bâtir ensemble une tour, ce ne serait pas une Église, ce serait n'importe quoi, un parti, une société, une nation, tout ce que l'on voudra de beau, de noble selon le niveau et la profondeur avec laquelle les fondations sont posées, mais ça ne donnera jamais une Église. Car le ciment, le lien, ce n'est pas l'amour humain, c'est l'amour de Dieu livré pour nous, mort, dévoré, consumé. Et ensuite, ce même amour vivant ressuscité pour les siècles.

En ce jour où nous fêtons la dédicace de la mère de toutes les Églises, la cathédrale du Latran, la cathédrale du pape, demandons au Seigneur qu'Il nous accorde la grâce de comprendre avec quel lien nous sommes unis à Lui et nous sommes unis les uns aux autres. Que ce lien c'est son amour, et seulement après, notre amour transfiguré par son amour. Notre amour en tant qu'il se donne à Lui, mais surtout notre amour en tant que Jésus se donne à nous. Notre amour en tant qu'il est appelé à ressusciter avec le Christ et surtout notre amour en tant que le Christ vient déjà y déposer les germes de sa Résurrection, et la plénitude de son amour.

 

AMEN