RETROUVER LES FONDATIONS
1 Co 3, 9-17 ; Jn 2, 13-22
Dédicace de St Jean de Latran - (9 novembre 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
Olympie : Pierre de fondation
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Corinthiens trop humains, ô Corinthiens qui nous ressemblent tellement. Ils sont là à se diviser, l'un est pour Apollos, l'autre pour Paul. Ils ont chacun leur recteur, ils ont chacun le personnage charismatique qui les a introduits à la foi, qui les a baptisés, qui les a conduits plus loin. Et ils se chamaillent sur des personnes, et ils se trompent sur ces personnes. C'est pour cela que saint Paul veut absolument remettre les choses en place. S'il a planté, un autre a arrosé, s'il a posé le fondement, un autre a bâti dessus sans oublier la coopération de chacun ; sans oublier que pour tout le monde, nous-mêmes, nous participons à cette construction. Le parcours est simple : Paul a posé le fondement, il n'y a pas d'autre fondement à rechercher que le Christ, qui est la pierre angulaire, cette pierre sur laquelle repose tout l'édifice, et une maison s'est construite dessus ou bien elle s'est effondrée.
Une maison s'est construite dessus. Pensons à la maison que nous avons construite, pensons à ce temple de Dieu que nous sommes chacun. Pensons qu'à certains moments, tout a semblé s'effondrer, pensons qu'à certains moments, une parole, une célébration, un moment de notre vie a permis de poursuivre cette construction. Mais pensons aussi à ceux qui n'ont plus que les fondations. Pensons à ceux que nous connaissons. Personnellement, je les rencontre à l'hôpital, en préparation de baptême ou de mariage, à différentes occasions, et ils disent : j'ai été baptisé, puis j'ai été au catéchisme, et puis, tout s'est arrêté. J'ai fait ma profession de foi, j'ai fait ma seconde communion, comme on dit, et puis, tout s'est arrêté.
J'ai l'impression quelquefois de visiter des ruines, comme ces ruines de Corinthe, où il ne reste plus que la fondation. C'est à nous d'être des archéologues, c'est à nous d'avoir cet infini respect pur ces fondations qui sont encore dans telle ou telle personne. Ces fondations sont saintes, c'est le baptême qui les a fait entrer dans la vie de Dieu. C'est vrai que nous ne discernons plus qu'une forme. Et l'on voudrait avoir assez d'imagination pour représenter cette maison qui aurait dû être construite sur ces fondations qui auraient dû supporter un édifice, une personne qui aurait pu participer à l'Église. Mais il nous fait nous confronter au réel, il nous faut accepter de n'avoir que des fondations quelquefois sans nous projeter sur ce qu'aurait pu faire la grâce de Dieu en cette personne. Car le pathétique de l'histoire, c'est que ce sont des personnes extrêmement généreuses, ce sont des personnes qui ont beaucoup de qualités, artistiques, professionnelles, et l'on regrette que ces qualités n'aient pas été mises au service du Seigneur.
Alors, on est là avec notre regret, avec notre infini respect. Je crois qu'il faut leur dire ce respect, leur rappeler la grandeur de cette pierre de fondation qui est posée dans leur cœur. C'est la première chose. Il ne faut pas hésiter à rappeler cette grandeur du baptisé, à rappeler qu'ils ont été fondés sur le Christ. Peut-être à leur faire miroiter aussi ce qu'ils pourraient construire avec le Christ, à leur faire goûter ce qu'ils pourraient faire de leurs talents en les mettant au service du Christ. Il faut leur faire goûter le manque de leur maison, pour qu'elle soit parfaite, et que ces fondations sont un appel à quelque chose d'autre. Il faut aussi, parce qu'ils y sont très sensibles, rappeler la mémoire de ceux qui ont été des Paul ou des Apollos pour eux. Rappeler la mémoire de ceux qui les ont conduits justement à poser ce fondement, ceux qui ont posé cette pierre qu'est le Christ dans leur vie. Il faut leur rappeler aussi ceux qui ont été des Apollos, ceux qui les ont fait grandir dans la foi. Car la plupart du temps, tous ceux que l'on rencontre et qui ont tout largué, comme on le dit couramment, gardent une mémoire très vive et très belle de ceux qui ont posé les fondements, bâti dessus.
Je crois qu'il faut leur rappeler cela pour leur donner le désir d'accepter et peut-être aussi qu'à nouveau, ils se laissent saisir par le Christ pour que ces fondations puissent porter une maison. A ce moment-là ce ne sera pas un rêve d'archéologue, ce ne sera pas une reproduction en 3d, mais ce sera vraiment l'œuvre du Seigneur. C'est peut-être là, à mon sens, l'œuvre d'évangélisation que l'on a à faire aujourd'hui.
AMEN
