MARCHANDS DU TEMPLE
1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Jérusalem : Fouilles au pied du pinacle
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uelle merveilleuse page de doctrine sociale de l'Église, ce Jésus révolutionnaire, qui ressemble à un Che Guevara, le fouet au poing et qui fustige le grand capitalisme international de l'époque et la juiverie qui a concentré toutes ses richesses au Temple de Jérusalem, avec en prime la passion de la colère. Pourtant cela n'a rien à voir. En effet, ce dont il est question dans cette scène, ce n'est pas une colère de Jésus. Ce dont il est question, c'est la nature profonde de l'Église, la nature profonde du peuple de Dieu. L'évangéliste saint Jean nous met déjà sur la piste en nous disant que cet épisode dans lequel Jésus agit avec une certaine force, ne peut se comprendre qu'en référence à la résurrection, à sa résurrection. En effet, c'est après que les disciples ont compris le sens de la parole du Christ : "Détruisez ce temple et en trois jours, je le rebâtirai ", il s'agit du temple de son corps.
Ce qu'est l'Église, c'est précisément ce peuple dans lequel il y a, parce que nous en sommes tous, des marchands du temple. Il ne s'agit pas de s'imaginer que l'Église vit dans une sorte d'extériorité par rapport au monde et que nous aurions à instaurer un autre ordre que celui du commerce du Temple. En réalité, déjà, dans notre cœur, il y a ce trafic de moutons, de bœufs, de monnaie, pour les changeurs de toutes sortes. Mais le Christ vient, au cœur de nous-mêmes, et à ce moment-là, Il commence à exercer le jugement, c'est-à-dire qu'Il nous prend là où nous sommes, et c'est le "Jour du Seigneur" à proprement parler. C'est pour ça que le Seigneur a voulu accomplir ce geste au moment proche d'une Pâque. Parce que c'est le moment où le Jour du Seigneur s'accomplit. C'est le moment où le Christ bouleverse le plus profond de notre cœur pour nous faire comprendre que nous sommes la maison de Dieu et le temple du Dieu vivant, et qu'à ce moment-là dans la mesure où il a manifesté sa sainteté, où Il a pris possession de nous-mêmes, en nous purifiant de notre péché, alors Il peut, même si nous sommes brisés, par tout le péché que nous avions commis, Il peut ressusciter et nous ressusciter.
Ce qui est extraordinaire c'est que la prophétie de la résurrection, une des prophéties les plus claires de la résurrection du Christ, se soit accomplie au milieu de ce charivari et de ce chahut des hommes et des animaux qui étaient là comme bouleversés, stupéfaits, renversés par la présence de Dieu. En réalité, cette scène des marchands du Temple est véritablement une Théophanie. C'est la puissance de Dieu qui apparaît dans ce monde, en apparence indifférent, qui continue à poursuivre tranquillement ses affaires. Et bien l'Église, c'est cela.
Nous sommes ce peuple et l'Église de Rome est aussi ce peuple. Toutes nos Églises sont ce peuple dans lequel nous continuons, bien que nous ayons été purifiés par la grâce de notre baptême, à mener nos affaires quotidiennes. Il faut que le Seigneur, à certains moments, fasse apparaître son Jour, et même à certains moments, qu'Il nous fasse violence, qu'Il agisse avec une certaine brutalité, pour qu'à ce moment-là nous comprenions à quel point le zèle de la maison de Dieu, c'est-à-dire le zèle de chacun d'entre nous dévore le cœur de Dieu. Voilà ce que c'est que l'Église. C'est Dieu dont l'amour est brûlant, dont l'amour est zélé, dont l'amour est dévorant pour sa maison que nous sommes.
Mais le Seigneur, en venant en toi, par l'eucharistie, par son corps et son sang, vient te faire grandir. Ce corps et de sang que tu vas recevoir aujourd'hui, pour la première fois, et que tu recevras encore, de dimanche en dimanche, va faire grandir en toi la vie de Jésus. Petit à petit cette vie de Jésus va devenir plus profonde, plus intense, plus vraie. Et tu verras, d'ailleurs, ces prochains jours, que cette communion te donne non seulement une joie très grande, mais aussi va te procurer, va te donner, des grâces, des dons plus grands encore. Car la présence du Seigneur Jésus en nous, qui vient à travers quelque chose de petit, un peu de pain et un peu de vin, accomplit une oeuvre très grande, accomplit ce Salut que tu connais, accomplit ce pardon des péchés en toi, accomplit cette vie qui petit à petit va grandir comme une plante que l'on ne voit pas d'abord, mais qui germe, qui est fécondée dans la terre, et qui un jour sort de la terre, grandit et porte du fruit.
C'est cela que Jésus a fait pour toi aujourd'hui. Je sais que tu le désires. Je sais que tu l'as demandé. Mais, avant ton propre désir de recevoir Jésus, il y avait déjà le désir de Jésus de venir vers toi. Ton désir rejoint son désir à Lui qui est premier. Ce sont ces deux désirs qui vont devenir cette communion que tu vas faire, cette commune union. Tu vas partager son pain, tu vas manger son corps et désormais Dieu et toi, Jésus et toi, deviennent une seule chair, deviennent une seule vie. C'est un grand mystère. On dit que c'est un mystère parce que, même si on peut l'expliquer un petit peu, on ne comprend pas tout. Mais ce n'est pas nécessaire de tout comprendre. Il suffit simplement de savoir et de croire que Dieu nous aime, que Jésus est proche de nous, qu'Il n'est pas simplement à côté de nous, Il est en nous. Pour nous le montrer de façon visible il nous fait ce don merveilleux, ce cadeau merveilleux de son corps et de son sang, pour qu'il puisse habiter et vivre en nous et pour qu'il puisse nous aimer "de l'intérieur".
Alors, si tu veux, avec toi, aujourd'hui, nous tous qui communions souvent et quelquefois peut-être par habitude, même si notre désir est quand même de rencontrer le Seigneur, aujourd'hui, nous allons essayer d'éveiller, à cause de ta première communion, d'éveiller en nous ce désir de recevoir régulièrement le corps et le sang du Seigneur et de nous ouvrir davantage au désir qu'a Dieu de nous rencontrer sans cesse, pour faire fructifier en nous le don qu'Il veut sans cesse nous faire. Ensemble préparons-nous à recevoir cette eucharistie, accompagnons Cécile de toute notre prière, de toute notre affection, Cécile qui prend place, qui prend sa place au repas du Seigneur.
AMEN